2 - Fitzroy

Lesbiennes d’Ailleurs : Montréal

Barbi(e)turix part en voyage ! Et comme vous êtes des petites chanceuses, on vous emmène avec nous et on vous fait vivre les contrées lontaines comme si vous y étiez. Pour que vous situiez un peu mieux les choses, « on » c’est en fait moi, Hannah, qui, ayant à peine rejoint la team, ai décidé de partir à l’autre bout de la planète, pour qu’on découvre ensemble les lesbiennes d’ailleurs, et plus précisément, pour l’instant en tout cas, d’Amériques du Nord et Centrale, via des récits palpitants et quelques photos (pour un portfolio plus extensif, rendez-vous sur Dailimages). 

Maintenant que vous êtes installées bien au chaud dans mes valises, on peut s’envoler vers Montréal, contrée bien fraîche où ta copine s’appelle ta blonde quelle que soit la couleur de ses cheveux, et où Barbi(e)turix a son équivalent québécois, Lez Spread The Word, qui, en plus d’organiser des soirées pour les filles « Où Sont les Femmes ? » à Montréal et à Québec, de travailler à une invention top-secrète d’un vrai gaydar, et monter une pièce de théâtre, Coco, nous a offert la superbe web-série Féminin / Féminin. D’ailleurs la saison 2 est en préparation, patience, patience. En arrivant le 30 octobre, j’ai manqué à un jour près leur soirée clubbing d’Halloween qui apparemment était ouf, mais j’ai pu faire un saut à leur soirée « posée », au Fitzroy, un sports bar du Plateau disposant de pléthore de tables de billard et de baby-foot. Autrement dit on peut juste passer une soirée chill avec ses potes, ce qui manque à Paris. Mais évidemment il y a des gens qui ne se retrouvent pas forcément dans ce type de soirées. Marianne par exemple, une française qui vit à Montréal depuis 10 ans trouve que ces soirées visent plus les « lesbiennes de bureau » (son terme), c’est à dire plus friquées et plus à droite, et personnellement elle préfère le milieu plus « underground », qui propose notamment les soirées Pompe.

Back au Fitzroy, j’ai échangé avec Fernanda, une mexicaine qui étudie à Montréal. Elle m’a un peu expliqué comment ça se passait au Mexique (mais vous en saurez plus dans un prochain épisode), et le principal élément que j’ai retenu c’est qu’à Montréal on croise toujours les mêmes lesbiennes alors qu’à Mexico, beaucoup plus grand, on arrive à voir des nouvelles têtes assez souvent. Après cette première soirée, j’ai pensé une seconde trouver des lesbiennes auxquelles parler en les interpellant dans la rue, puisque selon Devan, ma première « interview », elles sont partout –mais j’ai finalement opté pour Tinder et OKCupid !J’ai donc pu rencontrer une dizaine de filles, en plus de la team LSTW, qui étaient open pour papoter et être prises en photo.

Florence de LSTW

Montréal étant une ville très cosmopolite, j’ai rencontré plein de Montréalaises venant d’encore ailleurs. Elaheh par exemple, a quitté l’Iran a 14 ans et réside ici depuis dix ans. Grâce à elle j’ai droit à une petite piqure de rappel « douceur de vivre en France » : l’homosexualité est bien sûr criminalisée, la peine allant de coups de fouet à la mort. L’alcool est illégal, Facebook est interdit, et les femmes ne peuvent pas danser en public sous peine de coups de fouet. Pourtant, chez les jeunes les esprits sont assez ouverts, Elaheh est out auprès de tous ses amis, et pour trouver d’autres homos, rendez-vous sur Facebook (oui, le même qui est interdit, tout le monde se sert d’un VPN). Et à Montréal alors, comment a-t-elle trouvé des filles ? Principalement au Drugstore, le bar lesbien de Montréal qui a fermé l’année dernière –portant le compte des bars lesbiens de cette ville soi-disant hyper queer à ZERO ! Il y a toutefois des lieux tenus par des lesbiennes, comme la brasserie Harricana par exemple.

J’ai aussi pu faire un saut par les îles grâce à Lou et à Vanessa. La première a fait un échange universitaire en Jamaïque et a découvert l’amour saphique sur une île où il est illégal d’être homo et se tenir la main dans la rue peut entraîner la mort. Depuis cette relation, elle ne se colle pas d’étiquette, mais retenterait bien avec une fille. La seconde vient d’Haïti mais est à Montréal depuis son enfance. Elle a quand même pu m’expliquer que là-bas, homosexualité égal Satan, sans autre forme de discussion. D’ailleurs, à Montréal elle vient quand même d’une famille très religieuse (catholique, mais les Haïtiens sont également protestants et témoins de Jéhovah), a été élevée dans la religion. Elle dirigeait même la chorale de la paroisse, lorsqu’un jour un nouveau prêtre prononçait un discours ultra-homophobe suite à l’arrivée d’un couple de lesbiennes dans le quartier. Vanessa n’a alors pas réfléchi longtemps avant de se lever et quitter l’église.

