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25 Novembre : une journée contre les violences faites aux femmes

217 000. C’est le nombre de femmes victimes de violences physiques ou sexuelles, sur une année en France. 121. Celui des femmes mortes sous les coups de leur conjoint, en 2013 en France. 84 000 femmes victimes de viol ou de tentatives de viol chaque année en France. Les violences physiques ou sexuelles à l’encontre des femmes sont un fléau à éradiquer. C’est avec cet objectif que l’ONU a déclaré, en 1981 le 25 novembre : Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes.

En effet, c’est le 25 novembre 1960, en République Dominicaine, que furent sauvagement assassinées les trois soeurs Mirabal, opposantes politiques, sur les ordres du dictateur Rafael Trujillo (1930-1961). En déclarant, en 1981, cette journée internationale pour l’élimination des violences à l’encontre des femmes, l’Organisation des Nations-Unies entendait inviter les gouvernements, les organisations internationales et les ONG à sensibiliser le grand public au problème des violences sexistes. C’est parce qu’une femme sur trois dans le monde a un jour subi des violences au motif qu’elle était une femme, c’est parce que 133 millions de femmes et de filles dans le monde ont subi des mutilations sexuelles, c’est parce que sur les 4,5 millions d’individus exploités sexuellement dans le monde 98% sont des femmes que l’Organisation des Nations Unies a décidé de cette journée internationale. Il s’agit de faire prendre conscience que les violences à l’encontre des femmes sont une violation des droits humains, qu’elles sont la conséquence d’une discrimination en droit et dans les faits. Les violences machistes sont la première cause de mortalité des femmes de 16 à 44 ans dans le monde. C’est la raison pour laquelle cette journée internationale existe.

Pour la vingt-quatrième année consécutive, l’ONU lance une campagne qui court du 25 novembre au 10 décembre : « 16 Days of Activism against Gender-Based Violence », seize jours d’activisme contre les violences fondées sur le genre : là encore, le but est de sensibiliser le grand public et d’encourager les initiatives. Cette année, le mot d’ordre est « Orange your world : End violence against women ». Quand on y regarde de plus près, c’est surtout une stratégie de communication via les réseaux sociaux : interpeler les réseaux sociaux, relayer les tweets. D’autres choses sont proposées, comme d’organiser une marche orange, ou illuminer les bâtiments publics en orange. Si l’on regarde du côté de la France, le gouvernement prend position dans la lutte contre les violences faites aux femmes, et les différentes initiatives locales sont référencées sur le site du Ministère des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. Après avoir lancé la campagne contre le harcèlement dans les transports, le ministère lance une campagne pour faire plus largement connaître le 3919, la ligne Violence Femmes Info, un numéro d’écoute anonyme et gratuit disponible 7 jours sur 7 pour toutes les femmes victimes de violence. Pascale Boistard, la secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes échangera également sur Twitter avec les internautes. Le site web gouvernemental www.femmes.gouv.fr recense également les manifestations organisées par le réseau des Centres Nationaux d’Informations sur les droits des femmes et des familles (les CNIDFF) et celles organisées par le réseau Solidarité Femmes.

Ces initiatives, toutes autant qu’elles sont, ont le mérite d’exister. Faire prendre conscience au plus grand nombre de l’urgence de lutter contre les violences physiques et sexuelles à l’encontre des femmes est, en soi, louable. Sensibiliser à ces questions, c’est déjà les prévenir. Mais on ne peut s’empêcher de penser que les mesures sont bien en-deçà de ce qu’on est en droit d’attendre. Les signes politiques ne trompent pas. La dilution en 2014 du Ministère des Droits des Femmes dans le Ministère des Affaires Sociales était déjà un signe d’un désengagement de l’Etat. Rétrograder le Ministère au rang de Sécrétariat n’augurait rien de bon. Certes, les actions existent, mais les inégalités persistent. Les engagements politiques, par exemple en matière d’éducation, restent bien faibles. Les violences sont d’abord culturelles et grandissent sur le terreau de la domination masculine et il ne saurait suffire de quelques journées par an de sensibilisation et de militantisme 2.0 pour se débarrasser du problème.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle des voix s’élèvent contre cette journée institutionnelle et tente de se la réapproprier. C’est le cas des Marches de nuits féministes non-mixtes organisées à Paris (bien que celle-ci ait été annulée en raison de l’état d’urgence) ou à Marseille. A l’origine de la Marche de nuit organisée à Paris, des associations comme les collectifs 8 Mars pour TouTEs, MWASI – Collectif Afroféministe, La Clique (collectif féministe de l’EHESS), FièrEs, Act Up-Paris, HomoSFeRe etc. Et l’idée que cette journée institutionnelle véhicule une construction sociale et culturelle du féminin éloignée de nos identités multiples. Les organisatrices de la Marche de Nuit de Marseille mettent en avant l’idée qu’il s’agit « de [se] réapproprier cette date en organisant une marche de nuit. [Elles veulent] réinvestir l’espace public, majoritairement le territoire des hommes cis (personne assignée homme à la naissance et qui s’identifie comme tel) : il est violent pour [les femmes] et ce d’autant plus la nuit. » Elles justifient le choix de la non-mixité en expliquant qu’il s’agit d’un «outil de lutte et un merveilleux espace d’expression. Ni clivage contre-productif, ni intolérance : il s’agit d’auto-émancipation, de pensée politique autonome. » Ces initiatives ayant également pour ambition de donner de la visibilité aux gouines et aux personnes trans également victimes de violences et trop souvent invisibilisé.e.s.

Les initiatives sont multiples et s’inscrivent dans des choix politiques qui appartiennent à chacun.e. Mais quels que soient ces choix et les moyens d’action, il apparaît évident que le 25 novembre est une date qui doit permettre de rendre visibles des problématiques trop souvent passées sous silence. Souvent traitées comme des faits isolés ou des faits divers, les violences à l’encontre des femmes procèdent avant tout du sexisme. Et le sexisme tue.

crédit photo : Vasil Germanov

Leslie

Leslie aime les paradoxes, les gens curieux et la grammaire mais aussi le reblochon et le rugby. Elle écrit sur la vie des gens et les livres. Twitter : @LPreel

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