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Tangerine, l’explosion queer

“Merry Christmas bitch !” Ainsi s’ouvre Tangerine, le dernier film de Sean Baker dont la particularité est d’avoir été entièrement tourné à l’iPhone 5, avec simplement l’ajout d’un objectif anamorphique. Des “bitchs”, il y en aura d’autres. Ces “bitchs”, ce sont Sin-Dee et Alexandra, deux prostituées trans. Nous suivons leur folle journée du 24 décembre où la première, à peine sortie de prison, va se mettre en quête de la fille (cisgenre) avec laquelle son mec et mac l’a trompée pendant son séjour en cellule. Quant à la deuxième, qui décide de ne pas la suivre, elle va promouvoir son concert du soir-même dans les rues de Los Angeles. Enfin, un chauffeur de taxi arménien, Razmik, las, traverse la ville à la recherche d’une prostituée qui pourrait le satisfaire autant que Sin-Dee. Une explosion queer comme on aimerait en voir plus souvent. Bitch please.

Tangerine, c’est une heure et demi de montée avec pour seule accalmie, la scène finale, dans une laverie automatique.  Il faut dire que les personnages comme l’image sont surexposés. Shorts indécents, mini-hauts léopard et démarches de catwalk des bas-fonds de L.A, Sin-Dee et Alexandra déambulent dans la ville, déterminées et accomplies. Trans afro-américaines et prostituées, elles ont chacune un seul but : l’une, démolir la maitresse de son petit ami -et mac- et l’autre, ramener le plus de monde au bar dans lequel elle se produira le soir-même -scène qu’elle paie de sa poche-. Razmik, quant à lui, s’ennuie ferme. Dans son travail de chauffeur de taxi. Dans sa famille arménienne où il est perçu comme “le chef de famille”, l’homme fort qui ramène le pain pour femme et enfant.

Tangerine ne se préoccupe pas du genre. Formellement et scénaristiquement. Révélé à Sundance, le film tourné à l’iPhone 5 en seulement vingt-trois jours ne répond à aucun code. Inqualifiable, cet objet cinématographique oscille entre comédie, film halluciné et drame. Se dégageant de tout misérabilisme, il regarde véritablement évoluer ses personnages jusqu’à l’avant-dernière scène impétueuse, que le présentateur de l’émission de France Inter, “Le Masque et la Plume”, Jérôme Garcin a justement qualifiée de “version queer du Père Noël est une ordure“.

C’est une scène en passe de devenir culte où, enfin, tous les personnages sont réunis dans un magasin de donuts ! Les quiproquos se dessinent, les vannes fusent et la vie en apparence apaisée  d’une famille “classique”, celle de Razmik, se retrouve au cœur du milieu de la prostitution et de la drogue, lui-même chamboulé par une crise conjugale. Le film est ultra-dynamique, filmé à la vitesse des pas de Sin-Dee, dans une ambiance sulfureuse qui n’est pas sans rappeler Springbreakers (le bling en moins, le toc en plus) ou Las Vegas Parano (le gonzo en moins, les réparties bien senties en plus), soutenu par une bande-originale d’électro ultra saturée dans laquelle on n’entend que sueur, twerk et drogue. 

Tangerine c’est survolté. Tangerine, c’est sulfureux. Et ça te rappelle qu’on peut encore réinventer le cinéma.

Tangerine de Sean Baker, 1h28. En salles.

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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One Comment

  1. Plume says:

    Réinventer le cinéma, peut-être, mais visiblement pas les idéaux sociaux ni le rapport sexué. Ce qui, il est vrai, était un pari pas du tout gagné d’avance. Plus les années passent, plus je crains que nous ne serons jamais qu’un aménagement et une anecdote dans ces rapports inchangés ( mais dans et pour lesquels en plus nous n’avons cependant pas fini de douiller, vu la régression et la remasculinisation générales !). Purée, quel dommage, quel vautrage aussi.

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