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Le coeur et le cul #10 : ” J’ai peur de briser le lien qui nous unit si j’évoque mes fantasmes BDSM”

Nostalgiques des courriers du coeur du magazine Girls, Barbi(e)turix propose désormais chaque semaine ses conseils avisés. Aujourd’hui, pour notre dixième lettre, nous parlons jeux sexuels et BDSM avec notre lectrice Caro.

Ma très chère Barbi(e)turix,

Je suis lesbienne, je n’ai aucun problème avec ma sexualité qui est plutôt fun. Sur ce plan-là comme sur les autres, avec ma copine, c’est un peu le paradis. On est ensemble depuis sept mois et tout va pour le mieux. Je commence à savoir ce qu’elle aime, et elle sait comment me faire prendre mon pied. Le bonheur. Sauf qu’à ma soirée d’anniversaire, mes ami.e.s m’ont offert un coffret d’accessoires BDSM. Pas un truc foufou, mais un petit coffret « découverte », je suis sûre que tu vois très bien le genre : des menottes, un fouet, un plumeau, un masque, une bougie, un sextoy…

Je crois que ma copine a déjà essayé ce genre de choses avec ses exes, et a priori, l’idée n’a pas l’air de l’enchanter plus que ça. Quand je lui ai parlé de ce cadeau, elle avait l’air de trouver que mes potes étaient de petites rigolot.e.s mais rien de plus. Mais voilà, ça a excité ma curiosité (et pas qu’elle, si tu vois ce que je veux dire !) Plus j’y pense, plus je me dis que j’aimerais bien essayer avec ma meuf. Mais je ne sais pas du tout du tout comment la convaincre. Et si ça ne lui plaisait pas ? Et si ça ne me plaisait pas ? Elle m’en aurait parlé si elle en avait eu envie, non ? Est-ce que je devrais lui en parler ? Et puis, j’ai super peur que ça gâche un truc entre nous alors que tout se passe super bien et que j’adore faire l’amour avec elle. En plus, nous nous considérons toutes les deux comme féministes, et il ne nous était jamais venu à l’idée de voir un rapport de domination dans notre relation. Pourtant, maintenant, j’ai quand même très envie de l’attacher, et même, de la soumettre. Est-ce que ça change quelque chose ? Est-ce que j’ai tort ? D’un côté j’ai peur de briser le lien qui nous unit en lui en parlant, de l’autre, j’ai peur de faire naître une certaine frustration en laissant ce coffret dans un coin de mon placard…  Alors, chère Barbi(e)turix, est-ce que tu pourrais m’aider à trouver les mots justes ?

Réponds-moi vite (je suis un peu impatiente…) !

Caro

 

