_MG_8043 copie

Mensch : “Le problème de la musique actuelle c’est son manque de prise de risque”

Juillet 2015. Serviette de plage. Lumière d’or et rivage bonheur qui vient s’écraser contre l’été. Cosmopolitain résonne sur les réseaux. On se dandine. On chantonne. On se colle le morceau sur les oreilles et on mime le soleil. Cosmopolitain, c’est un peu un tube du coeur. Qui pourrait surgir sur une radio de supermarché comme dans un club un peu branché. Parce qu’on a envie que tout le monde l’entende et que le monde entier le porte en soi. Fin Août, Tarifa vient bercer l’été indien en venir. Un deuxième album, juste et rayonnant pour les lyonnaises de Mensch. Nous avons rencontré Karine et Vale pour parler Pentes de la Croix-Rousse, punk-rock, industrie de la musique et… lumière.  Interview.

Question bateau mais Mensch, c’est né comment ?

Karine : En fait, bien avant Mensch, on faisait de la musique chacune de notre côté. Moi du punk-rock. J’ai fait partie de plusieurs groupes de filles. Et autant te dire qu’à Lyon, un groupe de filles qui fait du punk, pour l’époque, c’était un peu compliqué..

Vale : Bon mais on ne peut pas dire en quelle année c’était ! (rires)

Karine : Oui, c’était il y a environ… 5 ans… (rires), non bon, il y a quelques années en arrière…

Vale : À l’époque, je faisais encore de la musique dans ma chambre et j’étais allée au concert du groupe de Karine ! On ne se connaissait pas, on s’en est rendu compte des années après. Je me souviens très bien de cette soirée parce que des groupes de filles qui faisaient du punk, ça ne courait pas les rues à Lyon !

Karine : J’étais en concert avec les Mongrel Bitch, c’était au Honky Tonk. C’était l’époque des L7, des Babes, toute cette scène rrriot, où les groupes tournaient en camion dans toute l’Europe. C’était fou !

Vale : Surtout qu’à l’époque, à Lyon ou à Paris, il y avait plein de bars qui avaient des petites scènes et programmaient des groupes rock. C’était souvent des bars pourris qui avaient une scène au fond et qui n’avaient rien à voir avec le type de musique. C’était simple, tu venais avec ton groupe, tu donnais 100 euros, tu prenais les entrées et eux ils prenaient le bar.

Karine : Oui ! Le Honky Tonk c’était ambiance western, rien à voir quoi !

Karine : C’était l’époque des Pentes de la Croix-Rousse à Lyon, c’était vraiment super animé et très rock’n’roll. C’était compliqué de trouver des filles qui faisaient de la musique mais hyper simple de trouver des lieux pour jouer.

Maintenant c’est mort, donc ?

Karine : Oui. Partout. Par exemple, Les Pentes c’est quasiment plus possible de jouer comme ça. Il reste plus que le Trokson à Lyon !

Et faire de la musique, c’est de plus en plus facile non ?

Karine : Oui, techniquement parlant. Par contre l’offre est tellement énorme qu’il est de plus en plus difficile d’être visible et diffusé.

Donc si on résume un peu, la bonne musique reste en marge et ce qui est commercial passe à la radio quoi…

Karine : Oui. L’étau se resserre vraiment autour des trucs commerciaux.

Vale : Je pense que c’est une phase. On est  dans une époque où les gens sont angoissés et manquent de perspective. Tout le monde est hyper autocentré, la peur est vachement présente et quand t’as peur, tu ne prends pas de risques.

Karine : Oui, c’est ça, le problème de la musique actuelle c’est le manque de prise de risque. Tout ce qui sort doit être rentable à 100 %.

Pour en revenir à nos moutons, vous vous êtes rencontrées comment du coup ?

Karine : On s’est connues à la FNAC. Je vendais des disques et à l’époque Vale faisait de la musique sous son projet solo.

Vale : J’avais autoproduit mon premier album et en 2005 à la FNAC on pouvait passer déposer nos disques pour que les disquaires les défendent. C’est ça qui m’a aidée, l’album avait été distribué dans toutes les FNAC de France, comme si j’avais une vraie distrib !

Karine : Oui, puis ça aidait pas mal de gens à rentrer dans un réseau car les disques arrivaient souvent jusqu’à des labels.

Vale : Faut dire aussi qu’à l’époque les vendeurs étaient de vrais disquaires. La musique n’était pas accessible sur Internet comme elle l’est maintenant, du coup je passais au moins deux fois par semaine chercher des disques, discuter avec Karine ou d’autres disquaires de ce qui sortait en rock, en électro. Puis à force on a sympathisé et j’ai appris que Karine était bassiste mais qu’elle avait arrêté de jouer… Quand j’ai pensé au deuxième album, toujours sous mon nom, j’ai décidé de monter un groupe, j’en avais marre de tourner toute seule, alors je lui ai proposé à de jouer avec moi.

