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Claire Bretécher, le miroir de la déconfiture

Claire Bretécher a 75 ans. C’est une femme magnifique qui s’est toujours dessinée dans ses autoportraits avec les mêmes stigmates que tous ses personnages, les yeux cernés, l’échine courbée, épaules tombantes, lasse, en pleine déconfiture, terme qu’elle affectionne particulièrement. La BPI (Paris, Centre Pompidou) lui consacre une exposition à voir jusqu’au 8 février 2016.

Vieille enfant, jeune ado, j’ai biberonné Reiser et Bretécher. Je leur dois beaucoup. Une certaine vision du monde. Un sens de la dérision qui commence impérativement par soi-même. Reiser, grattez le gros dégueulasse, oui c’est dur, et trouvez l’écologie. Bretécher, sous Les frustrés et leurs lamentations quelque peu surannées, le féminisme, la GPA et la PMA avant l’heure, les stéréotypes de genre et les interrogations irritantes des futurs bobo. Ses personnages sont défaits, sans vérité à prendre à bras-le-corps, questionnant sans cesse leurs propres convictions et leur dérisoire condition. Elle a créé ses générations de l’anti-conquête avec des séries comme Les Gnangnan, Les Naufragés ou Les Frustrés.

Elle se lance dans la B.D. dans les années 6O et participe aux canards illustrés du moment, Tintin, Spirou, Pilote. En 1972 elle fonde L’Echo des savanes, journal de bande dessinée avec Gotlib et Mandryka. Son personnage Cellulite est née dans Pilote en 1969, une princesse médiévale, une anti-héroïne intégralement féministe. Elle ratisse large dans le spectre des nouvelles classes urbaines shootées à la psychanalyse et à la sémiologie qu’elle croque alors dans la presse généraliste, comme Le Nouvel Observateur, mais son regard sur les femmes reste central. Il traverse ses séries, elle les met en scène dans Le destin de Monique ou Les Mères. Elle réinvente la jeune et son parler, une transcription toute personnelle et imaginaire d’un argot d’ado, dans Agrippine où les procédés sont plus huilés.

Elle dit avoir été hyperféministe, avoir dessiné les femmes parce qu’elle croyait que c’était ce qu’elle connaissait le mieux. « De toute façon, quand on est une femme et qu’on est sainement égoïste, on est féministe », a-t-elle pu écrire. Elle rejette l’idée d’un dessin féminin. Elle n’est pas militante. Le substrat des premières années, bercées par la gaudriole foutraque et franchement anar, y est pour quelque chose. Pas de leçon à donner, quitte à égratigner aussi le féminisme et ses rigidités.

Les femmes et la société ont changé et Bretécher se dit étrangère au XXIe siècle, un siècle qu’elle ne comprend pas, sans pour autant avoir la nostalgie du passé. On la comprend bien. La BPI (Paris, Centre Pompidou) lui consacre une exposition à voir jusqu’au 8 février 2016.

 

Exposition Claire Brétecher du 18.11.15 au 18.02.2016 à la BPI en accès libre pendant les horaires d’ouverture de la bibliothèque.

A (re)lire :

Les Frustrés, l’intégrale, Dargaud, 2007.

Les inédits, Dargaud, 2007

 

Isabelle

Isabelle aime les cabinets de curiosité et la vieille techno hardcore, la confusion des sens et les concentres Harley au clair de lune.

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