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Piu Piu : “On fait la fête pour être libre d’être soi-même”

Désignée à l’unanimité comme l’un des nouveaux visages de la scène électro parisienne, Piu Piu alias Giulietta Canzani Mora n’a pas l’intention de coller à l’image de la DJ un peu trop papier glacé qu’on lui accorde. La jeune femme, pour qui 2016 s’annonce plus que prolifique, viendra mixer pour la Wet For Me : Knife Fever Edition. On a décidé de vous faire partager la joie adulescente qu’on a eu à discuter avec elle… Rencontre.

BBX :  Piu Piu, il est fort possible que beaucoup d’entre nous te connaissent peu, étant donné que tu n’es pas une DJ habituée aux scènes à tendance queer. Personnellement, j’ai eu la chance de te voir mixer à plusieurs reprises devant un publique qui, je dois l’avouer est à mille lieux de celui que je fréquente d’habitude. Que penses-tu du fait que même en 2015, les milieux hétéros/gay/lesbiens aient toujours autant de mal à se réunir autour d’une même scène ?

Piu Piu : Ce n’est pas seulement une division hétéros/gay/lesbiens, je pense que Paris fonctionne vraiment par “cliques” qui ne se mélangent que très peu de manière générale. Ça a des avantages, comme le fait qu’il y ait beaucoup de propositions pour faire la fête, et qu’il se passe vraiment beaucoup de choses à Paris en ce moment. Mais le côté négatif c’est qu’à part les gros festivals, ce sont beaucoup de petits réseaux, où tout le monde se connait, et où l’on a que très rarement l’occasion de se confronter à la différence, autant des autres humains que musicale. Alors sortons là où on nous attend pas ! Les meilleurs clubs sont toujours ceux où tout le monde est ensemble et mélangés, parce qu’au final, c’est pour ça qu’on sort faire la fête : pour la musique, pour être ensemble, pour être libre d’être soi-même.

BBX : Si l’on se fie à ta première mixtape « Nightintale », tu es plutôt une artiste à part entière, pas seulement une DJ, tu composes et poses ta voix sur certains morceaux, qui à l’époque avaient une certaine sonorité plus R’n’b, est-ce quelque chose que tu reproduiras d’ici quelques années ou souhaites-tu continuer à explorer d’autres choses musicalement parlant ?

J’ai commencé à produire cette année, et j’ai envie de pouvoir faire de la musique qui ressemble plus à ce que je joue en club. Ce n’est plus du R’n’B. Je me suis longtemps sentie divisée entre mon envie de jouer de la musique de club et l’envie d’écrire de la musique à écouter chez soi. Je pense qu’avec le temps, on apprend à se connaître et je me sens moins partagée aujourd’hui. Même si je dois encore beaucoup travailler !

crédit photo : Soraya Daubron

BBX : Concernant tes projets, tu parles de réunir plusieurs artistes de la scène électro française sur une compilation. Tu n’as pas l’air d’être seule sur ce projet… Avec qui la lanceras-tu ? Qui sont ces artistes ?

C’est une compilation d’artistes de house et de techno française que je fais avec Rinse France. On est hyper contents de l’avancée du projet. On annoncera les 14 artistes qui ont participé d’ici Noël ! J’avais envie de rassembler des gens de différentes scènes : des labels différents, des jeunes, des plus établis et de faire comme une capture d’écran de cette identité hyper riche et variée de la house et la techno aujourd’hui en France.

BBX : Chaque génération semble avoir un mouvement musical prédominant, aujourd’hui, de plus en plus de personnes affluent dans les clubs pour choper et/ou se défoncer, et moins pour profiter de la musique et apprécier un line-up. Est-ce une chose que tu ressens, toi ?

