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Le TOP culture de l’année 2015

Certes, l’année 2015 s’est ouverte tristement et se referme plus grise encore. Mais ce qui donne du sens à nos vies, aimer et être aimé, reste chaque jour dans nos cœurs et dans nos esprits. Pour fêter dignement les derniers jours du mois de décembre, toute l’équipe vous propose donc d’égrener façon chapelet lesbien ses coups de foudre culturels.

LE TOP DE MARIE B

Livre de l’année: Chez soi, une odyssée de l’espace domestique de Mona Chollet

Mona Chollet, journaliste au Monde Diplomatique, a marqué les esprits en 2012 avec son livre Beauté fatale-les dessous d’une aliénation féminine. Elle a publié en 2015 le très beau livre Chez soi, une odyssée de l’espace domestique. Le rapport qu’on entretient avec son intérieur, le temps qu’on y passe, la façon dont on le décore : tout cela semble faire partir de sujets éminemment intimes propres à chacune. Pourtant, Mona Chollet montre comment les déterminants sociaux et culturels façonnent ces moments passés chez soi à lire, écrire, réfléchir ou tout simplement à ne rien faire. A une époque où l’on survalorise celles qui sont “débordées”, toujours “entre deux projets sur le feu”, Mona Chollet rappelle l’importance de se construire son propre monde intérieur pour survivre dans une société toujours plus compétitive.

Spectacle vivant de l’année: Hétéro de Denis Lachaud

Dans un monde sans femmes, la spectatrice avisée pourrait imaginer que la société patriarcale n’existe plus. Le metteur en scène Denis Lachaud imagine une société seulement composée d’hommes qui continue pourtant de peser sur ceux qui veulent s’en affranchir. Il y a toujours ceux qui travaillent d’un côté et ceux qui enfantent dans l’autre. Alors quand dans une famille bourgeoise de la fin des années 1990, le fils refuse de suivre le rôle d’époux au foyer que souhaite lui assigner ses deux pères, c’est un entremetteur d’un genre particulier qui va tenter de lui trouver un homme riche et influent à épouser. Construite dans la plus pure des traditions du vaudeville, Hétéro sous l’allure d’une comédie grinçante, donne à voir le poids de la mécanisme implacable des stéréotypes sociaux et culturels.



Film de l’année: Une jeunesse allemande de Jean-Gabriel Périot

L’Allemagne, la fin des années 1960, la jeunesse qui essaie de comprendre comment leurs parents ont pu fermer les yeux sur le nazisme. Et le terrorisme d’extrême-gauche incarné par la Fraction Armée rouge qui s’attaque au grand patronat et aux institutions allemandes. Par le biais d’archives de télévision, de films, de dessins, Jean-Gabriel Périot montre comment des intellectuels, issus de la petite bourgeoisie se radicalisent par leurs idées jusqu’à tuer pour les défendre. Improprement appelée la Bande à Badeer, c’est Ulrike Meinhof le véritable cerveau du groupe. Elle fonde la revue Kronket pour développer publiquement leurs idées. C’est aussi elle qui est l’instigatrice principale de leurs attentats et de ce fait, l’une des premières femmes terroristes de l’histoire contemporaine. Passionnant tant sur le fond que sur la forme, Une jeunesse allemande donne à voir l’histoire d’une révolte portée par une femme qui, n’ayant pas réussi à changer le système de l’intérieur, décide de se radicaliser avec le terrorisme dans le viseur.

Femme de l’année : Laurence Tubiana

Ma femme de l’année n’est ni Angela Merkel, ni Anne Hidalgo, ni Cynthia Fleury et encore moins Jennifer Lawrence dont je serais bien incapable de citer le moindre film. Non, je choisis celle que je sais avoir une personnalité solaire, un esprit fulgurant, un engagement à toute épreuve, Laurence Tubiana. Elle a certes été mon professeure mais surtout la négociatrice en chef de la Conférence mondiale pour le climat à Paris. Missionnée par Laurent Fabius pour ce rôle central lors de la Cop 21, lui qu’on sait peu enclin à travailler avec des femmes, Laurence Tubiana a été celle qui a su réunir les diplomates, apaiser, rassurer, se montrer ferme pour parvenir à un accord ambitieux dans la lutte contre le réchauffement climatique. Dans un sujet qui reste aujourd’hui trusté par les scientifiques et les négociateurs masculins, Laurence Tubiana a réussi à s’imposer, probablement portée par son engagement associatif sans faille et son souhait, perpétuel, de comprendre celles et ceux qui ne sont pas d’accord pour parvenir à obtenir un accord climatique relativement satisfaisant. Laurence, tes cheveux argentés, ton regard à la fois direct et doux, je te déclarerais presque ma flamme si j’en avais le courage.

