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Le coeur et le cul #6 : “je suis asexuelle, en couple avec une personne sexuelle “

Nostalgiques des courriers du coeur du magazine Girls, Barbi(e)turix propose désormais chaque semaine ses conseils avisés. Aujourd’hui, pour notre sixième lettre, nous parlons asexualité avec notre lectrice Lenina.

Hello le Courrier du <3 de Barbieturix !

Alors, voilà, je t’explique ma situation : je suis asexuelle et en couple avec une personne qui est sexuelle depuis 8 mois. Peut être vois-tu déjà où je veux en venir ?

Elle pense que le sexe, ça fait 50% d’une relation. De mon côté, je n’ai fait mon coming out auprès de mes ami-es proches que récemment, c’est à dire il y a deux mois. Et je n’ai pas encore trouvé le courage de lui dire que le sexe…c’est vraiment pas mon truc.

J’ai déjà essayé de lui dire que pour moi le sexe c’était pas aussi important que pour elle et que je n’en avais pas tout le temps envie : elle m’a dit qu’elle comprenait, mais en attendant, notre relation périclite (ça c’est cadeau pour le jeu de mots). Je vois bien qu’elle attend autre chose de notre relation mais je ne sais pas comment aborder le sujet à nouveau, j’ai peur d’avoir l’air insistante et de la blesser. Mais j’ai l’impression que cette accumulation de silences est en train de construire comme un mur infranchissable entre nous, un peu comme un état d’extrême droite qui fermerait toutes ses frontières une à une, c’est te dire la bonne ambiance. Nos disputes se multiplient sans que nous n’arrivions à aborder le sujet. Comment lui en parler ? Quels compromis pourrait-on trouver ? J’ai commencé cette relation avec le sentiment que « ça y est, c’est elle! », et ça m’attriste de voir cette relation mourir à petit feu sans savoir quoi faire.

Merci pour la sagesse et les mots doux,

Lenina

Bonjour Lenina,

Avant tout, félicitations pour avoir fait ton coming-out ! Ce n’est jamais une étape évidente mais c’est bien souvent un premier pas pour plus de compréhension et d’acceptation au sein de son entourage.

Permets-moi de rappeler, pour nos lectrices et éventuels lecteurs, ce qu’est l’asexualité : c’est le fait de ne pas ressentir d’attirance sexuelle pour autrui. Ce qui ne veut pas dire que l’on ne peut pas être amoureux-se ! Si l’absence d’attraction romantique existe aussi, elle se nomme autrement : c’est l’aromantisme, qui est quelque chose de tout à fait différent, bien que tout aussi réel et acceptable.

L’asexualité peut se décliner selon un large spectre, qui va de l’asexualité à la greysexualité (ne ressentir que rarement du désir), en passant par la demisexualité (ne ressentir du désir qu’après avoir formé un lien émotionnel particulier avec la personne) et bien d’autres.

La majorité des personnes, comme c’est le cas de ta copine, se définissent comme sexuelles. Plus exactement, elles ne se définissent pas, car l’équation amour = désir est si profondément ancrée dans les esprits comme allant de soi qu’il est souvent difficile de croire que les deux peuvent exister séparément. Et c’est pourtant le cas, comme tu viens de nous le rappeler.

Tu sembles avoir bien identifié les raisons de votre éloignement : c’est déjà un grand pas de fait ! Si l’absence de désir de ta part, ou le trop-plein de son côté, vous pèse, il est important d’y mettre des mots clairs. En essayant de protéger ta copine de cette réalité, tu risques au contraire de finir par la blesser d’autant plus, et toi en même temps.

C’est pourquoi je ne saurai que trop t’encourager à en parler rapidement avec elle. Comme tu l’as remarqué, l’absence de communication n’est jamais un environnement très fertile pour une relation. L’ambiance « motion de censure » à l’heure des câlins, c’est même carrément moyen. De plus, même si le silence s’est installé entre vous, il est fort possible que cela ne l’empêche pas de se questionner de son côté : et s’il y a bien une personne en mesure de lui apporter des réponses justes aux questions qu’elle se pose à ton / votre sujet, c’est toi.

