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PLAYLIST : “Paris, notre amour encore flambant”

Le 11e, le 10e, les rues mignonnes, les petites boutiques, cette atmosphère unique… J’étais passée un peu partout. Le Carillon, la Belle Équipe, rue de la Fontaine au Roi, boire des verres joyeux à la Bonne Bière à faire sa parisienne : s’asseoir, regarder la vie qui défile, juger un peu, rire à l’intérieur, tomber amoureuse aussi, le temps d’un passage éclair. Le Bataclan, aussi, évidemment. Canned Heat, The Kills, Bat For Lashes, et d’autres. Ces soirs suspendus dans le temps. Où la musique comble tous les vides. Ces instants attendus, mais qui d’un coup, presque inattendus, apaisent toutes les plaies, sans peur ; se retrouver ensemble, le temps d’une fusion étrange, en cœur.

Je n’ai pu m’empêcher de penser depuis à mes lieux à moi. Mes Folies de Belleville. Mes Souffleurs du Marais. Ces quelques mètres carrés où comme Hodda, Victor, Hyacinthe ou Marion, je suis chez moi. On y a tous pensé, à nos petits degrés, à l’ailleurs, au familier, à ces foyers que l’on s’est fait, dans un Paris pas toujours gai. Aux ailleurs, aux portes, aux murs qu’on s’est chacun appropriés. On y a tous pensé, faute d’y être passé.

Et si. Si j’avais. Je devais. J’aurais pu. M’asseoir à la terrasse des Folies. Berceau des cœurs, Belleville la douceur. Les Folies, les chantantes plénitudes du matin, café soleil, pas si seuls sur les chaises en plastique, parmi les pas si seuls étrangers du jour ; les chantantes folies du soleil qui tombe, la pinte de mojito à 4 euros, les bières qui s’enchainent, les mégots qui s’entassent, le mauvais vin qui fait tourner les têtes ; les poignées de main, les habitué(e)s, les bourrés, les mecs relous qui s’incrustent à la table, les dragues malhabiles, les groupes d’ami(e)s qui s’étalent, les tabliers des patrons, refaire le monde dans son salon, sur la terrasse d’un café-maison ; l’instant volubile, où il fait bon être un peu rond. On y a tous pensé.

Et si. Si j’avais. Je devais. J’aurais pu. Pousser la porte des Souffleurs. Comme tant de samedi soirs. Me réfugier dans not’ Marais. Parce qu’on y sait. L’herbe verte, les sourires tendres, les habitudes, l’instant parfait ; s’accouder à un bar un peu collant, commander un planteur, présager que la soirée sera bonne, dans un Paris à souhaits chéri, l’heure de la fête qui sonne sonne sonne, la nuit comme un abri. Certes, Paris l’ange gris, mais certes Paris, notre parti pris. Les Souffleurs, les caves belles, les cœurs qui s’emballent pour trois fois rien, mains et poitrines tendues, accrochées aux murs qui suintent ; les corps qui s’écharpent, presque nus, se respirent et s’apprivoisent ; les souffles qui s’échappent, les peaux qui feignent l’extase.

Un sentiment de rien à perdre. C’est un peu ça. Tout perdre en un clic clac boum. On y a tous pensé. Dans un clic, un clac, un boum, comme ça, pour trois fois rien. Ouais, les vies qui sautent comme les boutons d’un décolleté l’été. Comme ça, clic, clac, pour trois fois rien. Même pas l’temps d’une dernière gorgée. Une dernière pensée. Même pas l’temps d’un dernier baiser. Clic, comme ça, clac, pour trois fois rien. Baisé. On y a tous pensé, faute d’y être passé Et si. Si j’avais. Je devais. J’aurais pu. Comme des bruits sourds, nos pas qui résonnent bizarre, sur le pavé un peu rouge, de notre amour encore flambant…

 

Crédit photo : Hannah & Joel

Adeline

Caution musicale de la team et rédactrice en chef du mag Heeboo, Adeline est amatrice de sonorités brutes et de soirées sans façons. Elle aime : le bleu / ponctuer ses interventions de points / râler. Ses soirées à elle (et à tout le monde) : Sneaky Sneaky.

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4 Comments

  1. timide says:

    Merci pour cette petite voix.

    #laparisienne

    @ A. moi, mon décolleté, j’aurais tendance à penser qu’il ferait plutôt : “clop clop” mais bon, ça change pas grand chose vu que ça reste un décolleté quand même …

  2. Aude says:

    Belle écriture, très vivante et vibrante ! Merci !

  3. rf says:

    on pouvait encore voir un impressionnant amas de bouquets de fleurs ensachées, de bougies et diverses insignes et symboles de souvenir, à l’angle du boulevard Voltaire/Oberkampf…
    des innocents paient le prix du chaos dans un moyen-orient pourri par les pétro-dollars et enchaîné à des idées totalitaires démentielles.

  4. anastassija says:

    quelle bonne playlist! très chouette!

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