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Tribune : Paye ton tampon Chri-Chri

Bienheureuse toi, la femme ménopausée, tu ne verras plus ton budget amputé de façon incompressible par des kilos de tampons et de serviettes hygiéniques qui partent à la poubelle ou dans la cuvette des chiottes.

L’argument prix des quelques 11 000 tampons que nous calons gentiment au cours de notre vie n’est peut-être pas le point fort des campagnes en faveur de la réduction de la TVA des produits menstruels. Pourtant en février dernier, une journaliste de The Independent calculait qu’une femme britannique touchant le salaire minimum devait travailler 38 jours de sa vie pour se payer son stock de serviettes hygiéniques. Se lever 38 matins avec la patacul à ailettes en ligne de mire a de quoi saper une solide conscience professionnelle.

Depuis l’an dernier, des pétitions sont lancées en Australie, en Grande Bretagne ou en Malaisie… Au Canada, la pétition No Tax on Tampons de Jill Piebiak a abouti : ces produits d’hygiène féminine ne sont plus soumis à la taxe des biens et services depuis juillet. En France, c’est le collectif Georgette Sand qui a lancé une pétition pour que la TVA sur les tampons, serviettes et coupes menstruelles passe a minima de 20% à 5,5%, la taxe des produits de première nécessité. Et c’était bien parti. L’amendement, accepté en commission, était porté par Catherine Coutelle, présidente de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée. Mais les députés ont finalement voté contre en suivant la position du gouvernement qui ne veut pas toucher à la manne de la TVA. C’est surtout la réaction du secrétaire d’Etat au Budget Christian Eckert qui laisse perplexe : il a parlé d’un débat passionné et rappelé que la mousse à raser est, elle aussi, taxée à 20%. Chri-Chri est un trauma de la moustache ou alors il a fait un mauvais raccourci patacul-poil dans sa tête.

Un petit point fiscalité s’impose : 20% c’est la taxe appliquée à tous les biens et services et aussi au caviar, à la picole et aux bouquins porno. Alors attention au délire Jeff de Bruges, dans le genre passioné : les «  chocolat et produits composés contenant du chocolat ou du cacao (chocolat au lait, chocolat blanc, chocolat fourré) » sont taxés à 20% et les « bonbons de chocolat, fèves de cacao et beurre de cacao » à 5,5%. Comme une liste de choses dont la cohérence peut échapper au non-initié : produits alimentaires, bouquins, préservatifs féminins et masculins, et … billetterie de rencontres sportives.

Les commentaires lâchés, plutôt crachés, sur la toile par les détracteurs de la campagne des Georgette Sand relèvent du déni d’une réalité aussi pesante que vitale pour l’humanité ou de l’ignorance la plus crasse. “Ces produits ne sont pas de première nécessité”, peut-on lire, “la preuve, comment faisaient nos grands-mères avant l’invention du tampon et de la serviette hygiénique” ? Justement, les femmes de l’Antiquité n’ont pas attendu Tampax pour se carrer un bout de ouate dans le vagin. Mais la suite a été beaucoup plus chaotique. Le lâcher sauvage de menstrues sur les jupons a nourri toutes sortes de croyances mystico-diaboliques à une époque où personne ne savait exactement le pourquoi du comment de ce flot récurrent. Et évidemment, comme un malheur n’arrive jamais seul, il n’y avait pas encore la machine à laver et son assouplissant Senteur Fruitée.

Il semble que le gouvernement ait une vision très subjective –pour ne pas dire complètement louftingue– de la nature des produits de première nécessité, n’en déplaise aux tox de la truffe au chocolat noir. Changer la TVA des produits menstruels constitue juste un acte politique de bon sens au XXIe siècle. C’est reconnaître une nécessité qui, pour n’être pas partagée par la moitié hirsute de l’humanité, n’en est pas moins première.

Allez Chri-Chri, si tu payes ton tampon, promis, on se mobilise pour ton problème de moustache.

 

Isabelle

Isabelle aime les cabinets de curiosité et la vieille techno hardcore, la confusion des sens et les concentres Harley au clair de lune.

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2 Comments

  1. Artemisia.g says:

    Absolutely. Et comme le mettait très bien en lumière un récent article de BBX: les femmes précaires et plus particulièrement les sans (sans domicile, sans papiers, etc.) ont des difficultés pour se procurer ces produits de première nécessité. Comme d’hab’, les mecs qui arguent que ce n’est pas un produit de première nécessité font preuve d’une violence symbolique crasse à l’égard des personnes ayant leurs règles: bien sûr ils n’ont jamais expérimenté la pile de papier toilette dans la culotte. Et puis, c’est vrai que sentir le vieux sang parce qu’on a pas les moyens de se payer des serviettes/tampons, ça ne pose aucun problème d’estime élémentaire de soi, hein! Moi je dis: en attendant que l’Assemblée ne soit plus constituée que de vieux connards, il faudrait distribuer des mooncups gratos aux femmes et personnes ayant leurs règles qui sont en galère!

  2. annabronsky says:

    Bien ! Bien !… Il est temps de se battre pour nos droits fondamentaux ! D’ailleurs, il faudrait peut-être dire à Christian Eckert que se laisser pousser la barbe en faisant l’impasse sur la crème à raser ça fait hipster, tandis que faire l’impasse sur les protections hygéniques et laisser couler ses règles, ça fait… Dégueu. Je souhaite à ce monsieur une bonne trombose hemorroidaire.

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