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Existrans : sept portraits de manifestants

Samedi dernier avait lieu à Paris la 19e édition de l’Existrans, la marche des trans, des intersexes et des personnes qui les soutiennent. Dix-neuf ans déjà que leurs voix peinent à se faire entendre dans une France qui les néglige, alors qu’Outre-Atlantique, les célébrités trans se bousculent sous les feux des projecteurs. Sept manifestantEs nous racontent leur parcours et les raisons de leur présence à la marche.

Mael, 21 ans

C’est ma première participation à l’Existrans. Je soutiens la marche pour que nous ayons plus de visibilité, pour que nous puissions nous faire entendre, pour qu’il y ait du monde. C’est important d’être là pour celles et ceux qui sont concernés. On est souvent obligé de se mettre dans une case. Même les trans te demandent de te mettre dans une case. Je me sens bien comme je suis, sans me mettre dans une case.

Je me définis comme un homme, mais je suis trans aussi. Je vis très bien ma transition. Je n’ai pas de problème au quotidien. En France il n’y a pas vraiment d’évolution pour les trans. Nous en sommes toujours au même niveau. Ce serait bien que le changement d’état civil soit simplifié. Personnellement, ça ne me pose pas de problème.

 

Roxxy, 40 ans

Je marche pour revendiquer l’Existrans et l’existence de la classe transgenre confondue. Bienvenue aux hétéros qui ne se connaissent pas et qui ne veulent pas franchir le cap! Bienvenue à toute la classe LGBT !

On m’a retiré mon enfant à 17 mois. La justice a fait un distinguo sur la classe transgenre car cela nécessite un suivi psychiatrique. J’ai alors rétorqué au juge en entendant une telle aberration : « si j’arrive avec une chatte, est-ce que ça passe ? ».

Il faudrait des juges formés à ces questions plutôt que d’estimer d’office que c’est « dans l’intérêt de l’enfant » de le séparer de son parent trans. La décision devrait être plutôt  prise « dans l’amour de l’enfant ». Aujourd’hui je n’ai plus la garde ma fille. Cela donne du pouvoir à sa mère qui me fait du chantage. Cela pourrait amener des personnes dans ma situation à des comportements à risques voire au suicide. Ce n’est pas parce que tu es mère que tu es une une bonne mère. Il faut aussi que les gens comprennent que les pères accouchent aussi de leurs enfants. En France, on se débrouille comme on peut avec la loi. Il faudrait que la garde partagée qui existe depuis 2004 se fasse sans différenciation de sexe.

 

Erwan, 22 ans

Marcher à l’Existrans c’est soutenir les personnes trans et intersexes qui ont besoin de droits. Je suis militant au MAG Jeunes LGBT et personnellement concerné par la question. Je suis aussi là pour aider à la visibilité des jeunes qui ont besoin d’information particulièrement dans ce moment critique qu’est la découverte de soi. Au MAG Jeunes LGBT, nous proposons un espace safe de discussion pour aider à s’accepter.

Mes amis sont au courant que je me définis comme non-binaire et font attention à leur vocabulaire. Je n’en parle pas ailleurs car ce serait trop compliqué à expliquer. Je ne suis pas vraiment out. Je suis dans une période de questionnement.

En France, il y a des choses qui se font pour les trans mais la médiatisation est très mal faite. D’un côté, la médiatisation est très positive mais cela peut également nuire à la cause lorsque l’on ne montre que des clichés et que le vocabulaire utilisé n’est pas adapté. Les médias donnent à voir la transphobie ordinaire malgré une volonté de bien faire. Il faut voir comment les choses vont évoluer dans les années à venir.

 

Vincent, 50 ans

Je milite pour les droits des intersexes, des personnes qui ne revendiquent pas l’appartenance à un «troisième genre » mais simplement le respect de leur intersexuation. Je me bats contre les mutilations génitales perpétrées sur les enfants intersexués. Il faut que la France respecte la loi, arrête cette torture et permette à chaque personne concernée de s’autodéterminer dès qu’est en capacité de faire son choix.

Je milite pour l’abolition de la mention de genre à l’état civil pour tous. La classification binaire féminin-masculin pousse à accélérer les mutilations sur des enfants intersexes qui sont ensuite opérés plusieurs fois dans leur vie alors que ces interventions chirurgicales ne sont pas nécessaires. L’intersexuation n’est pas une maladie ni un handicap. J’ai été opéré une dizaine de fois, on m’a retiré tout ce qui pouvait me définir biologiquement comme une fille. J’étais  donc un garçon qu’il fallait réparer… Aujourd’hui, plus de quatre enfants intersexes sur cinq se font opérer sans consentement ce qui a pour conséquence irréversible de graves souffrances physiques et psychologiques.

Il y a une évolution internationale du traitement des intersexes. Ces pratiques médicales ont été reconnues par le Conseil de l’Europe en tant que mutilations et par l’ONU en tant que torture. L’ONU a recommandé l’abandon de ces pratiques pour préserver l’intégrité physique et l’autodétermination des enfants.

En France, depuis quelques jours, nous sommes contents. Les médias s’intéressent à nous depuis que le Tribunal de Grande Instance de Tours a reconnu à un intersexe la mention de « sexe neutre » dans son état civil.