Pour les compromis, je n’ai malheureusement pas de recette magique ! Peut-être se rendra-t-elle compte que le sexe n’est pas forcément si important en regard des sentiments qu’elle a pour toi ; peut-être trouverez-vous des compromis sur le plan sexuel ; peut-être encore exprimera-t-elle le désir de pouvoir être en accord avec son identité sexuelle avec quelqu’un d’extérieur à votre relation existante. Aucune de ces suppositions n’est certaine, ni exhaustive : si vous en envisagez une, n’oublie pas que cela doit être débattu et toute décision doit être prise dans le consentement total des deux personnes.

Mais c’est te dire l’éventail des solutions que vous pouvez trouver.

Une idée pour redéfinir les limites de votre relation et trouver un compromis satisfaisant pourrait être, une fois le dialogue entamé et votre désaccord clairement nommé, de coucher sur papier toutes les possibilités (même les plus saugrenues) qui vous permettraient de trouver un accord. Une fois cette liste faite, rayez toutes les solutions qui vous semblent irréalisables à toutes les deux, puis débattez des autres. Choisissez celle qui vous semble vous convenir le plus, et testez là pendant une durée déterminée (une semaine, quinze jours, un mois…). À l’issue de ce laps de temps, discutez ensemble des résultats, et recommencez au besoin.

Je vous souhaite de parvenir à en discuter calmement !

Et n’oublie pas : si quelqu’un-e te quitte en raison de tes préférences sexuelles et/ou romantiques, ce n’était de toute façon pas la bonne personne.

Bien le bisou,

Mona

 

Arsène M.

Rat de bibliothèque végan, Arsène dévore quand même tout ce qui est relié en queer. Iel passe beaucoup de temps à mettre du désordre dans ses mots et de l’ordre dans ses pensées.

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9 Comments

  1. Artemisia.g says:

    La question s’est déjà posée de mon côté: en tant que personne sexuelle j’ai déjà été en relation avec une personne qui ne se disait pas asexuelle mais qui se situait quelque part sur ce spectre. Clairement, de mon côté, la relation ne me semblait absolument pas viable, puisque j’ai besoin de baiser avec quelqu’un pour nourrir des sentiments amoureux, sans cela ils s’étiolent et meurent. Je suis désolée si ce que je dit est ultra dark et pas encourageant (je ne parle que de mon point de vue et de mon ressenti): moi j’ai l’impression qu’une relation entre une personne non-asexuelle et une personne asexuelle cela entraîne renoncement et frustration de part et d’autre. La polyamorie ne résout pas forcément le problème à mon avis, parce que c’est dans cette relation précise (on va dire la relation A) qu’il y a une divergence profonde. Pour la personne non-asexuelle, baiser avec d’autres personnes cela ne résout pas le problème du manque de sexe dans la relation A. Et puis parfois, elle n’a pas envie de faire du sexe avec d’autres personne, mais seulement avec son amoureuse asexuelle… Pour la personne asexuelle cela peut être douloureux si la polyamorie est acceptée à contre-coeur, comme la seule solution pour “sauver” la relation amoureuse A. Enfin, bref, c’est vraiment casse-gueule je trouve comme situation, surtout quand elle n’est pas claire et connue dès le départ.

  2. Soo-shee says:

    Personnellement j’ai du mal à concevoir l’asexualité. D’un point de vue primaire il me semble que notre nature première est de nous reproduire, c’est aussi une question de survie, et donc génétiquement ancrée en nous. Toute cette mécanique de la nature s’ associe aux désirs, aux sentiments et participe à une sexualité harmonieuse.
    Peut être que Lenina doit se demander si son rapport au sexe n’est pas lié à une peur ou un blocage?

