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Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015

Jeudi 8 octobre, le jury du Nobel de littérature a décerné le prix 2015 à l’écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch. Elle fait partie des quatorze femmes qui par leur talent ont obtenu cette reconnaissance internationale, − sur les cent-onze lauréat.e.s récompensé.e.s depuis la création du prix en 1901. Mais qui est-elle ? Portrait.

En 2014, l’écrivain français Modiano avait été récompensé, et cette année, à l’heure où nombre de conflits internationaux semblent sans issue, − du moins diplomatique (en Ukraine, en Syrie, au Soudan du Sud…), c’est à cette écrivaine engagée que le Nobel a été remis. Après les livres au style très travaillé de Patrick Modiano, pour la plupart rattachés à l’autofiction, c’est donc une autre forme de littérature que le jury a plébiscitée en 2015.

Elle-même journaliste, tout comme la tristement célèbre russe Anna Politkovskaïa, morte en 2006, Svetlana Alexievitch dénonce dans ses œuvres les crimes commis par son gouvernement et le gouvernement russe en particulier. Avec la même détermination que sa consœur, elle dévoile les injustices et le totalitarisme, mais a décidé, quant à elle, de le faire à travers la fiction. Svetlana compose ses romans à partir de témoignages patiemment recueillis. Elle parvient ainsi à donner une résonnance particulière aux histoires qu’elle fait entendre dans ce qu’elle appelle « ses romans de voix ». Crue dans sa façon de tailler à vif dans le réel, elle use de la polyphonie afin de nous plonger dans l’effroi que suscite en chacun.e de nous l’inhumanité du monde. Elle prend à bras-le-corps des sujets aussi difficiles et douloureux que la catastrophe de Tchernobyl et ses conséquences, ou bien la vague de suicide qu’a connu la Russie après la chute du communisme.

Attentive aux voix oubliées, Svetlana Alexievitch écrit pour que l’on se souvienne. Elle disait elle-même lors d’une interview donnée au Figaro en 2013 que « [t]rès tôt, [elle s’est] intéressée à ceux qui ne sont pas pris en compte par l’Histoire ». Ainsi, dans La guerre n’a pas un visage de femme (1985), elle fait le récit de femmes soldats de l’Armée rouge durant la Seconde Guerre mondiale, sous forme d’entretiens. Elle a également documenté la guerre menée en Afghanistan, côté russe, dans Cercueils de zinc (1990), avec une grande justesse et toujours à partir de témoignages individuels.

Auteure de La Fin de l’homme rouge, qui avait obtenu le prix Médicis en 2013, l’écrivaine, soviétique de naissance car née en 1948 dans l’ex-U.R.S.S., se montre particulièrement attentive à la condition de son peuple. Elle partage avec l’autre grand écrivain russe dissident, Alexandre Soljenitsyne (1918-2008), cette force de faire éclater la vérité dans le silence de la censure et de l’autocensure, de la souffrance et de la peur. Elle possède cette même volonté de faire passer les témoignages par-delà les obstacles que dresse le pouvoir totalitaire, par exemple.

L’ensemble de son œuvre déjà publié vient d’obtenir l’ultime reconnaissance du monde littéraire mais ce n’est sans doute pas ce qui arrêtera son travail de mémorialiste du monde contemporain, véritable boîte noire des naufrages de l’humanité. Elle profite d’ailleurs de cette tribune médiatique qu’offre le Nobel pour dénoncer fermement « la dictature douce » mais terriblement insidieuse et efficace de la Russie de Poutine, qui s’impose malgré tout comme interlocutrice et partenaire de l’Europe et de l’Amérique d’Obama, en particulier dans l’enjeu terrible que représente le conflit syrien.

par Bénédicte G.

crédit photo : xxstringerxx / Reuters 

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