Pussybar zona rosa

Lesbiennes d’ailleurs : le Mexique

Barbi(e)turix part en voyage ! Et comme vous êtes des petites chanceuses, on vous emmène avec nous et on vous fait vivre les contrées lointaines comme si vous y étiez. Pour que vous situiez un peu mieux les choses, « on » c’est en fait moi, Hannah, qui, ayant à peine rejoint la team, ai décidé de partir à l’autre bout de la planète, pour qu’on découvre ensemble les lesbiennes d’ailleurs, et plus précisément, pour l’instant en tout cas, d’Amériques du Nord et Centrale, via des récits palpitants et quelques photos. Pour un portfolio plus extensif, rendez-vous sur Dailimages, et pour les étapes précédentes c’est ici.

Aaaah, Mexico ! Enfin, je quitte le froid, je range mon écharpe, je me ballade en T-shirt… En un mot : le bonheur ! Mais comme tout est relatif, Karina, l’amie mexicaine qui m’accueille trouve que les 24º de moyenne du mois de novembre sont froids. Soupir. Elle habite dans un quartier assez safe et hipster : la Roma. Dès les premiers jours, mes oreilles profitent des appels musicaux des vendeurs de tamales (qui font penser à un muezzin), mes yeux se délectent des dizaines de couleurs dont sont peints les immeubles –ça change du gris parisien ! Ici, mes papilles savourent café, guacamole, tacos et piments, miam ! Les trottoirs ne sont pas plats, et je dois éviter de nombreux vols planés. Les microbus, au système d’arrêts sans aucune logique, m’enchantent. Je découvre également les nombreux coffee shops du quartier, profitant de leur wifi pour reprendre ma sempiternelle recherche de lesbiennes locales…

Tricia 

Bar Zona Rosa

Première différence avec les terres froides dans mes prises de contacts (hormis le fait que me remettre à l’espagnol 10 ans après mon dernier cours s’avère laborieux) : les filles sont initialement plus ouvertes à l’idée mais ne suivent pas très bien… Je ne compte même plus le nombre d’annulations ! Heureusement, la première à me planter, Lorena, accepte de me répondre par mail, et surtout de reformuler mes questions dans un espagnol correct ! Elle me raconte qu’elle n’est qu’à moitié out parce que le Mexique reste assez fermé –même si dans la capitale (« el DF » pour les intimes), c’est beaucoup plus open que dans le reste du pays. Mais en tant qu’avocate corporate, elle s’interdit de le dire au boulot car cela mettrait sa carrière en danger. Etre lesbienne pour elle a été une source de souffrance. A tel point qu’elle m’écrit rechercher spécifiquement une partenaire voulant mener une vie « normale » (son terme), et étant un « membre actif de la société » au lieu d’en vouloir à celle-ci de manquer d’ouverture…

Andrea

Erotika Zona Rosa

Pour mon premier week-end avec Karina et son copain (elle aussi est avocate, je l’ai connue en LLM à Boston quand je faisais du droit dans une autre vie) on s’est baladées dans le centre historique de Mexico. Au détour d’un site touristique, on est tombé sur un forum de la diversité sexuelle ! J’ai tenté de prendre quelques photos mais une investigation plus sérieuse a été déroutée par le visible inconfort de ma guide et un espagnol plus qu’approximatif ! En tout cas c’est super de voir que la ville de Mexico organise de tels évènements ! Finalement, le district fédéral n’a pas l’air si différent des US ou de Montréal. Je m’attendais à un dépaysement plus radical. Le mariage gay est même légal ici, et dans quelques autres états, mais pas tout le pays. Mes prochaines rencontres confirment cette ouverture. Tania, 26 ans, est la première qui accepte de m’écouter massacrer sa langue. Elle est out auprès de tout le monde ou presque, sa famille le tolère même s’il a fallu un peu de temps à sa maman. Elle ne ressent pas vraiment d’homophobie dans la capitale, y embrasse sa copine sans problèmes, mais comme Lorena elle explique que cela varie selon les CSP, et mentionne par exemple la fille d’un ambassadeur ayant interdiction formelle de faire son coming-out ! On se rend compte également que certaines problématiques sont universelles : à la question s’il est facile ou non d’être lesbienne ici, elle me répond que oui… Mais ce qui est difficile c’est les autres lesbiennes ! Elles sont trop co-dépendantes, haha !

Musée Frida Kahlo

Le lendemain je dois courir après le microbus qui est parti sans moi alors que j’étais déjà à moitié dedans, afin de traverser la ville pour la minute culturelle queer : la maison de Frida Kahlo. C’est sympa d’en découvrir un peu plus sur elle mais la visite est un peu rapide. J’enchaîne avec l’entretien d’Andrea. Au fil de deux bonnes heures de discussion elle me raconte comment, même si elle ne rencontre pas d’homophobie au quotidien, elle s’est fait hurler dessus par une vieille dans le métro alors qu’elle était avec sa copine (la mamie les a même suivies !), qu’elle va réaliser un film lesbien qui sera vraiment bien (une histoire entre deux filles qui se passe dans un autre monde, futuristique), son expérience avec un mec trans, et qu’elle part bientôt en Espagne tenter de reconquérir celle qu’elle aime (à l’heure de cet article elle est à Barcelone, il faut que je prenne de ses nouvelles). Mon dernier jour à Mexico est assez chargé : j’attaque à 11h avec l’interview de Daniela et Liz, dans leur appartement du quartier dangereux des doctores, et je me retrouve à devoir boire de la ponche crema, un liqueur vénézuélienne, pays d’où vient Daniela. Les deux sont mariées depuis le mois de juin… Pour les papiers de Daniela. A la base elles s’aiment, quand même, mais là elles sont en break. Je les prends en photo sur le toit de leur immeuble, où elles allaient tout le temps se retrouver au début de leur histoire pour se cacher du frère de Liz (même si elle sait qu’il se doute, elle est n’est pas ultra out). Daniela m’explique à quel point c’est plus dur d’être gay au Venezuela, mais il lui semble que, de manière étrange, les personnes trans (surtout MTF) sont plus acceptées. Elle avance comme explication la culture du corps parfait et de la chirurgie esthétique qu’a le Venezuela.

