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Tribune : Don du sang, la reculade de trop

Le 4 novembre, la Ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes Marisol Touraine a annoncé l’ouverture du don du sang aux homosexuels. « C’est la fin d’un tabou et d’une discrimination » a déclaré la Ministre. A un petit détail près.

En effet, si au printemps 2016, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes pourront donner leur sang, ce ne sera qu’au prix d’une période d’abstinence de douze mois. Pour le don de plasma, c’est un peu mieux, quatre mois seulement. Vous voyez le problème ? Douze mois d’abstinence. DOUZE MOIS D’ABSTINENCE ! Voilà, vous riez. Parce que cette mesure ressemble à une mauvaise blague.

Supprimer une discrimination mais maintenir la stigmatisation, c’est purement et simplement se moquer du monde. Les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ne peuvent pas être considérés comme un groupe à risque par essence. Alors, on nous opposera que le principe de précaution prévaut, que l’on n’est jamais trop prudent en matière de santé publique. Et vous savez quoi ? Je suis entièrement d’accord. Sauf que ces arguments ne sont pas valables seulement pour les gays, les hommes bisexuels et plus généralement tous les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (quelle que soit d’ailleurs leur façon de se définir ou de s’identifier).

Tiens, prenons les chiffres de 2012 concernant les MST et le VIH, d’après les données de l’Institut de Veille Sanitaire. Si l’on a pu voir une augmentation du nombre de découvertes de séropositivité chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les études semblent permettre d’affirmer que c’est surtout du fait d’un recours plus soutenu au dépistage. De fait, les IST et MST existent également chez les hétérosexuels.

Pour prendre l’exemple des chiffres de 2012 toujours, les hétérosexuels représentent 56% des découvertes de cette année-là. Il y a quelques jours, le blog Big Browser du Monde évoquait une étude de la British Association for Sexual Health and HIV qui mettait en cause les applications de rencontre dans la progression des cas d’IST et de MST, et cela pas seulement dans la communauté homo. Si le lien direct peut être discutable, des études américaines ont montré l’évolution des cas de syphilis et de gonorrhée chez les femmes. De fait, si la fiabilité des études en question peut être remise en cause, une chose est sûre : les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ne sont pas les seuls exposés aux IST, MST et autre VIH.

Et quand bien même. Que les mesures de précaution soient fondées ou non en raison, ce qui me gêne particulièrement dans cette histoire c’est qu’elle montre bien que la machine du progrès social en France est en panne. Demi-mesures et renoncements. Voilà ce que l’on propose aux communautés LGBTQI pour calmer les ardeurs. Il s’agit bien de ça, calmer les ardeurs, avec une abstinence obligatoire de douze mois !

Imaginez un peu. 18 septembre 1981. Abolition de la peine de mort. A-t-on alors déclaré que l’on n’abolirait la peine de mort que pour certains criminels ? Aurait-on une seule seconde envisagé que cette abolition puisse être soumise à condition ? Badinter aurait-il pu dire : « Parce que certains hommes peut-être ne sont pas totalement responsables, parce que parfois la justice peut n’être pas absolument infaillible, la peine de mort est moralement inacceptable sauf… » ? Non. Ce n’est pas ce qu’a dit Badinter. Imaginez encore. 17 janviers 1975. Loi Veil relative à l’interruption volontaire de grossesse. Aurait-on pu supporter que l’accès à l’avortement soit conditionné aux nombres de rapports sexuels d’une femme ? L’IVG, ok, mais pas pour les salopes ? Ces mesures étaient de véritables progrès sociaux, de véritables bonds en avant vers une société plus humaine et plus juste et elles ne toléraient pas la demi-mesure.

Que reste-t-il du progrès social en France en 2015 ? Des mesurettes. Des pansements sur des jambes de bois. Un candidat qui s’était engagé à lutter contre toutes les discriminations et ouvrir de nouveaux droits lors de sa campagne et qui ne fait que nous jeter de la poudre aux yeux. Les migrant.e.s, les handicapé.e.s, les personnes âgées, les femmes, les LGBT… combien de reculades ? Combien de renoncements qui ne conduisent qu’à maintenir les plus faibles dans un état de précarité sociale toujours accrue ?

 

Leslie

Leslie aime les paradoxes, les gens curieux et la grammaire mais aussi le reblochon et le rugby. Elle écrit sur la vie des gens et les livres. Twitter : @LPreel

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