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“Free Love”, une fable authentique mais sans relief

Inspiré de faits réels, le long-métrage de Peter Sollett, qui clôturait la 21e édition du festival Chéries-Chéris, relate un épisode méconnu de l’histoire des luttes LGBT aux États-Unis. Le film narre le combat de Laurel Hester, officier de police atteinte d’un cancer, pour que sa compagne, Stacie Andree, puisse percevoir sa pension après sa mort. La campagne de soutien menée par ses proches et des militants LGBT força l’État du New Jersey à accorder le statut de veuf-ve à tous les partenaires de même sexe de ses agents municipaux, et ouvrit la porte au vote du mariage gay sept ans plus tard.

Laurel Hester (Julianne Moore, loin du glamour hollywoodien), la quarantaine, célibataire est obligée de se rendre en Pennsylvanie, à une heure de chez elle pour faire des rencontres. C’est à un match de volley qu’elle croise Stacie, butch mécano campée par une Ellen Page toute de timidité et de gaucherie adolescente. Elles ont 20 ans d’écart. C’est le coup de foudre. Mais Laurel ne veut pas assumer sa relation au grand jour, effrayée de mettre en péril sa carrière et sa réputation.

Ce qui frappe dès les premières minutes du film, c’est la paradoxale contemporanéité du récit. A la différence de Harvey Milk, Stonewall ou Pride !,  Free Love n’évoque pas les prémisses des luttes LGBT, périodes obscures où l’homosexualité était pénalisée et réprimée. L’action se situe en 2002. Laurel et Stacie possèdent un téléphone portable, un ordinateur… Et pourtant, tout semble d’arrière-garde dans ce comté propret du New Jersey. Le bar du coin et son ambiance country, le brushing anachronique de Laurel et surtout… les mentalités de ses habitants. Dans ce bourg perdu de l’Amérique républicaine et croyante, il ne fait pas bon être homo. La romance des deux femmes commence donc dans le placard, Laurel s’évertuant à faire passer Stacy pour sa sœur, sa colocataire (ou pourquoi pas son jardinier ?). Mais la découverte d’un cancer de phase 4 dans les poumons de Laurel va précipiter nos amoureuses dans un combat qu’elles ne pensaient jamais mener.

Laurel et Stacie ont souscrit un partenariat domestique. Ce sous-pacs permet notamment d’acheter une maison à deux. C’est pour que Stacy puisse converser leur maison que Laurel entreprend les démarches de versement de sa pension. Les officiers de police ont en effet tous droit à une pension, dont leur conjoint bénéficient après leur mort. Mais Laurel Hester n’est pas mariée, et surtout, sa partenaire est une femme. Ce droit si élémentaire, Laurel n’y a pas accès parce qu’elle est lesbienne. Les représentants du Comté le lui refusent, arguant qu’aucune loi ne les oblige à lui accorder ce privilège. C’est ainsi que débute une longue et trépidante lutte pour que l’injustice faite à Laurel en raison de son orientation sexuelle soit réparée. L’histoire est touchante, et c’est précisément pour cela qu’un militant pro-mariage gay (Steve Carell au plus haut de son talent comique) s’empare de l’affaire, offrant à Laurel et Stacie une couverture médiatique nationale.

Si le récit est mis au service d’une noble cause – le combat pour l’égalité des droits -, le film pèche par son formalisme paresseux et par son absence totale d’ambition cinématographique. La mise en scène fatigue par ses choix convenus, plus proches d’une esthétique télévisuelle (pour ne pas dire téléfilmique) que d’un projet de cinéma. Nos actrices ne s’en sortent pourtant pas si mal, jusqu’aux scènes finales de mélo hospitalier. Julianne Moore, affublée d’un postiche miséreux, toussote sous les larmes d’une Ellen Page visiblement dépassée par tant de platitude. L’intrigue avait pourtant du potentiel lacrymal…

On soupire également devant les parti-pris contestables du scénario : Stacie et Laurel sont des gens simples, certes, mais l’avalanche de clichés brodant les deux personnages laisse parfois pantois. La butch mécano qui répare des voitures plus vite que son ombre, l’après-midi devant le match de baseball bière à la main, l’activiste gay hystérique… L’intrigue aurait gagné à dépeindre ses personnages avec davantage de subtilité… Ces maladresses installent malheureusement une distance qui nuit à l’identification. On peine à s’émouvoir du sort de Laurel et Stacie, tant les ressorts scénaristiques sont grinçants.

Si la pauvreté de la mise en scène déçoit, Free Love surprend par son engagement. Peter Sollett, fidèle au souvenir de son héroïne, met tout en œuvre pour rendre hommage à son courage et son amour indéfectible pour Stacie. On regardera Free Love pour se rappeler que le temps où les homos devaient se cacher pour s’aimer n’est pas si lointain. C’était en 2002, Georges Bush était Président, Internet en était à ses balbutiements et une femme atteinte d’un cancer a fait un grand pas pour l’Égalité.

 

Free Love de Peter Sollett, sortie en France le 10 février 2016

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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2 Comments

  1. sarabel says:

    Le documentaire de Cynthia Wade de 2007 « Freeheld » est remarquable, il permet de resituer l’histoire et le combat de Laurel Hester et Stacie Andree dont Peter Sollett s’est inspiré. Documentaire à voir et à revoir avant ou après d’aller voir ce film!

  2. timide says:

    Ce n’est pas une fable, c’est une saga.

    S’il n’y a pas de relief, c’est parce qu’il n’y a pas de paysage non plus. (Close-Ups to hold the story and close it down.)

    Mais, cette absence de vue, cette absence de liberté n’est pas nouvelle quand il y a recours à l’épistémologie lgbt et plus encore pour raconter une situation réductrice.

    Il est certain que c’est un film éminemment politique, surtout pour les américains depuis cette date du 11 septembre de l’année 2001.

    De la à dire que c’est sans relief et donc plat … Cela peut-être un semblant de point de vue mais probablement pas un vrai tour d’horizon … #EllenPage #LGJ

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