Alors je ne suis pas vraiment d’accord ! Ça dépend des scènes justement ! J’ai l’impression qu’aujourd’hui il y a quand même un large publique de connaisseurs, de gens qui vont aux soirées pour les line up, et c’est d’ailleurs pris en compte par les clubs qui eux mettent aussi des budgets pour amener des djs de partout dans le monde tous les week end à Paris.
Après, que les gens sortent pour pécho ou se défoncer, ça fait aussi partie de la fête et en général, c’est quand il y a tous ces éléments réunis que les fêtes sont bonnes ! Le club pour moi, ça a toujours été un endroit de liberté absolue, et à partir du moment où tu es dedans, personne ne devrais te dire ce que tu dois faire ou pas, où et avec qui, si tu mérites d’être là ou pas. D’ailleurs, je pense que c’est ça qui rend un peu accro à la fête, cette liberté tu veux la ressentir tout le temps.

BBX : Si l’on suit les mixtapes que tu livres sur ton Soundcloud, on remarque que tes influences musicales sont diverses et variées. Comment conçois-tu cette évolution musicale au fil des années, depuis que tu as commencé à rentrer dans le milieu de l’électro ? Ces changements musicaux représentent-ils des moments de ta vie ou est-ce simplement que tes affects changent avec le temps comme beaucoup de personnes ?

Mes influences sont diverses, oui, mais pour moi elles viennent toutes du même endroit. Depuis que j’ai commencé à mixer, la base a toujours été la house, le garage, Chicago et New York. Tout découle de là, donc pour moi, ça a un sens d’avoir mélangé le hip-hop à ça, parce qu’il n’y aurait jamais eu de hip-hop sans la house, sans la 808. Le disco a fait naitre la house alors je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas les mélanger. Par exemple, si je mangeais des avocats tous les jours juste avec du sel ça me ferait chier, je veux du guacamole, les faire frire, des crèmes, des milkshakes… expérimenter quoi, ça reste de l’avocat, mais il se passe des trucs, la musique c’est pareil.

BBX : Tu sembles également impliquée au monde la mode, que ce soit dans ton style ou mixer pour divers événements. Finalement, tu sembles avoir plus trouvé ta voie dans celle de la musique, qu’est-ce que celui-ci t’apportes de plus que le milieu de la mode ?

La mode fait partie de la vie. Pour moi la mode ce n’est pas seulement des vêtements, c’est une manière de vivre, de s’exprimer, c’est une culture, c’est la liberté d’être qui on est vraiment. Si tu regardes l’histoire de la musique, des clubs, les modes musicales sont toujours allées de pair avec des modes vestimentaires. La mode comme la musique influencent le ressenti des choses, de soi et aussi des autres, et dans ce sens ce sont des outils hyper forts !

Avec Louise Chen, à la soirée Sonia by Sonia Rykiel lors de la fashion week de février 2015. Crédit photo : Karl Hab 

La musique c’est quelque chose que j’ai envie de partager, qui permet de vivre des choses intenses avec les autres alors que la mode à un aspect plus individuel, pour soi.  Si la musique peut créer des modes vestimentaires, à l’inverse, la mode ne crée pas de son,  mais elle le capte. Il y a des tentatives de powerhouse sons et mode, mais personne n’est encore arrivé à le créer de manière innovante. Ça reste des musiciens qui font des vêtements comme Pharrell Williams ou  Kanye West (qui en est la forme la plus aboutie) ou des designers qui s’associent a des artistes comme Hedi Slimane ou Alexander Wang pour qui le style musical fait partie de l ‘identité de la marque. Les jeunes marques qui montent ont des univers sonores très définis comme Vetements ou HBA  par exemple, mais sans pour autant créer un nouveau son. C’est peut être ça le nouvel eldorado, mais ça n’existe pas encore.

BBX : Et les différences entre Piu Piu et Giulietta quelles sont-elles finalement ?

La différence est entre celui qui est vu et celui qui est.

☞ Retrouvez Piu Piu à la WET FOR ME – Knife Fever Edition, samedi 21 novembre, à la machine du Moulin Rouge !

Crédit photo : Karl Hab 

An Si

Sbire candide de BBX, An Si s'intéresse à la culture queer, porn et mainstream. Ré-invente la langue française avec ses fautes d'orthographe.

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