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Le coeur et le cul #8 : “J’ai peur du sexe”

Nostalgiques de la rubrique sexo du magazine Girls, Barbi(e)turix propose désormais ses conseils avisés. Aujourd’hui, nous évoquons les angoisses liées à la sexualité avec notre lectrice Poppy.

Chère Barbi(e)turix,

J’ai un gros problème : j’ai peur du sexe !

En premier lieu, il faut savoir que je suis handicapée, dyspraxique plus précisément, et que j’ai dû subir plusieurs opérations dans mon enfance. Cela veut aussi dire que j’ai du mal à maitriser mes émotions ou à bien me tenir en société (laisser la parole aux gens, etc..). Je ne peux pas écrire (dysgraphie) et suis obligée d’utiliser un ordinateur.

Lorsque j’avais 9 ans, je suis tombée sur un film pornographique. C’était tellement dégradant et humiliant pour la femme que j’avais décidé de ne jamais avoir de relations sexuelle. J’ai en quelque sorte développé une phobie de l’atteinte au corps, intensifiée avec l’hôpital : encore aujourd’hui, je ne peux tout simplement pas regarder/lire des films/livres où l’acte sexuel est cru ou violent (et ne parlons pas des blagues de fesses qui me mettent plus mail à l’aise qu’autre choses) .

Au collège, mes copines faisaient des blagues à base de stripteaseuses et j’essayais tant bien que mal de rentrer dans leurs délires pour me faire accepter, alors que j’étais plutôt du genre à rougir à l’évocation du mot ”bite’’. Les cours d’éducations sexuelles me traumatisaient. On peut avoir le sida et autres maladies sympathiques ? Youhou et encore une raison pour ne pas coucher! Bref, je n’étais pas du tout sur la même longueur d’onde.

Au lycée, quelque chose a légèrement changé: je suis tombée follement fan du cinéma et de l’univers de Tim Burton (« monstres » incompris, décors gothiques, humour noir, et personnages bizarres, attachants et en marge des gens « normaux »). J’ai aussi vécu mon « premier amour », dont j’avais une vision totalement fantasmée. C’était un garçon autiste et il marchait en rond dans la cour, parfois en souriant. Je m’étais mis dans le crâne qu’il voyait des fantômes ou des fées ! En grandissant, j’ai pris conscience que j’en avais fait une muse, mais c’était un coup de foudre quand même!

Mon lycée était un lycée professionnel qui ne m’intéressait guère (j’aurais aimé aller en littéraire!). Les professeurs ne comprenaient rien à ma situation ou à mon handicap, et j’avais toutes les peines du monde à trouver de nouveaux amis. Il ne me restait que ce garçon, Burton, la littérature anglaise (que je dévorais) et mes rêveries pour seuls compagnons. Puis, en lisant « La Mécanique du Coeur » de Mathias Malzieu, j’ai fait une trouvaille sensationnelle : oui, on pouvait mettre en scène des scènes de sexe douces, tendres et même rigolotes, sans une once de « trash »!

J’ai sauté tout le lycée et ai passé trois ans de cours à la maison. MIRACLE, j’ai aussi commencé à avoir une vie amicale ! Ensuite, tout s’est accéléré : je suis entrée au DAEU et ai obtenu mon diplôme du BAC en ce début d’année.

Cette année passée est une année très importante : je lis beaucoup de yuri platonique et ça me fait une telle sensation de « barbe-à-papa dans l’estomac » que j’ai découvert que j’aimerais beaucoup avoir une relation amoureuse avec une fille ; en m’informant sur internet, j’ai pu trouver des indications concernant mon orientation romantique (je pense être pan et très attirée par les personnes féminines) ; enfin, j’ai même commencé à me masturber… sans grand effet hélas !

Pour autant, ma vision reste toujours négative et je crains un premier rapport. Avez-vous des conseils pour apprivoiser mon corps ou cette peur ? J’ai pensé aux sextoys, mais je connais pas grand-chose dans ce domaine et rien que d’y penser, ça me met un peu mal à l’aise, y a encore du boulot!

Amicalement,

Poppy Stardust

Bonjour Poppy !

Avant toute chose, je voudrais te dire que tu as déjà accompli un chemin gigantesque toute seule ! De vivre ses angoisses à les nommer, le pas est déjà énorme. De les nommer à commencer à les surmonter, il est au moins aussi grand, et pourtant tu les as franchis tous les deux. Alors même si je me mets à mon clavier pour te répondre du mieux que je le pourrai, je n’ai pas de doute sur le fait que tu réussisses à apprivoiser tant tes appréhensions que tes envies.