Anonymes, bar gay d’Oaxaca 

Daniela et Liz

Je file ensuite déjeuner avec des amis qui me mettent en contact avec une chanteuse de jazz lesbienne : je la rencontre le soir même à son concert. Mais avant je prends un rapide verre avec Laura, la dernière lesbienne Tinder à ne pas avoir annulé. On se retrouve dans la Zona Rosa, le quartier gay de Mexico. Pas de bar lesbien spécifique, comme on m’avait prévenue, même celui qui s’appelle Pussybar est blindé de mecs ! L’ambiance est un peu spéciale parce qu’il est 19h mais ça ressemble plutôt au 3W à 1h du mat’. Ce n’est pas trop le délire de Laura (ni le mien d’ailleurs). Elle préfère rencontrer ses lesbiennes grâce au groupe Meetup qu’elle a créé pour se faire des amies ici –elle vient de Guadalajara, où elle me dit que l’homosexualité est moins acceptée mais qu’il y a moins d’homophobie… Pas vraiment le temps de me pencher sur ce paradoxe car je suis en retard pour ma jazzwoman. Louise chante dans l’un des clubs de jazz les plus prisés de la capitale, Zinco. Elle est assez occupée mais trouve le temps de me raconter son coming out : ado, très amoureuse, elle a dit à sa famille irlandaise hyper catholique : deal with it! Pour Ceci, sa copine depuis 8 ans, mexicaine, c’est l’inverse : elle a longtemps cherché à se prouver qu’elle n’était pas lesbienne. Les deux se sont rencontrées alors qu’elles travaillaient sur une croisière, et se sont mises en couple quand leurs copines respectives de l’époque ont débarqué ! Aujourd’hui, mis à part le jazz, elles sauvent des chiens et des chats abandonnés… Tellement lesbien !

Laura 

Louise et Ceci 

On quitte la capitale pour Oaxaca : road trip ! La province de Oaxaca est l’épicentre de ce phénomène culturel intéressant que sont les Muxe, hommes trans, formant un troisième genre à part entière, et extrêmement respectés (dont malheureusement je n’ai pas pu faire la connaissance). Mais mis à part ça on reste dans le sud du Mexique et on ne crie pas sur les toits qu’on est gay. J’y rencontre une couchsurfeuse américaine, Tricia, qui est dans la campagne profonde en mission avec le Peace Corps, et elle n’y a pas trouvé une seule lesbienne ! Apparemment là-bas les rencontres se font grâce aux soirées chez les gens. Mais dans la ville de Oaxaca il y a un ou deux bars gays… On en trouve donc un pas trop loin et on s’y aventure. Ambiance kitsch et lieu presque vide à l’exception d’une table occupée par un groupe de 5-6 personnes dont deux filles (on est mardi aussi). Au bout d’un certain temps, les filles viennent nous parler, elles sont plus ou moins ensemble mais l’une est bourrée et très portée sur le PDA pendant que l’autre est hyper gênée mais n’ose pas lui dire d’arrêter. Ça me fait plutôt rire, pendant qu’elle tente de m’expliquer qu’il n’y a vraiment que le week-end pour espérer un semblant de vie gay à Oaxaca… On s’échappe juste avant que la nana se mette à embrasser tout le monde !

Bar gay, Oaxaca

A la base Mexico City ne me tentait pas du tout, allez savoir pourquoi, mais comme j’allais à Oaxaca pour un mariage je me suis sentie obligée d’y faire un tour… Et 1) j’ai bien fait, et 2) j’aurais vraiment dû y rester plus longtemps ! Je m’y suis sentie comme un poisson dans l’eau, charmée par l’architecture et les couleurs. En plus, en tant que lesbienne, le niveau d’ouverture me convient… C’est quasiment certain que je retournerai y faire un tour on my way back (si je reviens…) ! Pour l’instant je suis partie pour 40h de bus (oui oui) direction le Nicaragua ! Pendant le trajet vous pouvez jeter un œil au projet de Marisol, que j’ai connue par un contact Tinder à Portland : elle filme en ce moment un doc sur les difficultés que doivent affronter les personnes LGBT au Mexique intitulé Whisper to Shout.

Hannah

Hannah est myope et adore la photo (elle en prend même), le ciné, et lire des livres. Elle admet sous la torture une faiblesse pour Gromit et Federer mais fond devant du Lindt aux noisettes.

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2 Comments

  1. timide says:

    Vamos, vamos !

  2. MAB says:

    Les Muxe sont des femmes trans.

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