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DJ Galleur : “être une femme dj, c’est être sexualisée en permanence”

DJ et organisatrice de diverses soirées allemandes, notamment les NEP:TUNE, la jeune et tonique Galleur, combine blondeur nordique et bonne humeur communicative. Depuis plusieurs années, elle livre des sets ponctués de secousses électroniques envoutantes (disponibles sur son Soundcloud) et est en passe de devenir l’un des nouveaux visages de la scène électro outre-Rhin. Interview.

BBX : Comment as-tu débarqué dans le milieu de la musique électronique ?

Galleur : Cela peut sembler bizarre, mais je ne suis pas une grande fan de la scène nocturne. Je me sens plus proche des songwriters, de la musique folk/alternative parce que c’est la musique que j’écoutais quand j’ai commencé à collectionner des vinyles. J’ai grandi en écoutant beaucoup de jazz avec mon beau-père, du hip-hop par ma grande sœur et du rock 70’s par mon père…

Le fait que je finisse par être DJ tient vraiment la coïncidence car je n’ai commencé à m’intéresser à la musique électronique qu’en 2007. J’ai toujours eu plus d’ amour pour la musique elle-même que pour la culture club. De nos jours les gens recherchent juste désespérément une raison de devenir « fucked up », avec le drop le plus énorme, le son le plus lourd etc. J’essaye toujours de forcer mon public à avoir un peu de patience.

BBX : Lorsque tu n’es pas DJ, il me semble que tu es active dans le journalisme musical ainsi que dans la programmation de soirées. Depuis combien de temps combines-tu les deux ?

C’est vrai ! J’ai commencé mon premier blog musical quand j’avais 16 ans parce que les gens étaient en permanence en train de me demander de leur faire des compiles CDs. J’ai commencé ce blog pour que mes amis puissent profiter de mes découvertes. Il a pris beaucoup plus d’ampleur que je l’aurai imaginé : j’ai pu bosser pour le Haldern Pop Festival, Intro Magazin et le Melt! Festival. Mais écrire uniquement sur la musique est devenu un peu ennuyeux, je voulais contribuer à beaucoup plus de choses et un jour, un bon ami à moi m’a subitement demandé de mixer à une de ses soirées assez réputée.

Je n’avais aucune idée de ce que j’étais en train de faire, mais le club était rempli et le public semblait vraiment apprécier ce que je passais, donc j’ai décidé de continuer jusqu’à maintenant. Et puis j’ai réalisé que j’étais à la recherche de quelque chose “de plus”, donc j’ai commencé assez rapidement à organiser des soirées ainsi que des concerts. Je me considère toujours comme une totale débutante malgré tout et j’aspire à faire encore plus de choses dans le futur !

BBX : Tu organises ces soirées toute seule ?

J’organise les soirées NEP:TUNE avec mon “partner in crime” qui s’appelle Typok. Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux lieux assez déjantés pour nos soirées secrètes. Ça fait trois ans qu’on travaille ensemble, avec pas mal de déboires, plusieurs foirages mais aussi du succès. Et puis j’ai lancé mes propres soirées intitulées 100% qui ont commencé avec un concert de Yung Lean en 2014 et maintenant, j’essaye de combiner des lives avec des DJ sets afin de créer des ambiances nocturnes intéressantes. Les 100% seront des soirées seulement hip-hop, Bass et R’n'B, les NEP:TUNE auront toujours de la Techno et de la House. De cette façon, je peux combiner les deux choses que j’aime le plus !

BBX : Tu as invité Julio Bashmore, Innershades, Kim Ann Foxman, Eclair Fifi, Agents of time… et même quelques français, tels que Bambounou ou PiuPiu. Que t-on apporté ces expériences, d’un point de vue humain et professionnel ?

J’étais ravie d’inviter chacun de ces artistes, que ce soit Agents Of Time, Dusky, Eclair Fifi ou d’autres, ils étaient vraiment tous très sympas. Il y a eu une bonne connexion avec chaque artiste et nous nous sommes vraiment amusés. Certains d’entre eux sont même devenus de bons amis comme ce garçon en or de Chaos In The CBD ! Pour être honnête, nous avons toujours été plutôt chanceux avec nos guests.

Je pense que j’ai fait les rencontres les plus intéressantes au Melt! Festival, dans le nord de l’Allemagne où j’ai eu l’occasion d’interviewer des artistes comme Charli XCX, Austra, Zebra Katz, Mykki Blanco, ALT J ou Elliphant. Je n’oublierai jamais cette fille…

BBX : Dans une interview pour I.D, la Dj Clara 3000 déclarait : “Je ne suis pas une fille DJ, je suis DJ”. Quel avis as-tu sur la place des femmes dans la musique électronique ?

