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The Lobster, de l’amour à notre ère

Vous avez 45 jours pour trouver l’âme soeur. Si vous échouez, vous serez transformé en animal (celui de votre choix). The Lobster, le dernier opus de Yorgos Lanthimos au casting flamboyant (Colin Farrell, Rachel Weisz, Ariane Labed, Léa Seydoux, John C. Reilly, Ben Wishaw…) met en scène une dystopie cafardeuse dénonçant la tyrannie de la vie de couple.

Si Wes Anderson tombait en dépression, il tournerait The Lobster. Cette intrigue cynique à l’humour froid bénéficie de cadres composés avec une subtilité peu commune. Minutieusement agencés, les plans relatent la maniaquerie et la rigidité du milieu oppressif dans lequel évoluent les personnages.

Contrairement aux chemins sinueux de la Carte de Tendre, la géographie de The Lobster contient quatre lieux qui définissent l’état de civilité d’un individu. L’Hôtel est le lieu de vie des célibataires, un lieu de passage pendant 45 jours -ils peuvent gagner des jours en chassant et en attrapant des Solitaires, un jour par captif- durant lesquels ils seront soumis à des activités de rencontres mais aussi de prévention quant aux bienfaits de la vie à deux. Des règles absurdes régissent le célibat au sein de l’Hôtel : il est interdit de se masturber, la bisexualité est inexistante (homosexuel ou hétérosexuel, tel est le choix difficile auquel est confronté, le personnage principal, David), l’ensemble du groupe porte les mêmes vêtements et surtout,  il ne s’agit pas de faire semblant d’être en couple. Les deux individus doivent avoir un point commun fort afin de pouvoir prétendre s’aimer : le goût de la danse, la myopie, l’amour du chant ou encore la cruauté.

Une fois le couple formé, celui-ci gagne le deuxième lieu, un Voilier qui scellera leur union. Ils ont deux semaines pour concrétiser leur amour -en cas de mésentente, il est toujours possible de leur fournir des enfants, qui rétablissent l’ordre dans un tandem. Dernier lieu qui fera de ces couples de véritables citoyens, la Ville. Elle assoit l’existence et la légitimité de ces personnes qui après avoir franchi ces étapes n’ont plus à craindre une transformation en animal tant qu’ils ne séparent pas.

Mais comme toute dictature, celle narrée par The Lobster a aussi ses dissidents : les Solitaires. Ils vivent dans la Forêt où les règles de vie sont à l’inverse de celles prônées par l’Hôtel. Ici, l’amour est formellement interdit. On vit en groupe mais seuls. On creuse sa propre tombe (sic), on vit de ce que l’on trouve et l’indépendance est la valeur ultime représentée par leur chef interprétée par une Léa Seydoux au regard glacial, intransigeante, inquiétante et manipulatrice. Evidemment, on aime à lui prêter un flirt avec la femme de chambre, jouée par la seconde française du casting, Ariane Labed : regards appuyés, sourires réservés et compliments déployés nous ont laissé espérer. Las.

Quant au personnage principal, David, marié pendant douze ans, se retrouve ainsi à traverser ces différentes lieux. Effrayé par sa transformation à venir, celui qui a choisi de devenir un homard s’il devait se métamorphoser, s’entiche faussement d’une autre célibataire. Lorsqu’elle découvre le pot aux roses, il fuit et rejoint les Solitaires. Dont la truculente Rachel Weisz.

Les deux Solitaires vont enfin réchauffer l’atmosphère aseptisée et dénuée de sensualité de cette société effrayante pour tenter de répondre à la problématique que Yourgos Lanthimos fait passer comme inhérente au monde de The Lobster mais qui est, évidemment, celle de notre siècle/génération/époque : comment s’aimer sans s’enfermer et conserver sa liberté sans détruire l’autre ?

Angie

Caution bisexuelle de BBX, Angie écrit sur le cinéma et les arts. Mais en vrai, elle aime surtout les paillettes et les sequins dorés. Twitter : @angelinaguiboud

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2 Comments

  1. Millet Manon says:

    Ahah je pensais être la seule à avoir imaginer un flirt entre Léa Seydoux et Ariane Labed !

  2. Plume says:

    Bonjour l’idéologie du rapport social de sexe et de la relation obligatoire pour se sentir exister (avec le déluge de violences et de contrainte qui les a toujours accompagné !). C’est le genre de truc qui ferait préférer être une porque épique qu’une grande singe.

    Mais puisque toutes les options actuelles ont renoncé à une critique sociale de fond, que Dworkin communie avec l’intersectionnalisme dans la renaturalisation du sexe et de ses directives, si “subjectivées” et “subversives” soient-elles, ce qui n’aboutit qu’à un taux de reproduction des normes – et ô surprise de leurs conséquences – en recrudescence, nous en sommes à devoir aller au vintage, et rappeler ce qu’écrivait Atkinson il y a quarante ans :

    « Puisque nous parlons des vaches sacrées, finissons-en. Qu’est-ce l’amour sinon la rançon du consentement à l’oppression ? Qu’est-ce que l’amour sinon du besoin ? Qu’est-ce que l’amour sinon de la peur ?
    Dans une société juste, aurions-nous besoin d’amour ?
    Dans une société libre il ne peut y avoir ni famille, ni mariage, ni sexe, ni amour. »
    Ti-Grace Atkinson

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