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Cyber-harcèlement et slutshaming : quand les réseaux sociaux font le jeu du sexisme

Récemment, une campagne intitulée #twitteragainstwomen a été lancée sur Twitter par le collectif « féministes contre le cyber-harcèlement » (@VsCyberB – FeminismVsCyberBully). Elle dénonce la passivité du réseau social contre le cyber-harcèlement, les incitations à la haine sexiste et au viol.

Tout part de cette image volée diffusée sur Twitter montrant une jeune fille en train d’avoir un rapport sexuel dans une salle de bain. Son nom est dévoilé et s’ensuit une déferlante de tweets plus haineux les uns que les autres. Le jour-même du lancement de la campagne, la diffusion d’une vidéo représentant un viol sur les réseaux Snapchat et Facebook illustre la violence extrême à laquelle sont exposées les femmes. L’extrait est resté en ligne plusieurs heures. Pourquoi Facebook a-t-il tant tardé à réagir ? Toutes les premières réponses aux tentatives des utilisateurs pour faire supprimer la vidéo consistaient à dire que les images ne contrevenaient pas aux « standards de la communauté ». Contactée par L’Express, une agence de communication mandatée par Facebook pour les représenter a finalement reconnu qu’une telle vidéo de viol et des images à caractère pornographique n’étaient évidemment pas conformes aux règles d’utilisation du réseau social. Toujours est-il que ces histoires posent une question : les réseaux sociaux font-ils le lit de la haine des femmes ?

Slutshaming (en un mot ou en deux, slut-shaming) est un terme forgé par des féministes canadiennes et américaines formé sur slut, la salope et shame, la honte. En français, on pourrait le traduire par « humiliation des salopes ». Le slutshaming, c’est l’idée de couvrir de honte, d’attaquer et de stigmatiser toute femme sexuellement active. Dans les cours de récré et de plus en plus sur les réseaux sociaux, le cliché salope vs. Don Juan est un classique.

Sur internet, les femmes sont trop nombreuses à subir du harcèlement sexuel, des injures sexistes, des propos dégradants sur leur personne, leur corps ou leur sexualité. L’impunité relative que confère le monde virtuel incite d’autant plus à déverser cette haine des femmes, il n’en reste pas moins que ces violences sont des atteintes graves aux droits, à la vie privée, à la dignité et à l’intégrité psychique et physique, et sont donc interdites par la loi et condamnables. Ces violences touchent souvent de jeunes voire très jeunes femmes, parfois mineures, et fréquemment dans un contexte également raciste. Elles sont majoritairement le fait d’hommes. Ce type de déferlement de haine attaque directement l’estime de soi des victimes et crée un climat d’isolement et d’exclusion. Soumises à des pressions sociales contradictoires, les femmes et les jeunes filles doivent à la fois donner une image d’elle sexy et attirante, mais pas trop, se languir et aguicher, mais pas trop. Selon une étude sociologique menée par l’université de Pennsylvanie et citée par Terrafemina, réalisée chez des jeunes âgé.e.s de 11 à 16 ans, on estime que « les filles qui couchent » voient leur popularité décroître de 45% – les garçons au contraire voient la leur s’accroître de 88%.

Selon les stéréotypes qui décidément ont la vie bien dure, les femmes et les jeunes filles doivent rechercher de la romance, aspirer au mariage, à fonder une famille. Il n’est pas de bon ton de revendiquer le désir féminin, et l’on a bien vite fait d’oublier que les femmes, elles aussi, sont des individus sexués et désirants. Dès que les femmes décident de s’émanciper des scénarios qui sont prévus pour elles, si elles sont actives sexuellement et surtout si elles multiplient les partenaires, elles sont stigmatisées socialement.

Le sexisme est si bien intériorisé qu’il n’est pas rare de voir des jeunes femmes et des femmes elles-mêmes reprocher à d’autres leur tenue vestimentaire, leur comportement, leur sexualité. Certaines s’empressent parfois de se gargariser d’une pudeur ou d’une chasteté fantasmées et de couvrir de honte celles qui font d’autres choix. Le premier principe d’une attitude fondamentalement féministe doit pourtant être de se défaire de ces jugements moralisateurs bien malheureusement hérités d’un autre temps et de laisser chacun.e face à ses choix, ses expériences et ses désirs. Un grand pas vers l’égalité sera franchi lorsque l’on aura une bonne fois tordu le cou à ces éternels poncifs de la vertu moralisatrice et aigrie pour permettre enfin aux femmes d’être vraiment libres et  maîtresses de leurs propres corps.

 

 

 

Leslie

Leslie aime les paradoxes, les gens curieux et la grammaire mais aussi le reblochon et le rugby. Elle écrit sur la vie des gens et les livres. Twitter : @LPreel

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3 Comments

  1. timide says:

    Le Pharoce et la Cnil pour tout ce qui concerne une atteinte à la personne sur internet. Il faut bien-sûr naviguer sur les sites pour comprendre comment les utiliser efficacement.

    Côté béotien(nes), voir aussi l’intervention de la Secrétaire d’État chargée du Numérique dans l’édition #LGJ du jeudi 7 janvier 2016 en accès libre sur le web.

  2. Mona-Lena says:

    C’est encore un très bon article. Je ne me suis pas encore renseignée sur la chose, mais existe-t-il une “marche des salopes” en France?

  3. K-One says:

    Normal qu’il y ait si peu de femmes sur youtube après… Et ne parlons même pas de youtubeuses lesbiennes, si peu nombreuses et si peu soutenues (France vulve, princesse LGBT, etc)

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