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Témoignage : Le mariage, et après ?

On a beau être lesbienne, on nous a tellement rebattu les oreilles d’histoires de princesse, de « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », de récits à l’eau de rose et d’amour éternel que parfois on se prend à rêver que c’est ce que l’on désire le plus au monde : une petite vie tranquille, un travail gratifiant, un beau mariage, de beaux enfants. Tout ce que la société nous a toujours présenté comme une saine normalité à laquelle, nous les filles, nous ne pouvions qu’aspirer. C’est ce à quoi Eline aspirait quand elle était petite, c’est ce qu’elle pensait vivre avec Lisa qu’elle a épousée en octobre 2013 et avec qui elle avait deux enfants.

Aujourd’hui, Eline vit seule avec ses deux garçons, Arnaud et Matthieu et est en plein divorce. Elle nous a raconté son histoire.

En mai 2012, quand la loi sur le mariage pour tous a été adoptée, on venait d’avoir les garçons. C’est sûr, on était fatiguées parce qu’ils ne dormaient pas, mais on était bien et heureuses. Le jour de l’annonce de la loi, on y a tout de suite songé. On était vraiment contentes, vraiment heureuses. Tout allait bien pour nous. Nous allions pouvoir nous marier, Lisa allait pouvoir adopter les garçons. Au quotidien, rien n’a changé. On a réfléchi à la date pour le mariage, mais on ne s’est pas senties plus libres de dire qu’on était un couple, on ne s’est pas senties plus fières. Notre mariage, ça s’est passé un peu comme pour notre PACS. On s’était dit « Tiens, si on se pacsait » puis on l’a fait. Notre mariage a eu lieu dans le Sud de la France, en octobre 2013. C’était agréable, tout s’est déroulé parfaitement. Les gens que l’on contactait répondaient tous positivement. Comme on a beaucoup échangé par mail pour tout organiser, et que nos messages étaient tous signés de nos deux prénoms, personne n’a haussé un sourcil, les gens étaient au courant qu’on était deux femmes, tout se passait encore pour le mieux. C’était comme un mariage d’hétéros. Pour nous, il n’y avait aucune différence.

Mais notre histoire s’est terminée en février 2015. À peine un an et demi après le mariage. Le jour de ma noce, j’étais vraiment amoureuse de Lisa. Je me demande aujourd’hui, si c’était vraiment ça, l’amour. Le projet de se marier était né parce qu’on avait les enfants. Je ne sais pas si Lisa y aurait vu un intérêt, s’il n’y avait pas eu l’aspect adoption. L’été qui a précédé notre mariage, elle échangeait beaucoup avec une amie à elle. Elle passait tout son temps au téléphone. Sur le moment, j’ai trouvé ça bénin. Je ne pensais vraiment pas à mal, même si ça m’ennuyait qu’elle aille passer de longues soirées avec une autre femme, qu’elle réponde toujours présente pour quelqu’un d’autre. Je n’ai pas pensé que ça trahissait des failles entre nous. À ce moment-là, rien ne pouvait remettre en question notre projet. J’étais naïve, je m’étais sentie tellement bien le jour de mon mariage, tellement heureuse, que j’étais incapable de me poser la moindre question. C’était un rêve qui se réalisait. Par contre, Lisa ne me parlait pas, elle ne me parlait jamais. Et petit à petit j’avais arrêté de lui poser des questions. Je me suis rendue compte que je m’ennuyais dans mon couple, dans cette routine bien huilée. Peut-être que là déjà, j’ai commencé à me poser des questions. Mais je tenais tout ça pour acquis, pour éternel en quelque sorte. Il y avait bien des doutes parfois, mais sans la dépression de Lisa, jamais je ne serais allée creuser ces doutes.