  3. Artemisia.g says:

    @Soo-shee
    Là tu confonds sexualité et reproduction, ce qui n’est pas forcément lié: pendant des siècles, la sexualité a été perçue de manière essentiellement utilitaires ce qui fait que de nombreux couples hétérosexuels cessaient de baiser une fois les enfants mis au monde. Plaisir et désir sont finalement des notions valorisées depuis peu de temps, et justement parce qu’elles ont été détachées de la simple fonction procréatrice purement utilitaire.

    Depuis le rapport Kinsey dans les années 1940, il y a eu un intérêt scientifique redoublé pour la sexualité, et ces discours scientifiques se sont propagés dans la société avec l’idée que la sexualité était bénéfique, voire nécessaire, pour le bien-être physique et mental de l’individu. Depuis les années 1970, ceci est devenu un mantra (au point que certains magazines dits “féminins” ont pu insister pour que les femmes se forcent “un petit peu” à avoir du sexe avec leur mec, pour “sauver leur couple”). Mais, cette injonction à une sexualité plus forcément reproductive, mais performée “pour le plaisir” ou “l’hygiène” n’est qu’un discours idéologique visant à normaliser les comportements (la sexualité étant le nerf de la guerre dans l’idéologie hétéropatriarcale).

    En gros, dès que tu sens, qu’en raison des normes que tu imposes à ton propre vécu, tu es sur le point de pathologiser (ou de rendre anormal) le vécu de quelqu’un d’autre, je pense que tu devrais te poser des questions, te dire “mais pourquoi est-ce que cela me semble si évident?”
    Bien sûr que l’asexualité est une identité et une orientation sexuelle parmi d’autres. Depuis que la société n’impose plus aux couples de perpétuer la nation en procréant sous contrôle (via l’obligation au mariage), tous nos vécus peuvent se vivre et s’exprimer. Dont l’absence de désir sexuel proprement dit (ce qui n’implique pas, attention, l’absence de sentiments… ceci est une problématique différente).

  4. Leo says:

    Pour atténuer un peu le témoignage de @Artemisia.g, je dois dire que je suis a-sexuelle (ou dans ce spectre) et en couple depuis deux ans avec mon copain. Il a fallu un an avant que les choses soient vraiment comprises, même si j’en parlais beaucoup mais jamais très précisément (pour moi aussi le processus d’acceptation a été long), j’expliquais que c’était différent pour moi, mais le déclic dans sa tête s’est fait d’un seul coup un soir où j’ai du dire une phrase plus percutante que d’habitude, comprenant tout ce que ça pouvait représenter pour lui.
    Au début de ce déclic, ça a été difficile et douloureux pour nous deux, et puis il m’a accepté définitivement pour ce que j’étais.
    Notre fréquence de rapport est d’une fois par mois ou tous les 2 mois, parfois il m’arrive de m’inquiéter vis à vis de lui mais lorsque je lui en parle, il m’assure que tout va bien pour lui, que ça lui va très bien.
    Alors @Lelina, si jamais tu ne lui as toujours pas dit, j’espère que mon message pourra t’aider.

  5. Xixd says:

    C’est tellement dommage que tu ne sois pas avec quelqu’un d’asexuelle aussi.
    Je ne juge pas comment tu te définis, j’imagine que toi seule sais pourquoi tu te dis asexuelle, toi seule sais que ce n’est pas pour ne pas assumer quelque chose ni fuir ni oublier quelque chose. J’imagine que tu es mature par rapport à ça et si c’est le cas c’est super, le sexe n’est pas un but en soit ni un truc qui doit forcément faire partie de la vie. tu mérites d’être super heureuse. Mais en couple il y a du consentement aussi bien dans les risques d’abus que dans les privations, et si ta copine ne choisit pas, elle, ou se trouve contrainte à se réprimer par chantage affectif, cela s’appelle du sadisme. Désolée si le mot te fait peur mais c’est important de le poser. C’est un risque évident que tu puisses faire énormément souffrir ta copine si elle, elle est sexuelle et te désire. Les lesbiennes et bi ont déjà été pas mal été brimé parfois concernant leurs sexualités, orientation sexuelle et tous les apriori homophobes là-dessus. Même si elle peut s’adapter à ta situation, car par amour on peut tout faire tu sais, même accepter des violences ou se laisser vivre des situations qu’on croit sans conséquences (ça nous arrangerait bien). seulement la souffrance ne marche pas comme ça. Des fois les gens acceptent des choses parce qu’ils ont peur d’être seules ou par masochisme affectif. Tout comme toi tu souffrirais de te forcer à faire des trucs que ton corps ne souhaite pas, elle souffrira de voir sa sexualité brimée et une chastetée imposée. Si on aime quelqu’un, on doit pouvoir avoir la force de la quitter plutôt que de la laisser s’ “adapter” à une situation malsaine qui ne lui correspond pas.