Je pense que nous avons toujours un rôle un peu aliénant dans le monde de la nuit. D’un côté, nous sommes bookées régulièrement, ce qui est une preuve de respect, mais d’un autre côté, nous sommes sexualisées en permanence. “Heureusement”, la plupart du temps cela vient plus du public que des bookeurs. Et je mentirais si je disais que je n’ai jamais eu envie de me cacher en backstage après un concert pour rester tranquille. Ce qui est encore pire, c’est que certains DJs (toujours uniquement des hommes) essayent de m’intimider en me disant que j’ai certainement d’autres choses plus importantes à faire, ou que si je suis bookée, c’est uniquement parce que je suis une fille…

Tu te bats en permanence contre des préjugés, mais de mon côté, j’essaye juste de faire les choses qui me plaisent. A la fin de la journée, tu dois construire un immense mur entre ce que tu es vraiment et ce que les personnes projettent sur toi. Pour moi, toutes ces critiques et ces histoires montrent à quel point les hommes sont dans l’insécurité par rapport aux femmes DJs.

BBX : En France, nous pouvons nous enorgueillir d’un foisonnement de DJs femmes assez productives ! De votre côté, en Allemagne, cette même scène musicale est également très riche. Peux-tu nous en dire plus sur cette évolution ?

Je suis heureuse de voir que ces femmes ont de plus en plus de choses à dire. Peut être que finalement cela donnera un bon kick aux préjugés sur les femmes du milieu de la nuit. Bien sûr, de grands DJs comme Nina Kraviz sont des héroïnes pour moi parce qu’elles arrivent à survivre dans ce monde dominé par les hommes en donnant des coups de pied au cul à la scène internationale. Je suis vraiment heureuse d’entendre autant de nouvelles artistes émergentes et talentueuses en Allemagne : Lena Willikens, Sofia Kourtesis, Xosar et bien d’autres… Ce sont celles dont l’on se souviendra dans les années à venir.

BBX : Que souhaites-tu apporter à la scène musicale allemande dans les prochaines années ?

J’essaye de trouver de nouveaux artistes encore peu connus afin de leur offrir un soutien, c’est aussi pour ça que je booke autant de DJs et de producteurs émergents pour nos soirées NEP:TUNE. Nous avons eu des nouvelles têtes comme Effy, Innershades, Lunar, Jaures, Persian Empire, Shapes, ENNIO, ED Orable, DJ EL G a.m.m. qui réussiront, je l’espère, comme il se doit dans le futur. Nous sommes même allés jusqu’à Moscou pour entendre un artiste inconnu, Art Crime, simplement parce que nous avions énormément apprécié ses sons et parce que nous savions aussi que personne n’avait entendu parler de ce type mais il a rapporté un immense set avec lui, ce qui a rendu la nuit totalement spéciale.

Je pense que c’est important de s’impliquer contre cette vague qui consiste à booker de grands noms pour amener le plus de personnes possibles aux soirées. Un grand nom n’apporte pas obligatoirement de la qualité, pour moi, les meilleures soirées sont celles où nous avions booké de petits artistes underground qui apportent des sons vraiment spéciaux avec eux.

Vous pouvez suivre Galleur sur sa page Facebook 

 

An Si

Sbire candide de BBX, An Si s'intéresse à la culture queer, porn et mainstream. Ré-invente la langue française avec ses fautes d'orthographe.

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One Comment

  1. timide says:

    Merci pour cet article !

    C’est toujours intéressant ce point de vue de l’artiste qui a l’expérience (côté scène).

    Même si de mon point de vue (côté dancefloor), je pense qu’il n’y a pas de “petits artistes” dans le milieu de la nuit.

    Je pense aussi que les grands noms apportent une grande autonomie aux soirées qui veulent promotionner un ensemble de talents. Attention ! La soirée grand public, c’est une synergie entre divers acteurs de la nuit, un jeu de communication entre différentes équipes, voire même à 3/4 du temps entre diverses industries.

    C’est pourquoi un grand nom apporte toujours une pérennité à la soirée qui s’organise, il est un socle stable pour les organisateurs, qu’ils puissent poser leurs jalons et boucler l’enchaînement de l’événement public.

    D’ailleurs, on voit bien que quand un grand nom se défile, annule à la dernière minute … c’est la débandade ….

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