En ce qui concerne tout d’abord la pornographie, c’est certain qu’une plongée directe dans la pornographie « mainstream », avec tout ce qu’elle comprend de sexisme et de violence, peut être traumatisante, surtout aussi jeune. Sur ce point, je peux te donner deux pistes à explorer si tu le souhaites.

Tout d’abord, il existe de plus en plus de films pornographiques qui mettent l’accent sur la tendresse et le lien émotionnel plutôt que sur l’acte physique cru. Le film République/Filles du Calvaires qu’a réalisé Sarah de Vicomte en est un bon exemple. Peut-être pourront-ils contribuer à t’apporter une vision plus douce de la sexualité, en te montrant qu’il est possible d’avoir des rapports basés sur la complicité et l’échange ?

Ce qui m’amène à mon second point : aimer la pornographie n’est en aucun cas une obligation, et rester de marbre, voire être gênée par ce que tu verras ne fera pas de toi une prude. Tu me dis que tu es littéraire et attirée par les univers fantastiques : peut-être que les représentations littérales du sexe te sembleront laisser trop peu de place à l’imagination. Chacun-e trouve son plaisir et son excitation à des endroits différents, et si les tiennes penchent plus du côté de l’érotisme platonique, écoute-toi et laisse grandir tes fantasmes !

Ensuite, pour ce qui s’agit d’apprivoiser ton corps lui-même. Le sujet est vaste, tant les façons de se masturber le sont ! Je ne sais pas dans quelle mesure ta dyspraxie influe ou non sur la façon que tu as de te toucher, mais si je peux me permettre un conseil : ne te focalise pas tant sur un « résultat » que sur l’énorme palette de sensations que ton corps est capable de ressentir. Prendre du temps pour caresser doucement ton corps entier aura peu de chances de te mener directement au septième ciel, mais c’est déjà un chouette geste d’amour envers toi-même, en plus d’être agréable (et je maintiens qu’on passe trop peu de temps dans la vie à se caresser les fesses). Rien ne t’oblige à t’arrêter à ça, bien sûr ! Pour aller plus loin, tu as à ta disposition tes mains, ton lit (j’y viendrais plus tard) et, comme tu l’as déjà dit, plein de sextoys. Je commencerai par ces derniers : si tu souhaites en acquérir un, rien ne t’oblige à prendre celui de 25 cm, avec 9 vitesses et option lampe de poche. Selon ce que tu as envie d’essayer, tu peux éventuellement te tourner vers les lovestores qui proposent des vibros et dildos aux formes non-phalliques qui t’aideront peut-être à surmonter ton appréhension !

Mais, encore une fois, ce n’est pas une étape obligée (il n’y a pas d’étape obligée). Tes mains sont de formidables sources de plaisir : elles peuvent caresser, presser, pénétrer, agripper… Et, comme je le disais, ton lit et ce qu’il contient n’est pas en reste ! Certaines filles prennent encore beaucoup de plaisir par de simples frottements contre une couette ou par un oreiller pressé entre leurs jambes. D’autres utilisent leurs mains et des jouets, certaines se masturbent sous la douche et d’autres ne jouissent qu’allongées, certaines gardent leur culotte, d’autres non. La bonne façon de te masturber est celle qui te plaira !

Enfin, pour ce qui est de ton anxiété vis-à-vis d’un premier rapport, pas de secret, la clé c’est d’en parler. Vraiment. Quand tu auras trouvé la personne avec qui tu as envie de ce premier rapport, ou plutôt quand vous vous serez trouvé et qu’il en sera question, n’hésite pas à lui faire part tant de tes appréhensions que de tes désirs. N’attendez pas forcément d’être dans le lit pour le faire, même si ça peut paraître un peu intimidant d’en parler avant. Ensemble ou séparément, vous pouvez en profiter pour faire le point sur vos envies et vos limites : listez sur une fiche toutes les pratiques qui vous passent par la tête, et inscrivez en face de chaque votre sentiment vis-à-vis d’elle, de « J’adore » à « Jamais de la vie », en passant par « À essayer, mais pas tout de suite ». Et, éventuellement, échangez ou envoyez-vous vos mémos, vous aurez peut-être d’agréables surprises et des conversations qui vous mèneront à des ententes plus « corporelles » !

Je te souhaite plein de tendresse et des montagnes de plaisir, parce que le sexe peut aussi être ça !

Le bisou

 

illustrations : Anaïs de Sousa

Arsène M.

Rat de bibliothèque végan, Arsène dévore quand même tout ce qui est relié en queer. Iel passe beaucoup de temps à mettre du désordre dans ses mots et de l’ordre dans ses pensées.

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