couv

BODYTALK : six artistes explorent la question du féminisme en Afrique

« Surrender whole-heartedly to your complexity » (« Abandonne-toi sans retenue à ta complexité ») peut-on lire sur le bandeau entourant la femme dans The Rebirth of the Black Venus de Billie Zangewa. Cette tapisserie de l’artiste du Malawi pourrait résumer à elle seule le propos de l’exposition « Body Talk » qui ouvrait ce 30 octobre au FRAC Lorraine, après son passage au prestigieux WIELS à Bruxelles. L’exposition aborde la question de la femme noire africaine à travers le travail de six artistes contemporaines.

Quelles formes prend l’existence d’un féminisme spécifiquement africain ? Que nous disent les œuvres de ces six femmes sur la place de la femme africaine dans le monde ?

Miriam Syowia Kyambi

Le corps de la femme noire semble s’affirmer très rapidement, aussi bien comme l’objet des projections du regard colonial et d’un surdéterminisme occidental, que comme matériau de prédilection des artistes pour s’affirmer, se révolter et s’exprimer contre ce regard, contre ce déterminisme.

Ce corps féminin peut être symbole d’une souffrance exorcisée : Tracey Rose se livre dans sa performance à une sorte de pèlerinage traversant tout Bruxelles pour arriver à la tombe du roi Leopold II à qui elle fait un procès symbolique pour le confronter aux atrocités commises sous domination coloniale belge.

Dans ses tapisseries, Billie Zangewa se représente elle-même en différentes situations qui nous renvoient plutôt à une image contemporaine d’une femme africaine aisée. La femme noire est le personnage principal, central, de ces tapisseries, mais elle surtout narratrice et porte-parole de sa propre histoire.

 Billie Zangewa, the future waits for no one, silk tapestry, 111x107cm, 2011

Miriam Syowia Kyambi performe elle aussi, mettant en scène un corps tributaire d’une souffrance passée mais cherchant désespérément à s’en extraire.

Zoulikha Bouabdellah quant à elle, tente de réconcilier en image deux traditions artistiques distinctes : le nu féminin et son iconographie dans l’art occidental, et les motifs orientaux, tels qu’on peut les retrouver dans les tapis ou ornements du Nord de l’Afrique.

Marcia Kure

Chez Marcia Kure, ce corps féminin est plutôt métaphorique. L’artiste réalise des sculptures en moquette, ou en employant des perruques colorées afro pour rendre hommage à différentes figures féminines du continent : des Amazones du Dahomey (régiment militaire entièrement féminin ayant existé jusqu’à la fin du XIXe dans l’actuel Bénin) à l’activiste nigériane Olufunmilayo Ransome-Kuti.

L’Ivoirienne Valérie Oka pose la question de manière plus frontale : « Tu crois vraiment que parce que je suis noire je baise mieux? » peut-on lire sur un néon rouge, et nous rappelle que le corps de la femme noire a depuis toujours cristallisé tout type de fantasmes.

« Body Talk » s’efforce ainsi de montrer une pluralité de regards (parfois contradictoires) et de récits sur la question du féminisme en Afrique, et rappelle que selon le contexte historique, culturel et social, les revendications des femmes ne sont pas forcément les mêmes.

 

 

 

Ana

Rousse des tropiques partageant un amour impérieux pour la peinture, les films de science-fiction et les voyages dans l'espace. Collectionneuse de gifs et d'images belles trouvées.

Plus d'articles

Be Sociable, Share!

Leave a Comment

*