Le véritable signal d’alarme pour notre couple, ça a été la dépression de Lisa. Peut-être pas tant la dépression en elle-même que le manque de communication, ou plutôt de la non-communication. Je n’ai rien su, elle ne m’a parlé de rien. En fin d’après-midi, elle était chez notre médecin, le soir même elle était hospitalisée pour dépression. Ça a été hyper violent. Aujourd’hui encore, je ne sais pas du tout ce qu’il s’est passé. Je n’aurai jamais toutes les réponses. Mais à partir de là, je me suis retrouvée toute seule pour de vrai, seule avec les garçons. Je devais tout gérer. Les beaux-parents, la belle-mère et surtout les questions de mes enfants. Plutôt la question, « Elle est où? » avec un regard qui disait « il se passe un truc ». Je leur ai dit, qu’elle avait « un bobo dans la tête », je crois que c’est la seule fois que j’ai si bien choisi mes mots. Sur le moment, ils n’ont pas réagi, ils avaient deux ans et demi, ils commençaient à peine à parler. Je ne pense pas avoir remarqué de changement dans leur comportement, on était en pleine période de « non » et de caprices, c’était dur de faire la part des choses. Arnaud a toujours eu un caractère plus dur et violent que son frère. Depuis la dépression, il s’affirme, il ne veut pas qu’on l’oublie, qu’on le laisse tomber, et ça s’exprime par une forme de violence.

Je n’ai pas le choix, je dois avoir une vie bien ordonnée, j’ai un métier et deux enfants. Ce sont eux qui font que je me lève le matin, qu’à aucun moment je n’ai vraiment sombré. Sinon, il y a des jours où je resterais couchée. J’ai été en arrêt maladie quelques temps après, parce qu’émotionnellement c’était trop. Je savais gérer les choses, mais c’était tout le temps, 24h sur 24. Pendant toute cette période, je n’ai jamais pensé à moi.

On a fêté notre premier anniversaire de mariage alors qu’elle était hospitalisée, elle avait eu une permission, on s’est regardée dans le blanc des yeux sans rien trouver à se dire, c’était horrible. Elle est sortie de l’hôpital une première fois fin novembre, sa sortie devait être définitive, mais personne n’y était préparé. Elle était censée avoir une semaine de préparation à la sortie, et moi je n’ai jamais eu de préparation. Je ne me suis jamais demandé si l’absence de communication du milieu psychiatrique était lié au fait que je sois une femme. Je ne voulais pas qu’on me parle de la maladie en elle-même, mais qu’on m’explique le traitement, comment les choses allaient se passer pour elle, ces choses-là. Mais j’ai été tenue éloignée de la sortie, c’était horrible. Même pas une demi-heure pour discuter avec moi, pour me tenir au courant.

Puis, j’ai rencontré quelqu’un d’autre en novembre. Je ne recherchais rien mais c’était la première fois de ma vie que je recevais des compliments sur mon physique, qu’on faisait attention à moi. Lisa n’avait jamais fait autant attention à moi. Je n’avais aucune arrière-pensée au début quand j’ai écrit à cette fille. J’étais mariée, ma femme était malade, hospitalisée, il était impossible que je pense à autre chose. Je l’ai pris comme un jeu, je ne pensais pas que ce serait sérieux. Tout ce qu’elle faisait me mettait en valeur, je me sentais désirable, et c’était juste tellement bien, je n’avais jamais ressenti ça avant. On s’est embrassées avant la sortie de Lisa de l’hôpital. Ce dont je rêvais quand j’étais petite, quand tu imagines que c’est toi la plus belle du dessin animé, ça existait vraiment. Dès que tu vois l’autre, tu as l’impression que personne ne t’arrive à la cheville. J’avais fini par croire que ça n’existait pas, et là, c’était exactement comme ça que je me sentais.

Juste après le réveillon du Nouvel An, j’ai dit à Lisa qu’il y avait quelqu’un qui me tournait autour, et le lendemain ou le surlendemain je lui ai dit que cette personne me plaisait, et ensuite je lui ai dit que j’avais embrassée quelqu’un d’autre. Je culpabilisais tellement et j’avais des sentiments complètement contradictoires. D’un côté quand j’étais avec l’autre j’étais vraiment bien, de l’autre il y avait ma femme, mon mariage à sauver. J’ai essayé de sauver mon couple jusqu’au bout, mais la présence de cette fille m’empêchait de le faire vraiment.
Le jour où Lisa m’a reproché de ne pas être allée chercher plus loin, de m’être contentée de ce qu’elle me disait, par rapport à sa maladie, à ce moment-là j’ai compris que c’était fini. Ma décision était prise. J’ai parfois l’impression que c’est un simple détail qui m’a fait prendre cette décision. C’est perturbant, aujourd’hui encore, je me dis que ce n’est peut-être pas pour rien que je le vis si mal, ce divorce. Elle m’a dit que je prenais une décision grave pour si peu, mais pour moi ce n’était pas « si peu » ça remettait en question toute notre relation.