Bonne résolution tenue: Trouver enfin le temps d’aller au marché d’Aligre le dimanche pour cuisiner un festin; éviter de regarder la balance les trois jours suivants.

LE TOP D’ HANNAH

Livre de l’année : Mrs. Dalloway de Virgina Woolf,

Cette catégorie s’avère difficile parce que j’ai une forte tendance à continuer de lire des classiques, comme si j’étais toujours au lycée… Par conséquent de 2015 je crois avoir lu l’autobiographie de Depardieu en une après-midi, pas vraiment un top. Donc je vais devoir choisir Mrs. Dalloway de Virgina Woolf, que je lis enfin ! L’écriture est sublime et l’on est immergé avec joie dans la journée de tous les personnages.

Spectacle vivant de l’année : des musiciens de rue en bas de chez moi

Mon besoin d’économiser pour voyager à l’autre bout de la planète rend ma réponse complexe car ma vie de spectacle en a forcément pâti… J’ai adoré aller à Roland-Garros comme à chaque fois (oui, le tennis est un spectacle), et j’ai vu quelques shows sympas, mais l’occasion de voir un moment magique m’a été donnée lorsque je me suis retrouvée face à une scène quasi-irréelle en rentrant chez moi à deux heures du matin : un groupe de musiciens jouant dans la rue devant une dizaine de personnes, juste pour le plaisir.

Film de l’année : Mad Max Fury Road de George Miller

A voir au cinéma, évidemment. En théorie ce genre de films n’est pas ma tasse de thé mais après avoir lu partout que les gens étaient choqués par le niveau de féminisme du film il fallait que je vérifie. Et je n’ai pas été déçue : non seulement l’héroïne est ultra badass, mais même les personnages secondaires féminins le sont, et pour couronner le tout l’esthétique du film est sublime!

Femme de l’année : Annie Leibovitz.

Elle est géniale tous les ans, mais cette année elle nous a offert le meilleur calendrier Pirelli depuis son lancement il y a plus cinquante ans. En lieu et place des traditionnels mannequins dénudés on y trouve des femmes (1) choisies pour leurs carrières, et (2) vêtues ! Parmi les femmes choisies, Serena Williams, Yoko Ono, Amy Schumer, Agnes Gund, ou Kathleen Kennedy, représentent non des fantasmes masculins mais des idéaux universels. Et c’est aussi à Madame Leibovitz que l’on doit la photographie de Caitlyn Jenner en couverture historique de Vanity Fair.

La bonne résolution tenue : Techniquement ma résolution de prendre / publier des photos chaque jour pendant un an date de septembre 2014, mais j’ai connu de très nombreux jours en 2015 où j’aurais préféré jeter mon appareil par la fenêtre plutôt que de prendre une @#!¡*% de photo ! Donc tenir la résolution s’est fait en 2015, et les photos continuent encore aujourd’hui !

LE TOP DE LESLIE

Le livre de l’année : Vernon Subutex, de Virginie Despentes

J’en ai beaucoup parlé cette année, mais, je crois que les deux tomes de Vernon Subutex de Despentes ont été la véritable révélation de l’année. Surtout le premier volet d’ailleurs. Plusieurs raisons à ça. J’aime évidemment de faire évoluer le personnage principal, anti-héros par excellence, dans un univers de marginaux, d’individus un peu branques et cabossés par la vie. J’adore également le rapport à la norme sociale. Ici, personne ne vaut mieux que les autres, le clochard devient sublime, les freaks en tout genre sont valorisés. À travers sa déambulation dans Paris, Despentes livre une radioscopie de la société et en fait explorer les méandres.  J’aimais bien Despentes avant Vernon Subutex mais c’était peut-être plus pour le personnage qu’elle était, pour les thèmes qu’elle abordait. Mais sa colère, l’énergie avec laquelle elle parle de notre société m’ont soufflée, littéralement explosé au visage, dans Vernon Subutex, son écriture a vraiment la force des grandes plumes. C’est un roman très rock, et l’autrice orchestre avec brio cette  fresque polyphonique, il s’en dégage un vrai rythme.

