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Le coeur et le cul #7 : “En couple depuis moins d’un an, nous ne faisons plus l’amour”

Nostalgiques de la rubrique sexo du magazine Girls, Barbi(e)turix propose désormais ses conseils avisés. Aujourd’hui, pour notre troisième lettre, nous parlons baisse de libido avec notre lectrice Alice.

Chère Barbi(e)turix,

Voilà ma situation : Je suis en couple avec ma copine depuis l’année dernière. On est parfaitement épanouies ensemble. Pas de disputes, beaucoup de complicité, des projets… « Quel est le problème alors ? » me direz-vous. Et je vous répondrai : Le cul. Oui, le Cul.

Il se trouve qu’après les semaines du début durant lesquelles nous copulions allègrement plusieurs fois par jour, la fontaine s’est tarie très rapidement. De plusieurs fois par jour, on est passé à une fois tous les deux jours, puis deux fois par semaine… À l’heure d’aujourd’hui, on baise moins d’une fois par semaine. Je lui en ai parlé de nombreuses fois, je lui ai dit que ça me manquait, tout en essayant de ne pas trop insister pour ne pas lui mettre la pression et la faire se sentir mal. Je lui ai demandé si elle avait moins envie de moi, ou moins envie de faire l’amour. Invariablement elle me répond qu’elle est souvent fatiguée par le travail, qu’elle a toujours envie de moi, mais surtout qu’à trop parler du fait qu’on baise moins, elle ne se sent plus à la hauteur et n’ose plus rien faire.

Elle n’ose plus prendre les devants et quand moi, je l’allume elle n’est à mon grand dam, pas très réceptive. Dans une société où la sexualité est dans toutes les conversations et tous les esprits, je ne sais pas où situer ma relation. Quand mes amis parlent de la leur de manière ouverte et provocante, prouvant au monde entier que la fréquence à laquelle ils baisent résiste au temps qui passe et aux aléas du quotidien, je n’ose pas évoquer nos difficultés par peur qu’ils nous condamnent. J’imagine bien leur réaction : « Quoi, vous baisez plus ?? Mais ça fait même pas un an ! Quand vient l’affection, c’est bientôt la fin… On a pas d’orgasme en se caressant les cheveux. »

Le fait de moins faire l’amour après seulement quelques mois veut-il dire que notre relation n’est pas aussi solide et valable qu’une autre ? N’ose-t-elle pas me dire qu’elle n’a plus envie de moi ? Comment la stimuler ? J’en viens à ne plus avoir envie moi-même sans pour autant que cela nous éloigne ou que je l’aime moins. Plus que le cul lui-même, c’est le jeu et la séduction qui me manquent. Dois-je faire le deuil de notre sexualité fougueuse et spontanée ?

Merci d’avance pour votre réponse.

Alice.

Ah, le cul dans le couple : cette part d’intimité partagée sur laquelle on empile tout en équilibre, ses projets, ses disputes et sa complicité, qu’on guette, qu’on scrute et qu’on mesure dans l’angoisse de la voir un jour se fendiller.

Le cul dans le couple, on le compte, on le compare, on le statistique et on l’optimise, on le met sur la table bien à la vue de tout le monde, parce qu’aujourd’hui il est là, mais demain… ?

C’est dur, c’est vrai, de ne pas écouter la voix de la compétition, de ne pas se sentir seule dans son silence quand les gens autour de toi décrivent par le menu leurs nuits toujours plus folles et passionnées, et surtout quand c’est pratiquement le seul discours qu’il est possible d’entendre par rapport au cul.

Car oui, étrangement, j’ai rarement entendu parler autour d’une table des petits ratés, du mal de dos ou de ventre qui fait qu’on préfère juste un câlin, du moment où on pensait avoir super envie et en fait vraiment pas, de la culpabilité qu’on ressent à ne pas être disponible au bon moment, avec la bonne intensité, à la bonne fréquence.

Alors, si un jour la courbe du cul fluctue, décline, ou si même elle chancelle, on marque ce jour d’un drapeau noir, parce que c’est le jour où le cul, le ciment du couple, a commencé à se fissurer. Et dans notre effort désespéré pour reboucher tout ça, pour relancer la croissance, les statistiques et l’excitation, tout ce qu’on s’injecte, c’est de la culpabilité.

Alice, ton histoire me touche, parce que je l’ai entendue et lue trop de fois, que je l’ai aussi vécue, comme beaucoup et que je crois qu’elle nomme l’une des plus grandes difficultés à laquelle chacun-e doit faire face dans ses relations amoureuses et sexuelles : lutter contre sa culpabilité. Car la société nous abreuve de l’idée que le sexe est synonyme de libération et d’amour. Donc si tu ne baises pas, tu n’es pas libre (mais libre de quoi ?) et, surtout : tu n’aimes pas l’autre « pour de vrai ». Ce qui est aussi toxique que faux.

Car dans notre vie, tout change. Si le fait de manger toute sa vie le même chocolat, de la même marque, cinq jours par semaine sans jamais déroger à cet agenda, est assez improbable, le fait de baiser tout le temps à la même fréquence avec la même personne sans jamais connaître ni de haut, ni de bas, l’est encore moins. Cependant, je comprends tout à fait que la proximité et la passion te manquent. Car c’est vrai que c’est agréable ! Sans oublier, comme tu le notes, le jeu et la séduction qui les accompagnent.