Vincent est porte-parole de l’Organisation Internationale des Intersexes (OII)  où vous trouverez plus d’informations sur les intersexes.

 

Chrys, 19 ans

Je viens de Grenoble. Je suis venu seul en covoiturage et je suis hébergé gracieusement par des lesbiennes grâce à la solidarité LGBT autour de l’Existrans. Il faut que les trans soient visibles en France et partout ailleurs. Il y a beaucoup de droits que nous devrions avoir et que nous n’avons toujours pas. Il faut que l’on se mobilise car tous ensemble, nous avons du poids. La France est un pays lent. Cela bouge tout doucement mais dans le fond, rien ne change. Ce serait bien que la notion de sexe sur les papiers d’identité soit plus facile à changer et cela de façon gratuite. Ce serait un bon départ déjà…

A Paris on est mieux accepté. A Grenoble il n’y a pas de trans, on ne doit être que quatre…

Il n’y a pas d’asso non plus donc je suis en train d’en monter une. En boîte gay à Grenoble, je suis victime de transphobie. Même mes amis me disent « t’es trans c’est dégueulasse ». Ma vie sentimentale est comme un néant. J’aimerais bien trouver quelqu’un mais c’est compliqué d’expliquer son histoire. En tant que bi, je suis plus intéressé par les garçons que par les filles. Avant j’étais lesbienne.

 

Marie-Bernadette, 68 ans

Je fais l’Existrans en solidarité avec toutes mes amies. Je partage certaines valeurs, d’autres moins.

Les relations avec les administrations françaises sont compliquées mais dans la vie je suis une femme assumée. Personnellement je n’ai jamais eu de problème. A la retraite j’ai monté une boîte à Rungis et on m’appelait madame. Je ne fais pas de provoc et je m’assume complétement.

Il y a eu une évolution très faible de notre quotidien. S’il y a une amélioration notable de la perception et du traitement que les gens ont par rapport à nous, il ne faut pas encore parler d’acceptation sociale. J’ai participé à la première Gay Pride il y a une trentaine d’années. A l’époque, on se faisait taper dessus !

J’ai dit à mes parents « vous vouliez une fille et un garçon ? Vous avez les deux ». Ils n’ont pas eu le choix. J’ai également fondé ma propre famille. Mon fils de 28 ans m’appelle « papa madame ». Cela se passe bien.

Ce que les gens pensent de moi ? C’est leur problème. Ce n’est plus le mien. Ça doit être l’âge qui me fait dire ça.

 

Nikki, 34 ans

Etre à l’Existrans c’est se rendre visible et mettre en évidence que nous sommes des êtres humains comme les autres et que nous avons les mêmes droit. En tant que musicienne guitariste, j’essaye d’amener un autre regard sur les personnes trans à travers mon art pour changer les stéréotypes.

A Paris, en tant que grande ville, il y a une évolution de la perception et du traitement des trans. C’est complètement différent à Lyon. A Paris, les gens sont moins estomaqués quand ils te voient.

Il faut changer la réflexion autour de la stérilisation forcée et les traitements chimiques très lourds qui font le jeu de l’industrie pharmaceutique.

 

 

Propos recueillis par Emmanuelle

Photos par Camille Feraille

 

Emmanuelle

Globe-trotteuse sur-diplômée touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier). Un quart geek, un quart TDAH, un quart Taubira et un quart Ted Mosby ascendant Barney Stinson. Twitter : @emmanuellecamp0

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8 Comments

  1. timide says:

    Wouaiiii, nice catch ! Bel article …

    Merci BBX pour ces news de la capitale ! Once again, you’ rock stars !!!

  2. vincent guillot says:

    il s’agit de 4 mutilations par jour en France, merci de rectifier. (2000 par an)

    Cordialement

  3. Kathy says:

    J’aimerais contacter Chrys qui vit à Grenoble et monte une association. Pourriez-vous me transmettre ses coordonnées ? Merci.

  4. Ife says:

    Et si, tiens, on reprenait la vieille thèse féministe matérialiste selon laquelle le sexe, dans tous ses sens, est un rapport social, désastreux de surcroît mais dont on peut imaginer de se débarrasser, et non pas une naturalité objectivée sur laquelle se baladerait sa photocopie, le genre ? Les deux ne sont d’ailleurs selon cette approche pas “une chose”, mais un ensemble de formes sociales assignées inégalitairement, le “désirable” et le valorisé étant toujours, au sens large, de l’assigné masculin. Et la notion de genre, qui ne nous a pas permis de changer grand’chose au rapport social, qui penche toujours dans le même sens, a finalement en quelque manière resanctuarisé et renaturalisé la notion de sexe. Le “subversif subjectif” nous a finalement ramené sur la même plate forme fondamentale que nos ennemis. C’est ballot.

  5. Chrys says:

    Salut , je suis genre tres en retard , je voudrais contacter Kathy ..

  6. Kathy says:

    Chrys, tu peux me contacter sur kathyfau@hotmail.com pour me donner tes coordonnées ?
    Merci.
    Kathy

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