Elaheh

Restons dans la religion un instant, cette fois on passe chez des juifs modernes orthodoxes avec Joanna, qui vient de Calgary. Elle a 23 ans et après avoir réalisé l’année dernière qu’elle était lesbienne, elle a passé deux jours sur YouTube à regarder des clips de contenus lesbiens. Avant, elle croyait sincèrement être asexuelle : ses copains ne lui faisaient pas d’effet, et elle ne comprenait même pas pourquoi les autres filles trouvaient important que leur mec soit mignon (maintenant elle comprend très très bien). Aujourd’hui les juifs modernes orthodoxes acceptent assez bien l’homosexualité mais ça n’a pas toujours été le cas. Et chez les non modernes, tu peux oublier. Elle m’a même parlé d’un rabbin qui match des gays et lesbiennes entre eux pour qu’ils puissent avoir une « vie normale » au sein de la communauté. Heureusement Joanna ne pourrait jamais faire ça, à la place elle est dans plein d’associations juives LGBT, date sur Tinder, et c’est quand même plus cool que d’être marié à un mec gay, non ?

Marianne de LSTW

Ce n’est certainement pas Marianne de LSTW, qui fait tourner Tinder au fin fond de la Bretagne lors de ses vacances et tombe sur l’une de mes meilleures potes, small small world, qui dira le contraire ! Bien qu’on ait longtemps papoté j’ai toujours pas bien compris quel est son job (elle produit une émission de musique, En Direct de l’Univers… je crois) ni ce qu’elle fait pour LSTW mais grâce à elle j’ai expérimenté le Café Olimpico (meilleur latte !), et découvert Ariane Moffatt, chanteuse québécoise out, en concert. Bref, Marianne se considère extrêmement chanceuse d’avoir grandi et de vivre dans la bulle qu’est Montréal. Pourquoi bulle ? Parce que l’ouverture et l’avancée au niveau des droits queer et des femmes est telle (mariage et adoption sont légaux bien sur), alors qu’en France (qu’elle connaît bien), on se bat encore sur des trucs qui ne sont même plus des sujets au Québec. Au fil de notre discussion, elle a la suggéré la question suivante : « Quels ont été tes modèles lesbiens ? », et offert pour réponse : elle n’en avait pas ! Et donc pour elle une lesbienne ça voulait dire un gros trucker, en mode Balasko dans Gazon Maudit, et elle ne voulait absolument pas « être ça ». Donc son coming-out est un peu passé par toutes les phases : hyper straight, limite homophobe, puis bi pendant genre deux semaines avant de passer à hyper gay, mohawk et women’s studies included. Quand elle s’est mise à lesbianniser en mode Shane, elle sortait dans le Village, toujours dans le fameux Drugstore, mais comme il n’y a plus de lieu dédié, elle compatit pour la jeune lesbienne qui cherche à rencontrer du monde aujourd’hui… Elle conseille donc les soirées, et le Mile End, où toutes les lesbiennes de Montréal se cachent, et parfois ont leurs bars, comme par exemple Notre Dame des Quilles.

Ariane Moffatt

C’est d’ailleurs dans le Mile End, au Cagibi, un café queer/lesbien, que j’ai retouvé Eva-Fleur, qui boucle la boucle parce qu’elle est française et étudie à Montréal (je vous jure que j’ai mis l’âge au maximum sur Tinder mais il faut croire qu’aucune cougar n’est dessus). Son processus de coming out a commencé assez tardivement et a été grandement aidé par son arrivée à Montréal (surprenant), où le fait que les lesbiennes soient hyper visibles et à l’aise démystifie la chose. Et une fois qu’elle était à l’aise avec son orientation, elle a pu passer chez JJ’s, coiffeur queer star de la ville, pour une coupe digne de ce nom. Après notre discussion j’ai conclu mon dernier jour ici par un saut chez Drawn & Quarterly, librairie queer et féministe qui regorge de livres aux thèmes LGBTQ, et par la galerie d’art féministe La Centrale, qui expose donc des artistes femmes.

Drawn et Quaterly

Honnêtement, ces deux semaines Montréalaises qui, je croyais, allaient passer lentement se sont avérées trop courtes. Je n’ai pu rencontrer qu’une dizaine de filles, il m’a manqué des soirées… Mais j’ai quand même pu apprécier au maximum l’atmosphère et l’ambiance de la ville : très relax, tu t’y sens bien… Et bien qu’il soit difficile de vraiment mettre le doigt dessus, nul besoin de croiser des couples gays en intense PDA pour sentir que l’homosexualité ne pose pas problème ici. En somme, je ne voulais plus partir. Prochain étape : la côte Nord Ouest des USA, avant de filer vers l’Amérique Centrale, vous restez dans la valise ?

Hannah

Hannah est myope et adore la photo (elle en prend même), le ciné, et lire des livres. Elle admet sous la torture une faiblesse pour Gromit et Federer mais fond devant du Lindt aux noisettes.

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