Bonjour Caro,
Oser avouer son envie de nouveauté au sein d’un couple, surtout alors que vous en êtes encore à vous découvrir l’une est l’autre, n’est pas forcément évident ! Mais être honnête envers ta copine ne pourra que vous permettre de mieux vous connaître, alors… You go girl !
Tout d’abord, tu t’interroges sur la compatibilité entre BDSM et féminisme. Peut-on pratiquer des jeux de pouvoir au lit (ou ailleurs que dans un lit) sans être transformée en un coup de baguette en sympathisante secrète des masculinistes ? Heureusement, OUI ! Comment ? Les règles sont simples : ne surtout pas oublier que, comme toutes les relations, et encore plus les relations sexuelles, les relations BDSM doivent être discutées et pratiquées de façon consensuelle et entre adultes consentant-es. On ne le répétera jamais assez.
Cela n’implique donc pas de faire basculer la relation entière dans un mode où l’une domine l’autre ! Certes, les relations bâties sur ce genre de dynamique existent et sont bien souvent très toxiques, mais à l’inverse, elles ne sont pas forcément synonymes de BDSM au lit. Néanmoins, la frontière entre sexualité et relation peut-être poreuse, et c’est pour ça qu’une bonne communication et une attention mutuelle sont importantes pour s’assurer qu’aucune de vous deux ne se retrouve dans une situation qui lui serait inconfortable, BDSM ou non.
Ensuite, quant à savoir si tu devrais lui parler de tes questionnements : à mon sens, là encore, oui ! Les taire ou essayer d’amener le sujet directement au lit « comme si de rien n’était », risque d’engendrer plus de frustration et d’incompréhension des deux côtés qu’autre chose, et c’est tout ce que je ne vous souhaite pas.
Mais à part le fait de ne pas la mettre devant le fait accompli (« Coucou mon amour, je t’ai apporté le petit déjeuner au lit, 10 mètres de corde et un martinet !  »), je ne saurais pas te donner de meilleure ou de moins bonne façon de lui en parler. Parfois, il faut juste se jeter à l’eau, même quand on a les bras encore pleins d’interrogations ! Et puis, le fait d’avoir envie d’essayer de nouvelles choses et de demander à une personne avec qui on a une relation privilégiée de nous accompagner dans cette découverte, c’est plutôt positif, non ?
Une fois le sujet ouvert et les discussions entamées, pourquoi ne pas vous lancer dans la rédaction mutuelle d’un « sex menu » ? Coucher sur papier vos envies et vos limites vous permettra sans doute d’y voir plus clair dans les désirs, attentes et éventuelles réticences de l’autre. Tout en gardant à l’esprit que tous ces désirs évolueront probablement au cours du temps !
Pense également à proposer un safeword ou des codes qui permettront de garder une « porte de secours » si la situation devient inconfortable pour l’une des deux : par exemple, le fait de soudain crier « Vélociraptor » devrait pouvoir stopper les choses assez efficacement. Et savoir qu’on a la possibilité de dire « stop » à tout moment, c’est important.
Pour ce qui est du coffret, attends peut-être un peu avant de le sortir. Je ne connais pas le degré d’intimité auquel se situe vos relations, mais ta copine pourrait ne pas se sentir très à l’aise à l’idée d’explorer le BDSM via un kit offert par tes potes à Noël. Commencer par choisir ce que vous avez envie d’utiliser ensemble sera peut-être plus agréable pour elle – sans compter que ça peut-être sexy !
Et puis, un des bons côtés du BDSM, c’est la place que les pratiques laissent à l’imagination. Pas de martinet sous la main ? Une ceinture ou une brosse à cheveux feront très bien l’affaire. Pas de corde ? Une écharpe en coton est un bon second choix (évite en revanche les collants ou les foulards en soie qui ont tendance à se resserrer si on tire dessus et à couper la circulation, personne n’a envie de perdre ses mains ou ses pieds après du sexe, si bon soit-il). Donc pas besoin d’investir des millions avant de savoir si vous aimez ça ou non, ton appartement contient sans doute déjà une mine d’or de possibilités.
J’espère avoir répondu à tes questions, que tu oseras aborder ce sujet avec ta copine et qu’elle saura entendre tes envies ! Et si vraiment ça ne la branche pas – ce qui est possible – au moins ce sera dit ! Dans tous les cas, si tu as un jour l’occasion d’explorer le BDSM, n’oublie pas : créativité et communication sont les clés.
Bien le bisou

 

Arsène M.

Rat de bibliothèque végan, Arsène dévore quand même tout ce qui est relié en queer. Iel passe beaucoup de temps à mettre du désordre dans ses mots et de l’ordre dans ses pensées.

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One Comment

  1. Bonjour Caro,
    Notre blog n’est pas axée sur les relations lesbiennes (www.jedominemonmari.com) mais je pense pouvoir t’aider, en complément de la réponse du site.
    Si vraiment tu coinces au niveau verbalisation, et que tu veux savoir / sentir si ta copine pourrait aimer ça, tu peux faire une tentative super soft ….
    Tu trouves une cagoule en lycra qui laisse la bouche libre, ou bien une simple écharpe, sous le lit … Et au moment des caresses préliminaires, tu sors doucement l’écharpe ou le foulard, tu la pousses sur le ventre avec douceur, et tu lui attaches les poignets en arrière avec beaucoup de douceur. Tu verras ensuite si l’excitation est là, n’est ce pas ?
    Marie Séverine.

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