000_Nic6518923_0

Le droit de vote accordé aux femmes en Arabie Saoudite

Alors que se tenaient les élections Régionales le weekend dernier en France, un autre événement électoral majeur est passé un peu à la trappe des médias : les premières élections où les Saoudiennes ont pu voter mais aussi se présenter. Accorder le droit de vote aux femmes nous paraît tellement un combat has been en 2015 qu’il méritait qu’on s’y attarde, en particulier dans un pays où le simple fait de demander des réformes est passible de la peine de mort.

Un jeune pays ultra-conservateur

Le Royaume d’Arabie Saoudite est une monarchie absolue islamique dirigée par la même famille depuis sa création officielle en 1932. Jeune pays ultra-conservateur, sa Constitution se fonde sur le Coran et son droit sur la charia qui codifie les aspects publics et privés de la vie d’un musulman. La muttawa, police des mœurs, a pour rôle de s’assurer que tout ce qui se passe dans le Royaume n’enfreint pas les règles de l’islam. De nombreux crimes sont passibles de la peine de mort. On peut être lapidé pour adultère, décapité au sabre pour un vol, prendre des coups de fouet si l’on détient des bouteilles de vin… L’islam est la seule religion officiellement acceptée, ceux qui vouent un culte à une autre religion ou expriment une opinion différente vis-à-vis de l’islam risquent la peine de mort. Ambiance. Le Royaume encadre par ailleurs l’usage des nouvelles technologies, de la télévision, et va même jusqu’à interdire en public la musique et le théâtre. Le port du voile intégral est obligatoire et la ségrégation sexuelle est de mise.

crédit photo : Reuters

Etre une femme en Arabie Saoudite

Dès leur naissance, les Saoudiennes dépendent de l’autorité d’un homme de la famille, le mahram, dont le rôle sera de les surveiller. Les femmes ne peuvent rien entreprendre sans son aval : travailler, se marier, aller voir un médecin, conduire (il n’y a pas de transport public)… En 2011 le roi Abdallah a accordé une réforme significative pour enfin donner une liberté aux femmes, celle de l’éligibilité et du droit de vote – en isoloirs séparés bien sûr – à compter de fin 2015. Elles rejoignent ainsi les hommes qui ont acquis le droit de vote en 2005, date des premières élections municipales en Arabie Saoudite.

Pourquoi cette réforme a-t-elle mis 10 ans à se mettre en place ? Le prétexte serait que les infrastructures étaient insuffisantes pour accueillir les citoyennes, qui doivent être séparées des hommes dans les bureaux de vote… Les événements du Printemps Arabe ont sans doute décidé le roi Abdallah à lâcher un peu de lest social…

Les élections municipales du 12 décembre

crédit : saundiwoman.me 

Dans les faits, lors de la campagne électorale d’il y a quelques jours, les femmes étaient clairement désavantagées face à leurs concurrents masculins. Pour que leur candidature soit validée, les candidat-e-s devaient s’assurer que leurs programmes de campagne ne contiennent rien d’insurrectionnel (selon le pouvoir en place). Sachant qu’inclure dans son programme une demande de réforme pour lever l’interdiction de conduire aux femmes est jugé insurrectionnel, cela limite les initiatives… Pour tenir un meeting public, elles doivent passer par l’aval de leur mahram. Du bon vouloir de ce dernier dépend la suite des événements comme se déplacer jusqu’au meeting en voiture ou se faire représenter par un homme lors du meeting puisque les femmes n’ont pas le droit de prendre la parole en public ou de s’exprimer dans une salle séparée via un sound system. L’autre option est de prendre la parole devant un électorat exclusivement féminin soit 124 544 inscrites sur les listes électorales contre 1,48 millions d’hommes.

Côté électrice, voter est tout autant compliqué puisqu’il faut être inscrite sur les listes électorales, ce qui implique d’avoir l’aval de leur mahram. Idem pour se rendre aux urnes. Heureusement, un système D a été mis en place par l’association de promotion du vote des femmes, Al-Nahda, qui, via un partenariat avec Uber, offrait des courses gratuites à toutes les femmes désireuses d’aller voter.

Selon le site féministe SaudiWoman’s cette élection municipale ouverte aux femmes sert de diversion puisqu’en réalité elle permettra aux élu-e-s d’avoir un impact sur le développement urbain du Royaume et ne concerne en rien les droits humains ou des sujets politiques cruciaux. Coup de com’ pour redorer l’image de l’Arabie Saoudite à l’international, cela n’a pas empêché les candidates de se présenter en nombre pour exposer leurs idées. 976 candidates sur 7000 au total pour 2106 sièges à pourvoir, preuve que les Saoudiennes souhaitent faire évoluer leur pays. L’Arabie Saoudite compte de nombreuses militantes féministes qui demandent l’égalité des sexes, avec comme priorité le droit des femmes pour conduire, la citoyenneté pleine et entière, la participation des femmes aux instances de pouvoir, rejetant le système du mahram.

Sur les 976 candidates 17 femmes ont été élues.

Depuis 2015 c’est le roi Salmane qui dirige le Royaume, il a déjà accordé aux femmes un nouveau droit, celui de voyager sans l’aval de son mahram, sans l’obligation que ce dernier les accompagne. Il vient également d’accorder aux veuves et aux divorcées une carte d’identité leur permettant d’effectuer des démarches basiques, sans qu’on en sache plus sur ces démarches si sur la date d’entrée en vigueur de cette réforme… La marche vers l’égalité semble encore longue surtout si l’on se réfère aux dires du Grand Mufti d’Arabie Saoudite qui assimile ces avancées pour les femmes à « une porte ouverte au Mal ».

crédit photo de Une : AFP /STR

Emmanuelle

Caution militante et intersectionnalité de la team, hyperactive touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier), co-fondatrice des soirées Peaches & Cream, DJ à ses heures perdues.

Plus d'articles

Follow Me:
TwitterFacebook

Be Sociable, Share!

Leave a Comment

*