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Le coeur et le cul #4 : “Est-ce que je suis la seule lesbienne affirmée à désirer un homme ?”

Nostalgiques de la rubrique sexo du magazine Girls, Barbi(e)turix propose désormais ses conseils avisés. Aujourd’hui, pour notre troisième lettre, nous parlons infidélité et fluidité sexuelle avec notre lectrice Camille.

Bonjour l’équipe de Barbi(e)turix !

Je profite de votre nouvelle rubrique pour vous faire part de mon problème, avoir un avis extérieur m’aidera peut-être à y voir plus clair. Voilà, je suis avec ma copine depuis peu, et je me sens bien avec elle. Enfin, sauf au lit. En effet elle n’a que très peu d’expérience et je suis tout l’inverse. Le sexe est pour moi très important dans une relation, et je ne peux pas lui en vouloir de son ignorance (si je puis dire) à ce sujet. J’ai déjà trompé par le passé, non sans un vif sentiment de culpabilité. Et cela s’est bien évidemment reproduit. Avec une queer, puis… avec un homme.

D’un côté il y a cette culpabilité, de l’autre il y a cet homme pour qui j’ai eu du désir alors que jamais je n’en avais eu pour quelqu’un de sexe masculin. Je me suis toujours identifiée comme lesbienne, depuis très jeune, et j’ai eu du mal à le faire accepter de tous. J’étais sûre de moi et voilà que cet incident vient ébranler mes convictions profondes sur moi-même. Alors bien sûr la sexualité est fluide, elle évolue avec nous, et non, nous n’avons pas besoin de nous coller des stickers sur le front “broute gazon”, “pro de la kékette”; mais il n’empêche que je ne sais pas quoi faire. Lorsque l’occasion se présente, je suis incapable de dire non, je désire cet amant du moment. mais est-ce vraiment de la trahison ? Je ne sais pas, c’est bien trop différent entre ma copine et elles… lui. Est-ce que je suis la seule lesbienne affirmée à avoir désiré ou même sauté le pas avec un homme ? Je ne sais pas non plus, c’est un sujet plutôt tabou dans le milieu lesbien.

Camille.

Bonjour Camille,

Ton message est plein de questions, alors laisse-moi commencer par le plus simple (façon de dire) : ton sentiment de trahison.

Rappelle toi que personne, au delà de toi-même, n’a le droit de te définir. Hé oui : tu ressens du désir pour un homme ET tu t’identifies comme lesbienne ? Et alors ? Trahison envers qui, envers quoi? Envers toi, ta copine, ou envers ce «tous » auprès duquel tu as eu tant de mal à te faire accepter ? Ton orientation sexuelle n’engage que toi !

Avant d’expliciter plus mon propos, je te préviens d’avance : j’ai une passion inconsidérée pour les comparaisons entre sexe et bouffe parce que les deux sont très bons et très différents selon les goûts de chacun. Sache donc, Camille, que je n’aime pas les carottes, et ce, (presque) sans aucun sous-entendu phallique, parce que vraiment, ce légume a beau être d’un bien bel orange et plein de vitamines, son goût a le don de me faire grimacer. Or, l’une de mes amies fait une fantastique salade de carottes, je ne saurais pas te dire son secret, mais je craque à chaque fois. Pour autant, pas de doute : au quotidien, je n’aime pas les carottes. Et c’est pareil avec le sexe : toi seule sait ce que tu aimes, et une exception ne changera pas nécessairement cette vérité. Tu as donc tous les droits de te définir comme lesbienne… ou bi, ou pan, ou autre chose : ton identité, c’est ton ressenti, tu peux l’affirmer avec toutes les nuances que tu souhaites et personne n’est en position de contester cela.

Et maintenant, le sujet qui fâche : l’in-fi-dé-li-té (imagine une musique dramatique).

Je ne te ferai pas de leçon de morale, d’abord parce que ce n’est pas trop mon truc et ensuite parce que tu me parles toi même de culpabilité. Et évidemment, cacher quelque chose à quelqu’un qu’on n’aime n’est jamais agréable à vivre.

Mais, comme je suis le Docteur Miracle, j’ai deux remèdes magiques à te proposer : premièrement, du dialogue et ensuite, du dialogue.

