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Le coeur et le cul #5 : “Je simule la jouissance à presque tous les rapports sexuels avec ma copine”

Nostalgiques de la rubrique sexo du magazine Girls, Barbi(e)turix propose désormais ses conseils avisés. Aujourd’hui, pour notre troisième lettre, nous parlons simulation et jouissance avec notre lectrice Irène.

Chère Barbi(e)turix,

J’ai un problème dont j’imagine ne pas être la seule à souffrir : je n’ai pas d’orgasme. Plus précisément, je n’ai même jamais joui. Loin d’être mortelle, cette situation me met aujourd’hui dans une position très inconfortable puisque je simule la jouissance à presque tous les rapports sexuels avec ma copine.
 
Comment j’en suis arrivée là ? Si on remonte le fil de mon histoire, j’ai grandi dans un environnement très ouvert, où l’on parlait librement de sexualité. Je me rappelle même me masturber toute petite et je n’ai jamais arrêté depuis. C’est certes très agréable mais jamais au point de jouir. A priori, ce n’est pas de la sphère familiale que vient mon problème.
 
Au tout début de ma vie sexuelle, avec ma première vraie copine, elle s’est interrogée un soir que je ne jouisse pas. Quelques jours après, lors d’un rapport, sans vraiment y penser, j’ai simulé. Puis je n’ai plus jamais arrêté de le faire avec elle. 
 
Avec ma copine suivante, j’ai décidé de ne pas faire semblant. En plus de trois ans de relation, je n’ai jamais fait semblant. Je lui avais expliqué que j’avais du mal à jouir et n’en prenait pas ombrage même si j’imagine qu’elle pouvait en être parfois peinée.
 
 Avec ma copine actuelle, c’est différent. La sexualité est capitale pour elle à l’équilibre du couple. J’ai simulé assez rapidement avec elle, au bout de quelques semaines. Juste le temps qu’il faut pour laisser croire que ton corps avait besoin d’apprendre à connaître le sien. Là encore, je l’ai fait sans vraiment y penser. Mais une fois qu’on a commencé à simuler, c’est difficile d’arrêter. Parce que, si on peut comprendre qu’on ne jouisse pas à chaque fois dans une relation, quand on est habitué à “montrer” l’orgasme régulièrement, il est impossible d’arrêter. 
 
Ça commence à me poser un sérieux problème. D’abord, je lui mens. On se dit tout, même les choses pas forcément évidentes comme quand quelqu’un nous a tapé dans l’œil. Je m’en veux de lui mentir à ce sujet que je sais si important pour elle alors qu’elle ne demande qu’à me donner un plaisir sincère. 
 
Mais je me sens prise dans un engrenage. Je sais que je vais lui briser le cœur si je lui dis la vérité. Je sais qu’elle ne va pas comprendre également que j’ai attendu deux ans de relation pour lui dire alors que nous nous parlons de tout. J’ai peur après qu’elle doute à chaque rapport sexuel du plaisir que je prenne alors qu’il est bien réel.
 
J’ai envisagé d’aller chez un sexologue essayer de résoudre mon problème seule. Mais en même temps, j’imagine mal les conseils qu’il pourrait me donner. Je me masturbe, j’ai une copine attentive à mon plaisir, je lis de la littérature érotique. Je ne comprends pas ce qui bloque chez moi.
 
Merci d’avance pour votre réponse
 
Irène

Bonjour Irène,

Merci de ton témoignage sur un sujet qui n’est pas toujours très facile à aborder.

Ne pas avoir d’orgasme ne devrait pas être un problème, pas plus que ne pas savoir faire la roue ou le grand écart. Mais dans notre société orgasmo-centrée, où l’orgasme est la preuve visible de sa libération sexuelle, un compteur infaillible de plaisir (« Machine est géniale, elle m’a fait jouir 52 fois en 17 minutes, tu te rends compte ? ») et où l’on nous abreuve de conseils pour « Atteindre le 7ème ciel en 10 leçons », rien d’étonnant à ce que toute la force de caractère du monde ne suffise pas à considérer l’absence d’orgasme comme un échec personnel. Pourtant, et je voudrais vraiment que tu gardes ces mots en tête : ce n’est pas le cas. Mieux, ne pas avoir d’orgasme est tout à fait normal, voire banal. D’autant plus lorsqu’on sait qu’un tiers des femmes déclarent ne jouir que « parfois » ou « rarement » lors de leurs relations sexuelles.