À mon avis, le meilleur moyen pour leur offrir l’espace de revenir est d’abord d’éloigner la culpabilité qui s’est installée entre vous. Ironiquement, le meilleur moyen pour retrouver l’excitation est parfois de ne pas la chercher à tout bout de champ ! Laissez tomber les chiffres, détournez le regard et respirez un peu : du peu que tu m’en as dit, votre relation est suffisamment pleine de choses positives pour avoir plus à vous offrir que la perspective angoissante de l’insatisfaction sexuelle.

Alors ce que je cherche à dire est : donnez-vous du temps. Donnes-en à ta copine, tant pour oser à nouveau aller vers toi que pour être réceptive quand c’est toi qui l’approche : c’est compliqué de se laisser aller quand on a tout le temps peur de ne pas être à la hauteur. Si elle est fatiguée, enroulez-vous dans une couette, éteignez les téléphones et coupez-vous du monde le temps d’un soir ou deux. Rappelle-lui qu’elle a le droit de se sentir fatiguée et que ça ne vous empêchera pas de passer des bons moments.

Donnes-en à toi aussi ! Tu peux en profiter pour prendre quelques heures pour réfléchir à ce qui t’angoisse par peur du regard des autres et à ce qui te manque réellement. Et réapprenez à vous faire plaisir ensemble. Et sans que cela vous mène forcément ou directement sous la couette : c’est votre complicité qui importe, pas la hauteur où vous situez sur l’échelle de la performance sexuelle.

Enfin, si ta copine est souvent fatiguée ou anxieuse à l’idée de ne pas se sentir assez en forme, un outil pour nommer vos limites sans culpabiliser peut-être d’utiliser des chiffres comme code entre vous. De 1 à 6, de « des câlins sans arrière pensée» à « allons-y je me sens prête à tout! », en passant par « juste des bisous » ou « je veux bien qu’on s’allume mais sans aller plus loin » : à vous d’établir vos propres étapes. Cela vous permettra peut-être de rouvrir le dialogue de façon un peu plus amusante que de devoir tout anticiper et négocier par le menu chaque fois que l’une fait un pas vers l’autre.

En tout cas, je vous souhaite de retrouver votre complicité !

Bien le bisou,

Mona

Arsène M.

Rat de bibliothèque végan, Arsène dévore quand même tout ce qui est relié en queer. Iel passe beaucoup de temps à mettre du désordre dans ses mots et de l’ordre dans ses pensées.

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6 Comments

  1. Aude says:

    Le cul, ce sont souvent celles qui en parlent le plus qui en font le moins ! Alors Alice, n’écoutez pas les récits fanfarons des soi-disant performances sexuelles de votre entourage… Pensez seulement à vous, et à vous deux, sans chercher de comparaisons.

  2. Stéphanie says:

    Avec quelques années d’experience, des amours, des échecs je vois la relation entre deux personnes différemment..La relation oui car il n’y a pas de sexe sans relation n’en déplaise aux cruches branchées adeptes du one night stand pour pas s’”attacher”… Sans cerveau pas de plaisir, sans interaction relationnelle pas de sexe…Alors je vous livre ma conclusion? Garder, protéger, enrichir son jardin secret et respecter la liberté de l’autre. Peut-être que trop de complitcité tout le temps tue parfois le désir. Savoir prendre de la distance sans paniquer dans le sentiment d’insécurité pour mieux rallumer le feu….

  3. K.Oh says:

    C’est quoi ce titre ?! Ce n’est pas “nous ne faisons plus l’amour”, mais “nous faisons moins l’amour”. Certes il faut appâter le chaland, mais c’est assez normatif d’arrondir “moins d’une fois par semaine” à “rien du tout” je trouve.

    Et quitte à être “contre” avec de gros guillemets aujourd’hui ;) , je aussi suis contre “On a pas d’orgasme en se caressant les cheveux. » Ahahah.

  4. Jack G. says:

    Bien d’accord avec Aude, les fanfarons sont souvent ceux qui ont besoin de l’ouvrir pour se faire valoir autour d’eux! Le sexe comme pour les biens ou le travail, c’est comme ça…
    Le plus important, c’est de communiquer et d’essayer de nouvelles choses pour éviter une éventuelle routine qui serait dévastatrice! Situation, déguisement, lieux, sextoys, positions…Faites plaisir à votre imagination!

  5. Artemisia.g says:

    @ Stéphanie
    “les cruches branchées adeptes du one night stand pour pas s’”attacher””
    J’adore quand, sous prétexte, de sortir des “sentiers battus”, les gentes deviennent hyper jugeantes et normatives… aheum…

  6. Stéphanie says:

    @Artemisia.g
    Ce qui m’insupporte c’est les “gentes” qui camouflent leur lâcheté ou leur manque de sensibilité derrière une certaine condescendance et un détachement soit disant cools…(en ça on a beaucoup à apprendre du vivre ensemble des canadiennes, plus de respect, plus de liberté, moins de jalousie).
    Après entre deux adultes consentantes chacune fait ce qu’elle veut!

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