Le film de l’année : Vice Versa

Il y a eu pas mal de films qui m’ont plu cette année, mais pour la plupart d’entre eux, je pense par exemple à Summer, je m’y attendais. Je crois que la plus grande surprise ça a été le film d’animation Vice Versa, le film des Studio Pixar réalisé par Pete Docter. C’est un film vraiment malin qui nous plonge dans la tête d’une préado, Riley. J’ai aimé pour l’esthétique acidulée de la salle de contrôle des émotions, très sixties, façon vaisseau spatial mais aussi pour l’idée de faire incarner les émotions par des personnages hauts en couleur : Joie, énergique cheffe de bande et Dégoût, pin-up verte et dédaigneuse. L’idée de la nécessité de recueillir les souvenirs sous forme de grosses perles lumineuses et fragiles est aussi très poétique. La représentation de cet univers mental est très originale et délicate. Avec une mention spéciale pour la scène qui se passe dans la zone de la pensée abstraite, qui est clairement une scène à destination des adultes,  les héroïnes s’y retrouvent aplaties en 2D ou réduites à de simples lignes.

Le spectacle vivant de l’année : Free, Shirley Souagnon

J’habite au milieu de nulle part, ce n’est pas forcément simple d’aller ‘au spectacle’ comme disent les gens par chez moi. J’ai quand même pu voir de chouettes concerts et quelques pièces de théâtre cette année, mais je crois que la grande surprise est venue du spectacle Free de Shirley Souagnon, que j’ai vu cet automne à Marseille. Peut-être parce qu’à la base, je ne suis pas très sensible aux spectacles humoristiques, je ne m’attendais pas à apprécier autant. Accompagnée par The Krooks, Shirley Souagnon propose une lecture de l’histoire de la musique, sur fond de blues, swing et jazz. La dimension musicale est assez épatante, et elle réussit la prouesse de mêler habilement l’humour et la musique sans que l’un ne l’emporte sur l’autre. Etonnamment, je crois que le moment où j’ai le plus ri, c’est lorsqu’elle a échangé avec une des spectatrices de la salle, prototype de cagole marseillaise, arrivée en retard qui ponctuait le show de remarques un peu nunuches au potentiel comique insoupçonné.

La femme de l’année :  Amy Schumer

Je crois que celle qui m’a le plus marquée est l’humoriste américaine Amy Schumer. Au printemps est sortie la nouvelle saison de Inside Amy Schumer, sur la chaîne américaine Comedy Central, on retiendra la parodie 12 Angry Men qui déconstruit les stéréotypes liés à l’image de la femme. Amy Schumer a d’ailleurs obtenu, en septembre dernier une récompense aux Emmy Awards pour la série. Entre temps, c’était la sortie de Trainwreck (Crazy Amy en France, sorti en novembre dernier). Amy Schumer, c’est cette femme qui ne ressemble pas aux beautés standardisées d’Hollywood, qui part en vacances avec Jennifer Lawrence, qui s’affiche avec son cousin le sénateur de New-York, Chuck Schumer pour prendre position dans les débats sur la possession d’armes à feu aux Etats-Unis, qui a mené des discussions musclées avec des éditeurs en vue de la publication de son livre donnant ainsi de la visibilité aux questions d’égalité salariale entre les hommes et les femmes, et bien d’autres choses encore !

Résolution tenue : le festival de films des minorités sexuelles et de genre : Transposition. Je voulais m’impliquer dans un projet militant qui me tienne à cœur, au niveau local. Avec des copines, on a donné naissance à un beau bébé joufflu : le festival  de films des minorités sexuelles et de genre de la ville d’Annecy, Transposition qui aura lieu en mai 2016.  Il ne fait pas encore ses nuits, et il nous demande beaucoup d’énergie, mais c’est d’ores et déjà notre grande fierté ! Je ne tiens jamais mes résolutions de début d’année, peut-être que celle-ci a été plus facile à tenir parce que c’est vraiment passionnant et exaltant.

LE TOP D’EMMANUELLE

Livre de l’année : Vernon Subutex (Tome I et II) de Virginie Despentes.

