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Tunisie : des photos de bisous pour briser les tabous

A Paris on n’y pense (presque) plus lorsqu’on s’embrasse dans la rue mais tous les gays, bi(e)s et lesbiennes du monde n’ont pas cette chance. Notamment, en Tunisie, où l’homosexualité est criminalisée. Une jeune tunisienne rebelle a décidé de protester grâce à un projet photo. C’est simple, elle photographie des personnes de même sexe en train de s’embrasser dans des espaces publics. Et paf, en plein dans les yeux des homophobes !

Najma Kousri Labidi, une jeune tunisienne se définissant comme lesbienne et féministe a en effet décidé d’intituler son mémoire et le projet photographique l’accompagnant « Sexuality is not a taboo », par lequel elle cherche à promouvoir les droits sexuels et corporels des tunisiens. Elle a eu l’idée de prendre ces photographies et de les publier via les réseaux sociaux après la très médiatisée condamnation à un an de prison d’un jeune homme ayant été accusé d’homosexualité suite à un toucher rectal censé prouver sa déviance (Moyen-Âge, bonjour).

Lové dans la section traitant du viol du Code Pénal Tunisien, l’article 230 y prévoit une peine de prison de trois ans pour pratique de la sodomie. Dans sa rédaction il n’est donc pas question d’homosexualité mais le public visé ne fait pas de doute. Selon Najma, l’article 230 n’est que le tristement plus emblématique des textes de lois grâce auxquels le gouvernement s’immisce dans la vie privée des tunisiens (alors même que la constitution protège celle-ci). Et, même chez les jeunes, la sexualité en général et non seulement l’homosexualité, est encore taboue. C’est donc contre ce carcan social que la photographe souhaite lutter en montrant à travers ces images pleines de douceur que la sexualité sous toutes ses formes, est quelque chose de naturel et non une pratique à réprimer, mais surtout qu’il n’appartient pas au gouvernement de la réguler.

Pourtant, soixante-dix-huit pays dans le monde pensent nécessaire d’intervenir dans la vie privée de leurs citoyens et réguler leur orientation sexuelle. Et c’est là que les modèles de Najma ont du être contents de ne pas poser pour elle au Maroc où, en juin dernier, deux hommes ont écopé de quatre mois de prison pour s’être embrassés en public –officiellement pour outrage à la pudeur  et acte contre nature. Rien que ça. Et encore, il ferait presque bon vivre en Tunisie, voire au Maroc, où on ne risque que trois petites années de placard (pun intended, comme on dit), quand on sait qu’en Arabie Saoudite, au Nigeria, ou en Mauritanie, pour n’en citer que quelques-uns sur les onze qui la pratiquent, l’homosexualité peut entraîner la mort (le gouvernement pourrait presque apposer ça sur les paquets de capotes, comme pour les clopes…).

Enfin, il existe quand même des courageux tentent de faire doucement tourner les rouages du progrès : en Algérie, l’association Abu Nawas lutte pour les droits LGBT et célèbre depuis plusieurs années le TenTen pour commémorer la naissance d’un sultan gay de l’empire Ottoman, et depuis 2014 il y a même un magazine LGBT, El Shad. Au Maroc, l’association Kif Kif tente aussi de rassembler et lutter, mais tout cela reste discret, en l’on peut s’interroger sur ce qu’il en serait sans les réseaux sociaux.

Mais revenons en Tunisie, où évidemment Najma n’est pas seule à essayer de faire bouger les choses. Il existe depuis quelques années des associations (Shams, Kelmty) qui défendent les droits LGBT sans pour autant le crier haut et fort et, ici encore, grâce aux réseaux sociaux –tout ça allant évidemment de pair avec la révolution. Or, ces organisations sortent doucement de l’ombre, et Shams notamment, a obtenu son visa d’activité et peut donc s’attaquer officiellement à l’abrogation du fameux article 230, qui est le fer de lance de la lutte pour les droits des homosexuels.

Ah, à lire tout ça on est content d’être en France ! Ici on ne meurt pas d’être homo et on peut même s’embrasser dans la rue sans trop d’embûches, alors on n’a pas besoin de projets photos pour sensibiliser les gens… Mouais, pas si sur que ça, quand on sait que l’affiche de L’Inconnu du Lac se fait retirer de ses panneaux, et qu’une des photos d’actu ayant fait le plus buzzer ces dernières années est celle dite du « baiser de Marseille », sur laquelle on peut voir 1) deux filles s’embrasser, et 2) le regard horrifié des éclairés de la Manif’ Pour Tous…

 

 

 

Hannah

Hannah est myope et adore la photo (elle en prend même), le ciné, et lire des livres. Elle admet sous la torture une faiblesse pour Gromit et Federer mais fond devant du Lindt aux noisettes.

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One Comment

  1. ChrisTantrum says:

    Great article! Way to get the word out about people breaking barriers in places where many people don’t care to look.

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