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Lesbiennes, féministes, anarchistes et boliviennes : Mujeres Creando

Le nom est bien difficile à traduire mais il donne d’emblée le ton. Les Boliviennes de Mujeres Creando prônent la création en actes et en marche, la subversion et la désobéissance civile d’un côté, la pensée des mécanismes de contrôle des femmes par le pouvoir patriarcal bolivien de l’autre.

Mujeres Creando est un mouvement féministe anarchiste créé il y a 22 ans, emmené par l’énergique Maria Galindo. Il s’auto-définit comme un mouvement social capable d’offrir une réponse originale et locale aux besoins locaux. Féminisme et anarchie vont de pair dans la contestation du pouvoir patriarcal. Les femmes du collectif pratiquent ce qu’elles prônent et privilégient les relations horizontales, la différence sociale, générationnelle et la différence des préférences sexuelles. La différence est en effet constitutive du mouvement, il s’agit pour elles d’en comprendre les enjeux.

La Bolivie compte un peu moins de 11 millions d’habitants avec 62% de population indigène, constituée par une trentaine de groupes ethniques différents (en majorité Quechuas et Aymaras). Depuis l’élection du premier président indigène Evo Morales en 2005, une nouvelle constitution, ratifiée par référendum en 2009, a fait de la Bolivie un Etat plurinational qui reconnaît et représente les populations indigènes. Mais Mujeres creando est très critique avec les postulats de la culture indigène, fortement patriarcale. En Bolivie l’avortement, sauf en cas de danger pour la mère ou de viol, est illégal, et l’homophobie, selon Maria Galindo, reste une discrimination plus forte que le racisme.

Le mouvement ne revendique pas de nouveaux droits pour les femmes homosexuelles boliviennes. María Galindo a d’abord refusé d’accepter les structures en place, et préféré lutter dans d’autres espaces. Elle a critiqué la démocratie libérale représentative en tant que lieu de reproduction du pouvoir masculin qui lisse la différence des aspirations des femmes, des indigènes, des jeunes et des lesbiennes. Elle a contesté une représentation qui nie les différences des sujets sociaux. La rue est pour Mujeres creando le lieu même de la contestation, via les messages à la bombe ou les performances. Création et activisme pour moteurs, Mujeres creando a aussi sa radio, « radio désir »… Le collectif a donc d’abord été résolument du côté de la subversion et de l’affirmation, une action en marge des grandes opérations de déconstruction des stéréotypes de genre qui dominent largement de ce côté-ci de l’Atlantique. Une position qui a très récemment changé avec un nouveau projet.

Le collectif a en effet lancé un appel au crowdfunding pour financer l’édition d’un livre et d’un DVD autour d’une enquête sur l’homophobie “No hay libertad política si no hay libertad sexual” (Pas de liberté politique sans liberté sexuelle), une initiative soutenue par le vice-président Álvaro García Linera. “L’homophobie –souligne Maria Galindo– est un ensemble de croyances très solides, la personne homophobe est convaincue de ses convictions, elle pense être du côté de ce qui est juste, du côté de la normalité. C’est pourquoi nous voulons creuser pour examiner la structure de ces croyances, analyser les peurs de la différence, car c’est comme ça que l’on peut déconstruire ». Dans une Bolivie enfin ouverte aux différentes identités culturelles et religieuses, soucieuse de l’écologie et du développement durable, Maria Galindo entend parler et faire parler de corps féminin, de désir et de plaisir. Un vaste programme.

 

En savoir plus sur Mujeres Creando

Pour soutenir “No hay libertad política si no hay libertad sexual” de Mujeres creando :

 

 

Isabelle

Isabelle aime les cabinets de curiosité et la vieille techno hardcore, la confusion des sens et les concentres Harley au clair de lune.

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