    Et , si , le désir est quelque chose d’humain, alors il ne faut pas le diaboliser. (les religions le font déjà assez!). Les gays et lesbiennes ont mis des décénnies/siècles à se battre pour voir leur désir et sexualité reconnues, ne pas être traités de pervers, arrêtés par les flics, torturés ou enfermés à l’HP..
    je respecte les trajectoires de chacune mais je trouve ça triste et presque choquant de voir une difficile libération sexuelle (toujours pas finie d’ailleurs) foutue à la poubelle comme ça…
    je dis à toutes les lesbiennes Sexuelles : libérez vous les filles !! soyiez heureuses de vos désirs !

  6. Xixd says:

    Et pour finir, (je ne parle pas de lenina mais en général) cela me fait beaucoup penser à de l’hétérosexualité calquée ce que j’entend des asexuelles.. et puis à des peurs liées à soi-même, à son acceptation en tant que lesbienne, à sa sexualité en tant que femme aussi, à de la culpabilité et de la peur. Les cultures lesbiennes, y compri celles que véhicule et visibilise Barbieturix, déconstruisent cela.. et vont plus loin. je suis désolée mais ça pose problème de laisser une place dans ces cultures à l’asexualité. Je pense que cela existe et mérite une expression, un espace aussi, il y a visiblement des besoins d’en parler et beaucoup de personnes utilisent ce mot. mais je pense que cela n’a absolument rien à voir avec ce pourquoi on créé un magasine ne ligne sur la visibilité lesbienne…

    Et j’ai vraiment du mal à lire que l’on puisse parler de “COMING OUT” en parlant d’asexualité… ! La sortie du placard ne s’appelle pas comme ça pour rien et je trouve ça pénible que tout le monde se réapproprie ce terme qui était censé politiquement parlant et dans le vécu des lgbt signifier quelque chose de la visibilité des opprimés, du partage, de l’acceptation de soi, de l’émancipation… réfléchissez-y quand-même, parler d’asexualité au même titre qu’une minorité n’est pas du tout la libération, en tout cas dans un espace dédié aux cultures lesbiennes c’est marcher en arrière !!

  7. Jill says:

    Bonjour à tous !
    Je prépare une émission autour de l’asexualité, qui aujourd’hui reste un sujet tabou, afin de sensibiliser les gens sur les différentes sexualités. Je recherche des témoignages sincères, pour en débattre ensemble sur le plateau de notre émission.
    Les téléspectateurs pourront s’identifier à votre histoire !
    N’hésitez pas à me contacter !
    Jill au 01 53 84 30 63 ou par mail : jill.starck@reservoir-prod.fr
    A bientôt, bonne journée à vous !

  8. Dany says:

    Ahhh… scrubs. I understand the practicality, but hate the look. So often it’s sloppy. BUT, the newer fitted, tailored styles are a HUGE improvement. In the office, I understand the scrubs, but a lab coat in public? It’s a useful, functional garment. IN A LAB. or even in a pharmacy. But what could you be doing in public that would require the use of a protection layer? And one traditionally worn by practitioners with upwards of 4-8 years of graduate education in a health care field? I think it can be misleading. And uneslnseary.Pubcic=Business Casual.

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