Szenen einer Ehe

Scènes de la Vie Conjugale #1

C’est l’histoire d’un paradoxe. C’est l’histoire d’une société progressiste naissante, de l’effusion libertaire des années 1970 en Europe confuses par les moeurs qui persistent, les coutumes qui signent. Sorti en film en 1974, Scènes de la Vie Conjugale d’Ingmar Bergman était avant tout une série en six épisodes, diffusée à la télévision suédoise en 1973, relatant l’histoire d’un couple sur vingt ans avec ses alter-egos féminins, les superbes Liv Ullmann et Bibi Andersson. Ce sont six actes, six histoires qui ponctuent la vie commune de Marianne et Johan, ce couple qui tente d’être heureux tout en ayant une folle lucidité sur leur état amoureux. Les premiers épisodes, Innocence et Panique puis L’art de cacher la poussière sous les meubles évoquent avec sincérité et froideur, à la fois, la fin de la passion et le contentement petit-bourgeois qui enserrent le couple.

Innocence et Panique

Un couple composé d’un homme et d’une femme sont assis sur une banquette verte, leurs deux petites filles sont devant eux. Ils posent, se font photographier, tirer le portrait de leur famille parfaite. Nous comprenons assez rapidement qu’il s’agit d’un cliché qui sera destiné à être publié dans un magazine dit féminin.Une journaliste, après l’agitation, s’assied face au couple, désormais démuni de leurs enfants. “Comment vous décririez vous en quelques mots ? ” entame-t-elle.

Cette scène d’ouverture de l’épisode est également celle de la série et donnera le ton à l’ensemble des six épisodes. En réponse à cette première interrogation, le scénario distingue celle de l’homme, Johan et celle de son épouse, Marianne. Il apparait comme un homme relativement confiant qui se connait, sait se qualifier et gloser sur ce qui compose sa vie dans son entièreté. Elle, en revanche, parait effrayée et demande : “Qu’est ce que je peux dire ? “, maladroite et inquiète. Elle entame son portrait par évoquer sa vie de famille, son mari, le bonheur qu’il lui procure et revient sur ses filles. La journaliste enchaîne sur d’autres questions. Nous finissons par découvrir que Marianne est avocate en droit de la famille, ce qu’elle avait omis de préciser auparavant. Lorsqu’elle parle de son métier, elle se détend, relâche son sourire crispé et ne passe plus pour la mère de famille niaise qu’elle laissait entrevoir.

En moins de cinq minutes, Ingmar Bergman a exposé la problématique qui va se jouer  et qui va tirailler les personnages dans Scènes de la Vie Conjugale : Comment faire durer son couple, qui s’inscrit clairement dans une lignée bourgeoise, lorsque l’on aspire à la modernité, au progrès et à l’évolution de ces traditions conjugales ?

Ellipse. Lors d’un dîner avec un couple d’amis, Johan lit avec humour l’article qu’a écrit la journaliste, après l’interview. Tous quatre rient à gorge déployée tant le portrait de Johan et Marianne ne correspond pas à ce qu’ils sont, en réalité. Or, ce papier au ton léger a le mérite d’instiller le débat au cours de la soirée. Débat qui ne manquera pas de dérailler en scène de ménage pour le couple d’amis. Les femmes, dans la salle de bains, les hommes, au salon évoquent chacun de leur côté, non la difficulté de s’aimer après des années de vie conjugale mais plutôt de cette obligation de rester à tout prix.

Bien que les quatre personnages sont, ce que l’on pourrait qualifier des intellectuels, gentiment militants et plutôt aisés (ceux que l’on surnommerait, aujourd’hui, des Bobos), ils ne parviennent à s’extraire du carcan du couple. Malgré les tromperies et la fin de l’amour, ils sont d’accord sur une seule et unique chose : qu’il faut se battre pour rester ensemble, contre vents et marées et ce, jusqu’au dégoût complet. Bergman met en scène les membres des couples de manière égale, offrant, visuellement, la vision d’une société neuve dans laquelle hommes et femmes font la vaisselle, boivent, fument, discutent et rient ensemble. Or, le discours calqué sur ces images explore un sous-texte au sein duquel, l’amour est assujettie à ce cadre du couple immuable.

L’Art de cacher la la poussière sous les meubles

Dans ce deuxième acte, Ingmar Bergman poursuit son autopsie du couple parfait. Il filme alors, Marianne, à son bureau lors d’un rendez-vous avec une cliente. Son office n’est pas celui d’une avocate classique, il n’y a pas de grand bureau qui sépare l’avocate de sa cliente, ni d’épais dossiers qui trônent sur des étagères. Les deux femmes sont assises presque côte à côte, simplement séparées par une petite table. Marianne prend des notes sur un carnet, sur se genoux. Ce dispositif évoque plutôt celui d’une psychanalyste : proximité, écoute, interrogations, notes… Elles se parlent d’égale à égale et aucun terme juridique ne sera prononcé hormis celui de divorce. La cliente, âgée environ d’une soixantaine d’années, est venue rencontrer Marianne afin de divorcer parce qu’elle n’aime pas son mari et ne l’a jamais aimé. Au fur et à mesure de l’entretien, la jeune avocate l’interroge quant à ses motivations et sur différents aspects de sa vie familiale. A chacun des réponses de sa cliente, Marianne semble plonger un peu plus dans l’introspection et est épatée par cette femme, qui n’ayant, pourtant, jamais été amoureuse souhaite connaître une véritable passion à 60 ans. Comme Marianne, elle semble avoir été complètement anesthésiée par son mariage, un mariage arrangeant, commode.

A l’aube des années 1970, l’avocate n’est entravée par son mari qui ne lui fait aucun reproche, ni ne lui impose de règles. Mais il semblerait que ce soit des chaînes invisibles, profondes qui attachent Marianne à garder la tête froide malgré ses aspirations à une vie de fantaisie et d’improvisation. Elle rêve d’ailleurs, propose voyages et envies à Johan qui refuse tout en bloque. Elle ne s’y oppose pas, acquiesce, fuyant toute forme de conflit et apparaissant comme largement dominée par son mari, alors qu’elle a le pouvoir suffisant pour s’imposer à lui. Ce dernier lui dit, d’ailleurs, lors d’une discussion :

- Le féminisme, c’est dépassé. Les femmes peuvent tout faire mais elles manquent de courage.

- Ce n’est que le début, tu verras. Rétorque Marianne, fièrement (alors qu’elle même n’agit pas totalement comme tel).

Nous vous parlerons de la suite, les épisodes Paula et de La Vallée des larmes au prochain article !

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

Plus d'articles

Be Sociable, Share!

Leave a Comment

*