La première dose de dialogue, c’est pour le sexe AVEC ta copine. Parce qu’une bonne part de l’intérêt du sexe, c’est que ça peut se faire à deux (et plus). As-tu essayé de la guider, de lui dire ce que tu aimais et n’aimais pas? Discuter de ce que l’on désire au lit avant d’être dedans peut-être un bon moyen de ne pas se retrouver avec l’impression de devoir jouer les GPS sous la couette. Mettre des mots sur ses attentes et les tiennes vous aidera peut-être à trouver une balance entre vos expériences. Et, qui sait, révéler de bonnes surprises !

La seconde dose de dialogue, c’est pour le sexe SANS ta copine. Tu me dis que tu es incapable de dire non : frustration à compenser ou véritable désir pour cet amant dont tu me parles ? En tout cas, de mon point de vue, le désir pour d’autres personnes et la fidélité ne sont pas incompatibles, tant que toutes les parties sont au courant. Si cette envie de voleter à droite à gauche tel un papillon en goguette persiste, il pourrait être important d’en discuter également avec ta copine. Bien sûr, ce n’est pas facile et, bien sûr, avouer qu’on est pas-si-monogame, c’est prendre le risque de blesser et d’être blessée. Mais est-ce que tromper sans l’avouer ce n’est pas prendre le même risque, la culpabilité en plus ? Polyamour, relations non-exclusives, trouples… Les possibilités sont multiples et je ne saurai que trop t’encourager à te renseigner à leur propos. Peut-être cela t’aidera-t-il à déterminer le type de relation que tu souhaites ou non construire.

En espérant t’avoir aidé à y voir plus clair,

Bien le bisou,

Mona

 

Illustrations:

Arsène M.

Rat de bibliothèque végan, Arsène dévore quand même tout ce qui est relié en queer. Iel passe beaucoup de temps à mettre du désordre dans ses mots et de l’ordre dans ses pensées.

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8 Comments

  1. merteuil says:

    je me permets, ces conseils c’est n’importe quoi la feras souffrir e et tu la mets en position de choisir sauf que elle n’ai rien demandé et là tu “subis” sa décision, c’est à dire que tu te positionnes en tant que victime, bref c’est hyper violent, tout ça pour… j’ai l’impression, enlever la cumpabilité (qui sera toujours là!)
    C’est une façon de se positionner lâche et destructice (merci Mona – les conseils les plus nuls du monde) !!!
    Si tu n’aimes pas faire l’amour avec ta copine : c’est cuit !!!
    enfin là je suis peut-être un peu définitive mais en tout cas y a pas de “bonne” ou “mauvaise ” façon de le faire si t’es amoureuse je pense tu ne te poses pas ce genre de questions même si c’est pas terrible.
    je remarque comme d’hab les lesbiennes sont complètement faux – cul: à aucun moment donné cette mona te dit l’évidence : va vers les mecs. Alors que c’est évident que c’est ce que tu dois faire. Si le gars avec qui tu couches est célibataire bah fonce!
    Sous des dehors très tolérants, elle te donne des conseils de merde qui te dédouanent de toute responsabilité, font morfler les autres, ne résolvent rien, du moyen quoi.
    Bonne soirée, et pour moi, la règle, c’est : il faut pas faire souffrir les autres.

  2. pirtouni says:

    Ne t’inquiète pas ce UE tu ressens s’appelle la bisexualité, et tu es loin d’être la seule.

    Quand au commentaire de barbieturix ??? C’est quoi ce truc! Les mots existent pour décrire la réalité, les mots ne sont pas une identité déconnectédu monde. Les définitions existent pour que la communications soit possible entre humains.
    Si tout le monde commence a redéfinir chaque mot dans son coin c’est la mort du langage comme outil de communication.

    Lesbienne a un sens, très important pour beaucoup d’entre nous, si vous ne vous reconnaissez pas dans ce mot, trouvez en un qui vous correspond comme bi ou pansexuelle, ou même créez en un. Se réapproprier un mot en détruisant sa signification, c’est une violence.

  3. Artemisia.g says:

    @Merteuil
    Si je puis me permettre ce sont tes conseils qui sont tout pourris, peut-être simplement parce que tu n’as pas bien lu la question de Camille et que tu as fâcheusement envie de voir des évidences là où il n’y en a aucune. Si elle te dit qu’elle aime la relation romantique qu’elle a noué avec sa copine et que son attirance pour ce mec est purement sexuelle, cornegidouille! (juste pour le plaisir, j’aime bien ce juron ringard). Ben oui, ne t’en déplaise, il y a des tas de lesbiennes ultra sûres de leur orientation qui éprouvent du désir, une fois de temps en temps, pour des mecs. La réponse de Mona me semble très juste et nuancée. Le seul petit problème, à mon sens, c’est de changer le contrat APRÈS COUP avec sa partenaire “en titre”, c’est vrai que la pilule risque de passer difficilement, mais il n’y a pas le choix, il faut en parler et décider ensemble de ce qu’il est possible de faire. Si la monogamie ce n’est pas possible, inutile de s’échiner dans ce schéma, les pots cassés seront encore plus importants à mesure que le temps passe!