Karine : Ce qui est drôle c’est que tu ne m’avais jamais entendue jouer !

Vale : Oui, mais j’étais sûre que ça allait fonctionner. Un jour on s’est retrouvées sans batterie… quinze jours avant un concert (rires). On a essayé avec une vieille boîte à rythmes et on s’est rendu compte qu’un truc hyper intéressant se passait. C’est là que Mensch est né.

D’ailleurs, Mensch, ça veut dire… ?

Vale : « Humain », en allemand. On voulait un truc simple et assez fort. En fait, comme on était deux filles et qu’on nous prenait pas mal la tête sur ça, un groupe de filles, on a décidé de prendre un terme neutre. La problématique est toujours la même quand on est une femme. J’crois que c’est Duras (Marguerite Duras, ndlr) qui parlait de ça. Tu passes déjà l’interview à parler du fait que t’es une femme, à justifier pourquoi t’es une femme qui écrit, et en fait après t’as même plus le temps de parler de ce que tu fais et de qui tu es.

Hormis Duras, c’est quoi vos influences ?

Karine : Moi, très punk-rock. J’étais hyper en colère quand j’étais plus jeune, je suis partie très tôt de chez moi. Je fais partie des gens qui ont vu les Bérus en concert !

De la coldwave ?

Karine : Très peu finalement ! C’est ça qui est marrant parce que c’est un truc qu’on nous ressort souvent en interview, mais Joy Division, les Cure, c’est au collège que j’écoutais ça !

Et toi tes influences Vale ?

Vale : Moi plus du rock des années 70, Janis Joplin, Hendrix, les Doors, Led Zep, Patti Smith… Moi ce qui m’intéressait c’était aussi l’époque, la liberté de création qui l’avait nourrie et ces morceaux hyper longs… Puis tous ces trucs un peu politiques, comme ce que faisait Dylan (Bob Dylan, ndlr), puis du français, Barbara, Jacques Brel…

Karine : Alors que pour moi c’est vraiment la musique de mes parents ! (rires) En fait notre lien commun, c’est la soul. Otis Redding, toute cette époque.

En parlant de style musical, ce n’est pas risqué de sortir deux albums très électriques, à une époque où ce qui semble vendre c’est l’électro ?

Vale : Ce qui est drôle c’est qu’à la sortie du premier album, tout le monde était content qu’on ait fait un truc rock alors que nous on avait vraiment l’impression d’avoir fait un truc… très pop !

Karine : Vale, avant faisait des trucs très expérimentaux, plutôt noise, et moi je faisais des trucs barrés, alors t’imagines bien qu’avec Mensch on avait quasiment l’impression de faire de la variété ! (rires)

Il s’est passé quoi entre les deux albums ?

Karine : Des chemins de vie (sourire). Vale a eu besoin de prendre l’air, elle est partie un peu aux États-Unis. Puis, il y a des choses plus triviales : par choix je ne suis pas intermittente donc quand tu fais plus de concert il y a un moment où il faut aller bosser.

Vale : Puis on a vachement tourné. On a arrêté en 2013 parce qu’on arrivait plus à gérer la composition du nouvel album. On voulait prendre notre temps, pas faire n’importe quoi. On a enregistré en octobre dernier, puis on s’est préparée pendant un an. On n’a pas glandé ! (sourire)

Il est très différent cet album, plus coloré non ?

Vale : En fait on commençait à faire des trucs pour le deuxième album -qu’on a d’ailleurs jamais utilisés- des trucs très garage, j’étais à une époque de ma vie où j’étais obsédée par le garage. Puis, je suis partie prendre l’air, le plus loin possible,  au bout de l’Europe (rires), à Tarifa en Andalousie, et je suis tombée amoureuse de la région. En revenant, j’ai commencé à jouer des trucs complètement différents, j’étais obsédée par la lumière qui règne là-bas. Donc je me sentais plus du tout de jouer du garage. Le premier morceau qui est né de ça c’est Great Escape. Du coup j’ai dit à Karine qu’on partait une semaine là-bas pour qu’elle voie et qu’elle ressente ce truc. On est parties en bagnole…

Karine : C’est ce voyage qui a donné sa couleur à l’album. C’était une évidence.

Vale : On a vécu Tarifa comme une renaissance. Le cadre de vie influe beaucoup sur la musique qui s’y compose tu sais !

