Union civile 2

En Italie, bientôt l’union civile pour les couples homosexuels?

Des drapeaux aux couleurs rose, blanc et bleu qui s’agitent dans les airs et qui représentent une maman, un papa et un enfant. Des familles nombreuses bon chic bon genre qui s’encanaillent dans les rues de la capitale au son des “non, non, non à la destruction de la famille” et des “oui, oui, oui à mon papa et ma maman”.

Une gauche en partie divisée, une droite qui se frotte les mains. Ca vous rappelle quelque chose? Non, nous ne sommes pas au Champ de Mars à Paris au printemps 2013. Nous sommes à Rome en Italie, le seul pays d’Europe de l’Ouest à n’accorder aucun statut aux couples d’homosexuels et à leurs enfants. Hors de question que cette étrangeté disparaisse pour les farouches défenseurs du mariage hétérosexuel à l’italienne.

Matteo Renzi, le Président du conseil, a mis le feu en poudre ces dernières semaines en soutenant la proposition de loi de la sénatrice Cirinna sur l’union civile des couples homosexuels. En l’état actuel, le texte qui pourrait être voté mi-février par les députés italiens comporte l’instauration d’une union entre personnes de même sexe qui s’engagent à une vie commune dans la fidélité et à une assistance morale et matérielle réciproque. Comme en France, plus que sur l’officialisation des couples homosexuels, c’est la question de l’adoption des enfants par les conjoints qui constitue le noeud de la discorde entre pro et anti. Plus de 6 000 amendements de l’opposition ont déjà été déposés au Parlement pour contrer la reconnaissance des familles homoparentales par le biais de l’union civile. Loin de se limiter à une guérilla entre parlementaires, le pays tout entier semble divisé.

Dans une société toujours très marquée par le poids de l’Eglise, les sondages sur l’adhésion des Italiens à l’union civile fluctuent mais tous marquent une forte opposition à l’adoption. A gauche aussi, de nombreux députés pratiquants refusent de s’opposer à l’Eglise. Pour sortir de l’impasse et alors que Matteo Renzi veut porter une réforme sociétale d’ampleur après une politique économique très libérale, des élus de la majorité font preuve d’imagination. Un partage de l’autorité parentale jusqu’à ce que l’enfant devienne majeur pourrait ainsi être voté par le Parlement pour permettre à l’enfant de choisir lui-même à dix-huit ans s’il souhaite être adopté par son “parent social”, entendre le conjoint homosexuel de son parent biologique. Hors de question pour les associations LGBT qui crient à chaque manifestation “Italie, réveille-toi!” pour rappeler le retard considérable du pays sur le sujet. L’Italie a déjà été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme et ces derniers mois, plus d’une quinzaine de juges ont autorisé l’adoption d’enfants par la compagne de leur mère biologique.

La peur chevillée au ventre que Matteo Renzi recule, comme avait pu le faire Romano Prodi en 2008, poussé à la démission tant l’opposition à son projet d’union homosexuelle était forte, les militants essaient de faire contre fortune bon coeur et seraient prêts à accepter cette adoption aux contours très particuliers. C’est “un premier pas” entend-on du côté des associations LGBT. C’est même “le minimum syndical”, insiste Marilena Grassadonia, l’une des têtes de proue des pro-unions civiles. Chacun garde pourtant en tête l’opposition de Matteo Renzi à l’union civile fin 2007, pourtant portée par son parti. Il sait en tout cas se garder une porte ouverte en cas d’échec en appelant chaque député à voter selon “sa conscience” grâce au vote secret qui devrait être utilisé lors du passage au Parlement.

S’étonnant du procédé, Vladimir Luxuria, une ancienne députée transexuelle a lancé sur Twitter le hashtag #Mettetecilafaccia qui signifie mouillez-vous. Elle espère ainsi pousser les parlementaires à assumer leur vote en postant leur décision sur les réseaux sociaux. Espérons que la conscience des députés et le goût de la mise en scène sur Facebook leur rappelleront la soif d’égalité de la communauté homosexuelle plus que les sirènes de la tradition.

 

Marie B.

Accro au Scrabble, aimant les rousses façon Faye Reagan, Marie affectionne au moins autant la politique que les romans fin de siècle.

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One Comment

  1. Artemisia.g says:

    “qui s’engagent à une vie commune dans la fidélité”: quand l’état s’ingère dans la vie sexuelle des gens… On réclame une reconnaissance sociale et des droits économiques et juridiques et voilà comment c’est traduit… Pas d’illusions, l’idéologie derrière l’institution du mariage et maintenant celle de l’union libre sera toujours sous-tendue par une politique de contrôle hétérosexiste des vies et des corps. Alors nous voilà à accepter les petits nonos dérisoires que nous concède un gouvernement censé être au service de touTEs les citoyenNEs! Et finalement à accepter que nos existences soient régies par leur morale! RAGE!

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