  4. lalalann says:

    La culpabilité ne disparaît pas, jamais, mais comme pour tout on peut assumer les conséquences de ses désirs ! Selon que l’on considère comme moins insupportable de se faire souffrir soi ou de faire souffir autrui, effectivement. Tu n’es pas la seule lesbienne à désirer un homme, et je te confirme que je me sens lesbienne, profondément, alors qu’il y a eu plusieurs hommes dans ma vie. Mon désir pour eux s’est toujours émoussé plus rapidement qu’avec les femmes. avec du recul aujourd’hui (vers 50 ans donc, désolée faudra être patiente ) je confirme qu’assumer ses désirs est gratifiant, équilibrant, délicieux même… mais douloureux ! Aujourd’hui tu as une femme et un homme dans ta vie, et c’est plus que ce que vivent la plupart! Si tu veux que cela se poursuive il va falloir aimer davantage et discuter, expliquer convaincre. C’est faisable, t’en as envie ? Plein de bonnes choses…

  5. Kalafé says:

    A mon avis, la copine de Merteuil l’a trompé avec une fille.

  6. Plume says:

    Ba – si on reprenait la vieille hypothèse que lesbienne n’est pas simplement une “orientation sexuelle” (approche quand même bougrement naturalisante, surtout avec son attache ordinaire de “on choisit pas”), mais un choix de socialité privilégiant les femmes (ou le “féminin” comme ensemble de formes sociales), ma foi, ça permettrait une relecture de la question. Mais de toute évidence ça ne la résoudrait pas d’un clin d’oeil.

  7. merteuil says:

    alors Camille…. ?? où en es tu ? as tu réussi à trouver le bonheur avec un homme ou une femme, ou rien? en tout cas ne tiens compte de aucun des conseils des gens sur ce site moi y compris !
    Ah si je t’en donne un ! ne demande jamais de conseils sur internet.
    En effet je relis toutes ces réponses, c’est encore moins compréhensible que la réponse de Mona.
    Donc je persiste : va voir les mecs!!! hahaha
    C’est juste histoire de me faire insulter par les philosophes du net

    @ Kalafé : non tu te trompes… c’était avec un mec!

  8. Angèle says:

    …tu aimes une fille, tu désires un mec…moi qui vis l’inverse, et qui ai la chance inouïe d’enrichir chacune de mes deux vies de cette ambivalence…
    En fait, dans ma vie : je ne suis ni en couole avec l’un ni avec l’autre. Ce sont pourtant les deux seules personne à qui je parle tous les jours.
    La fille et le mec que je kiffe sont la bonté , la beauté et l’intelligence même…ne se connaissent pas mais m’aiment comme je les aime….ils se réjouissent du bonheur qu’ils m’apportent tous les deux….en plus …parler de mon mec a cette fille nous excite…..parler de cette fille a mon mec nous enflamme)…

    Nous sommes tous bisexuels. Ton histoire est la preuve que tu es quelqu’un qui se connaît bien, qui vit ses désirs et les assume entièrement. Ce n’est ni un problème…ni regrettable : tu as atteint la quintessence physique et affective de ce que nous pouvons devenir.
    Ta copine vient d’arriver dans ta vie : elle peut comprendre que tu as plus d’expérience et plus de besoins qu’elle peut être ? D’autant que tu ne vas pas voir une autre femme…tu t’aventures sur un terrain qui ne l’intéresse pas elle avec ce mec…peut être que tu peux partager ça avec elle :) lui confier ce que tu vis..ce que tu ressens…t’es fantasmes….
    J’ai 38 ans et 15 ans de marais derrière moi : être lesbienne ne veut rien dire. Nous pouvons être en 2015 qui nous voulons sans que quiconque nous emmerde…surtout ici à paris.
    Tu kiffes cette fille au point de te sentir coupable….assure toi qu’elle te kiffe assez pour comprendre tes désirs et qui tu es en retour…alors partir de la plus de mensonges ni de culpabilité : que des gens qui s’aiment. Se comprennent et se soutiennent.
    Mille belles choses à vous trois !
    A

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