Ils ont un sujet de prédilection ces morceaux ?

Karine : Les textes c’est Vale !

Vale : Alors moi je parle de moi. ! (rires) J’écris souvent sur la musique elle-même. Puis je vais souvent voir des films, donc ça se retrouve dans notre musique.

Karine : J’aime bien parce qu’au final, je ne connais pas les paroles par coeur du coup je chante en yaourt sur ses textes. Je les entends encore comme n’importe qui d’autre… Ça me permet d’être toujours fan de Vale ! (sourire)

Il y a des films qui ont joué sur cet album ?

Vale : Oui, j’avais revu Outsider de Coppola. Ça m’a inspiré Dusk.

Vous jouez ce soir aux Bains au côté de Claude Violante, ça vous botte ?

Karine : Oui on avait joué ensemble à Beaubourg pour une soirée Tsunami et j’avais trouvé ça vraiment bien. En plus, il paraît que sur scène c’est de mieux en mieux !

Vale : Je suis contente, comme on joue en premier on pourra la voir !

Karine : Oui, on sera débarrassées du trac, de la pression et on pourra voir le concert de Camille tranquillement.

Il y a une chanson que vous aimez particulièrement jouer sur scène ?

Vale : C’est un peu frais là !

Karine : On les a jouées surtout en répèt toutes ces chansons. Après, tout dépend de quel point de vue tu te places. Ça dépend si tu dis j’aime bien jouer celle-là « parce qu’elle me fait moins mal au bras » ou si c’est parce qu’elle me touche vraiment (rire)

Sérieusement, vous faites quoi quand vous avez trop mal au bras ?

Karine : Tu oublies que t’as mal au bras, tu souris, puis tu prends une crampe et tu fais comme si tout allait bien !

Vale : Puis y’a l’adrénaline de la scène qui fait que t’oublies que t’as mal. Bon mais sinon moi j’adore jouer Cosmopolitain. Tout à l’heure après la répèt je me rendais compte que je commençais à avoir des sensations sur Tarifa. Elle est très technique, j’avais trouvé le chant après la musique et au moment où on avait commencé à répéter on s’était rendu compte que… ça n’allait pas être possible, on s’était un peu emballées dans la compo ! (rires)

Votre public, il ressemble à quoi ?

Vale : Il est assez moche ! (rires) Non je plaisante !

Karine : Il est super éclectique, c’est génial. Les enfants adorent notre musique ! Tarifa provoque des choses assez bizarres chez eux.

Vale : Après on ne sait pas à quoi ressemble vraiment le public du deuxième album, il est peut-être plus là ! (rires) Mais avant il y avait des jeunes, des filles et des mecs qui aiment les groupes de filles, des plus âgés fans de l’époque des Cure, du post-punk, du post-rock. Donc comme il y a plus de trucs électro sur celui-ci peut-être que le public va aussi changer un peu…

Donc tu trouves que Tarifa est beaucoup plus électro que le premier album ?

Vale : Je trouvais oui, mais visiblement je suis la seule donc faut bien que je le cale quelque part ! (rires) Ce n’est pas de l’électro pure mais je le trouve plus dansant que le premier.

Ils sont comment les retours des médias pour l’instant ?

Karine : Très bons. Visiblement le deuxième album n’a pas déçu, on a pas encore eu de critiques assassines, tout le monde a noté la différence entre les deux, du cold à la lumière, donc j’pense qu’on a pas mal négocié le tournant !

Vale : Moi je m’en fous. On est contentes, on a fait un truc qu’on aime. (rires)

Du coup vous vous voyez aller jusqu’où ?

Vale : Jusqu’à Tanger ! (rires) Non mais on va faire le prochain album en Jamaïque, ce sera du reggae…

Karine : Bah oui, on est vieilles on a froid, on se dit que finalement faire du reggae en Jamaïque ça pourrait être pas mal !

Vale : Non mais sérieusement, je crois qu’on ne sait pas trop. La question, c’est plutôt de savoir s’il y a un bout non ?

Mensch sera en live avec Théodora vendredi 22 janvier pour le BBX lives à la Gaîté Lyrique, dans le cadre de Paris Musique Club. Billetterie ICI.

Et retrouvez Mensch sur Soundcloud !

Crédit photos : Marie Rouge.

Adeline

Caution musicale de la team et rédactrice en chef du mag Heeboo, Adeline est amatrice de sonorités brutes et de soirées sans façons. Elle aime : le bleu / ponctuer ses interventions de points / râler. Ses soirées à elle (et à tout le monde) : Sneaky Sneaky.

Plus d'articles

Leave a Comment

*