Alors, doit-on pleurer sur la tombe de leurs vies sexuelles qu’on imagine pleines de tristesse ou essayer de déconstruire ce mythe de l’orgasme comme but sexuel ultime ?

À mon sens, le sentiment d’équilibre sexuel d’une relation ne devrait pas se compter sur le nombre d’orgasmes donnés et reçus, mais plutôt par la possibilité pour chacun-e à y vivre sa sexualité de la façon qui lui convient le mieux, en accord avec l’autre (ou les autres). Que ta sexualité soit débordante, inexistante ou occasionnelle, avec ou sans orgasmes et peu importe la forme qu’elle prend : si tu t’y sens bien, elle est bien.

Mais tu me dis que ton absence d’orgasme est devenue pesante dans ta relation actuelle : c’est compréhensible, puisque tu te retrouves dans un double engrenage qui te pousse à mentir à ta copine tout en t’empêchant d’aborder le sujet qui pourrait résoudre cette situation.

Briser des certitudes n’est jamais agréable, ni rassurant. Ici, le temps joue autant avec que contre toi : si la chute pourra être un peu rude au début, il est très possible que ces deux ans passés ensemble aient tissé entre vous les liens nécessaires pour que ta copine comprenne ta situation et ce qui t’y a maintenue si longtemps. À vous ensuite de redéfinir votre vision d’une sexualité équilibrée.

De plus, tu fais toi-même la distinction entre orgasme et plaisir, ou orgasme et jouissance. Et effectivement, du sexe peut très bien être satisfaisant, voir vraiment super, voir tellement bien que stop-c’est-bon-un-câlin-maintenant sans passer par la case orgasme !

Tout ceci étant dit, ce n’est pas incompatible avec le fait de chercher à mieux comprendre son corps. Après tout, nous y sommes tellement habitué-es que même notre plaisir peut y prendre des habitudes routinières. J’ai trois conseils pour toi. Ce ne sont en aucun cas des recettes magiques mais plutôt des conseils pour explorer les différentes variations de sensations qui peuvent se produire. Une sorte d’excursion hors de sa zone de confort sexuel !

- le souffle : comment respires-tu ? Pendant un rapport, bloquer son souffle ou au contraire respirer plus vivement peut changer du tout au tout la perception des sensations ;

- la position : assise, sur le dos, sur le ventre ou sur les mains si tu as de l’équilibre… Le corps réagit différemment en fonction de sa position et des mouvements qu’elle offre ;

- le temps : le sexe n’est pas une performance et n’a pas de chemin pré-tracé. Ce qui importe est ce qui te plaît, pas ce que tu es censée ressentir. Explorer son propre corps prend toute une vie et on n’est jamais (et heureusement !) au bout de ses surprises. À chacun-e d’y aller à son rythme. Et le bon côté de cette croisière du cul, c’est qu’il n’y a aucune escale imposée.

Bien le bisou,

Mona

Illustrations : Anaïs de Sousa

 

Arsène M.

Rat de bibliothèque végan, Arsène dévore quand même tout ce qui est relié en queer. Iel passe beaucoup de temps à mettre du désordre dans ses mots et de l’ordre dans ses pensées.

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3 Comments

  1. Brunette Localicious says:

    Merci pour cet article, ça fait du bien de le lire !

  2. Pomme says:

    Merci pour cet article déculpabilisant !

  3. Aude says:

    Merci pour cette vision des choses, intelligente et à contre-courant des injonctions paralysantes du discours dominant. Je crois que le simple fait de pouvoir penser que l’orgasme n’est ni une obligation, ni une preuve d’amour, ni un gage de valeur narcissique est un premier pas vers la liberté… et ça, la liberté, c’est bien plus essentiel. :-)

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