Daniel Oglander

Playlist : L’automne #5 / Paris la gueule de bois

Chaque jeudi, une playlist BBX pour affronter le mauvais temps intérieur, concoctée avec (presque) amour et dévotion, acharnement et plaisir buccal.

Cette semaine, le début décembre presque un peu tendre, et l’esprit de Noël qui tente un peu en vain d’envahir les rues de la capitale, nos quotidiens un peu biaisés. Avec envie certes. Mais avec cet arrière-goût Poussière qui fait qu’on s’est lassés. L’arrière-goût Poussière. L’inévitable gueule de bois. C’est un peu ça. Les rues qui se remplissent un peu, un peu plus chaque soir, à mesure que le 13 novembre s’éloigne. Les cœurs qui refroidissent un peu, un peu plus chaque jour que les oublis se brandissent, que la frayeur perd de sa poigne. Les mains qui se prennent, avec un peu moins de peur, un peu moins de candeur, aussi, mais ça, ça c’est autre chose. Les souvenirs s’évanouissent, on se perd à nouveau dans la masse, les corps se lassent, à nouveau, après le regain d’envie, après le regain d’amour, après le regain qu’on appelait Toujours. Garder en tête, toujours, les visages partis, les destins écroulés, toujours, marcher le ventre tremblant, toujours, froncer les sourcils, toujours, craindre les métros, toujours, « elle est bien grosse celle-ci, en espérant qu’elle se fasse pas exploser ici ». Toujours. La honte, aussi. La honte toujours. La honte surtout. Toujours les mêmes regards fuyants. Se sentir coupable de ne pas vouloir partir tout de suite. Prendre peur pour ceux qu’on aime, moins pour ceux qu’on ne connaît pas. La honte. Toujours. Bah oui. Mais non. Les rues se remplissent un peu, un peu plus chaque soir, à mesure que le 13 novembre s’éloigne. Les mains glissent, oublient de se prendre, les baisers se gardent, les yeux se referment. Et Paris sans foi, sa terrible gueule de bois, que l’on avale le front plissé, le digestif de trop. Moins de candeur, aussi, mais ça, ça c’est autre chose. Les matins moins moroses, notre envie un peu moins ferme. Et la culpabilité. Toujours. On se prend deux secondes à frissonner, allumer une clope devant le Mauri7, deux pintes dans le sang, l’esprit branlant. « J’aimerais pas être bourré, si ça arrivait ». Quoi que. La culpabilité. Toujours. Et la terrible gueule de bois. Qui prend qui prend qui prend. L’arrière-goût Poussière, qui repousse les Noël. Les « toujours » insolites qui t’abandonnent un instant, et t’engouffrent la clope, à moitié allumée, à la terrasse d’un café. Pas glop.

crédit photo : Daniel Oglander

Adeline

Caution musicale de la team et rédactrice en chef du mag Heeboo, Adeline est amatrice de sonorités brutes et de soirées sans façons. Elle aime : le bleu / ponctuer ses interventions de points / râler. Ses soirées à elle (et à tout le monde) : Sneaky Sneaky.

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