Contemporaine, lucide, l’œuvre dresse un portrait peu flatteur de notre société sclérosée par les injustices et les égoïsmes. On suit les déambulations de Vernon Subutex, ancien disquaire victime de la fin du métier, dans un Paris à deux tempos avec d’un côté des personnages coupés du monde réel et de l’autre ceux déjà oubliés par la vie. Roman fleuve doté d’une écriture rock’n’roll et de punchlines, Vernon Subutex ne laisse pas indifférent.

Spectacle vivant de l’année : Christine and The Queens en concert.

Chorégraphie léchée, décor graphique se déplaçant au gré du rythme de la musique, ambiance hypnotique sans aucune fausse note. Chapeau l’artiste. J’étais au premier rang Place de l’Hôtel de Ville à Paris pour son concert gratuit cet été, c’était la folie, entre midinettes arborant un t-shirt à son effigie, lesbiennes frisant la quarantaine et trentenaires bobos, tout Paris était là pour partager de la chaleur humaine avec l’artiste de l’année.

Film de l’année : Dear White People, de Justin Simien

Une pépite du cinéma indépendant américain. Intelligent, percutant et drôle, le film démonte avec malice les ressorts du racisme. L’histoire se déroule dans un campus huppé américain et majoritairement blanc où l’on découvre via plusieurs personnages hauts en couleurs ce que ça fait d’« être Noir dans un monde de Blancs ». Le réalisateur se joue des préjugés, s’amuse à les déconstruire sans jamais tomber dans le cliché.

Femme de l’année : Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix en 1991.

Figure de l’opposition non-violente à la junte militaire en Birmanie, après 20 ans d’assignation à résidence, d’injustices et de combats pour la démocratie, elle obtient fin 2015 la majorité des voix avec son parti à une élection dont le résultat est enfin reconnu officiellement par le pouvoir en place. 2016 s’annonce être l’année du changement en Birmanie grâce à cette femme qui a sacrifié sa vie pour ses idées et son pays d’origine.

Bonne résolution tenue : aucune (d’avouable).

LE TOP D’ANA

Livre de l’année : Ne suis-je pas une femme ? de Bell Hooks.

Écrit en 1981, traduit en français… cette année ! Une lecture fondamentale sur la nécessité et les spécificités liées au combat des femmes noires. La préface d’Amandine Gay, rappelle que l’accès à toute une série d’écrits, reste pour un bon nombre de femmes limité (par des questions de traductions notamment). S’il est vrai que le texte est intrinsèquement lié à des  problématiques nord-américaines, il n’en reste pas moins essentiel et valable en France.

Spectacle vivant de l’année : Dominique González-Foerster au Centre Pompidou

C’est sûrement l’une des artistes françaises les plus importantes et une des artistes vivantes majeures. Tropiques verts de Rio, néons acides de Tokyo, hologrammes de l’artiste en performance, chants d’oiseaux, et odyssée lumineuse dans un Cosmodrome : c’est un voyage autobiographique et fictionnel, dans l’espace et dans le temps (de 1887 à 2058). Un pur bonheur multi-sensoriel pour les fans de science-fiction et de romans-fleuves en terres mexicaines.

Film de l’année :Sangailé (Summer).

Simple. Facile. Une histoire d’amour d’été tout en douceur. La campagne lithuanienne est belle, les filles qui s’y promènent, qui vont se baigner dans les lacs froids, qui font des feux sur la plage, et qui s’y prennent en photo, le sont encore plus. J’ai comme une envie de déménager.

Femme de l’année :
Entre Chimamanda Ngozi Adichie et Svetlana Alexievich, mon coeur balance…

Bonne résolution tenue : Les petits villages viticoles en Bourgogne, les dégustations de vin et les balades dans les vignes, c’est magnifique l’été. En 2016, changeons de partenaire pour quelqu’un d’un peu moins hétéro, ça sera plus fun.

 

 

 

Marie B.

Accro au Scrabble, aimant les rousses façon Faye Reagan, Marie affectionne au moins autant la politique que les romans fin de siècle.

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One Comment

  1. timide says:

    Merci pour cette sélection accessible. @BBX.

    Il est vrai que Mad Max Fury Road aura été un vrai moment web. (Pour moi il fut web et non ciné.)

    #ImperatorFuriosa #powergeek <3

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