Pendant six mois on a continué à vivre ensemble et à partager le même lit. Il ne s’y passait plus grand-chose depuis un moment, dans notre lit. Même si, du jour au lendemain, c’est comme si un mur s’était dressé entre nous. On devait parler aux garçons, je ne voulais pas les perturber, je ne sais pas si on a pris la bonne décision, mais c’est la décision qu’on a prise. Ces six mois de cohabitation ont permis aux garçons de s’adapter, de se préparer à la séparation physique. J’ai fini par trouver un appartement, j’en avais parlé avec les garçons, ils savaient qu’on allait déménager et je répondais à leurs questions, pour préparer les choses en amont. En août, j’ai déménagé quand Lisa est partie en vacances avec les enfants. On a pris la décision d’une garde partagée, Lisa a les garçons un week-end sur deux et la moitié des vacances, elle les prend le midi. On parvient à sauver les apparences, pour eux, même si les relations sont tendues parfois.

Ce n’est pas évident de vivre seule, je me pose de nombreuses questions, et certaines me font probablement avancer, mais j’ai quand même de gros coups de blues, comme le jour où ça aurait fait sept ans. Je n’avais pas les garçons, et je me suis sentie terriblement seule. Ce jour-là, me retrouver sans mes fils a été véritablement horrible. Je suis plus tendre avec eux, depuis que l’on vit tous les trois. Je leur fais plus de câlins, parce que j’ai besoin de tendresse mais aussi parce que j’ai pris conscience que la vie, l’ordre établi ne tient pas à grand-chose. Et puis, il y a aussi l’orgueil. J’ai peur qu’ils la préfèrent à moi. Comme ils ne la voient pas souvent, ils n’ont que les bons côtés. Elle les gâte beaucoup, moi j’essaie de faire des sorties avec eux, de leur montrer qu’on fait des choses chouettes, quand on est ensemble aussi. Matthieu la réclame beaucoup, ça me fait mal mais je ne peux pas lui en vouloir. Quand il me dit « je t’aime gros comme ça », et que je lui dis que je l’aime aussi, il me répond « j’ai de la chance ». Mais c’est moi qui ai de la chance de les avoir. Ce sont vraiment ma raison de vivre.

C’est vrai que j’ai surtout une vie de maman célibataire depuis le mois d’août. Je réussis quand même à continuer à faire du foot grâce à une copine qui garde les enfants, une fois par semaine. Je sors parfois, quand je ne les ai pas le week-end. Mais je vis en province, et les occasions de rencontrer des filles sont rares. Je me sens prête à vivre de nouvelles histoires, mais si je rencontre quelqu’un, je veux que ce soit une fille qui accepte que c’est plus compliqué à vivre comme ça. Je voudrais réussir à rencontrer une fille qui m’accepte comme je suis et qui accepte les garçons. Je sais aussi qu’aujourd’hui j’ai besoin qu’on me dise que je suis belle, qu’on me donne l’impression d’être unique. J’ai peur aussi parce que Lisa, c’est la seule femme que j’ai connue, et j’ai peur de ne pas être à la hauteur. L’intimité entre nous, c’était pas simple. J’ai peur de ne pas avoir envie, de reproduire les mêmes schémas. Maintenant, j’ai aussi très peur des échecs, de tout remettre en question, de ne plus jamais faire confiance. Pour que ça dure avec quelqu’un, je sais déjà qu’il va me falloir quelqu’un de très compréhensif et en même temps je me dis que je suis toujours aussi rêveuse, je me dis que ce ne sont peut-être que des craintes sur le papier, mais j’aimerais qu’elles n’influent pas sur une nouvelle histoire.

Propos recueillis par Julie B.

crédit photo : SIPA

Leslie

Leslie aime les paradoxes, les gens curieux et la grammaire mais aussi le reblochon et le rugby. Elle écrit sur la vie des gens et les livres. Twitter : @LPreel

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2 Comments

  1. Ife says:

    En résumé : c’est comment la vie à hétérolande “réappropriée” ?

  2. Nope says:

    Au delà du principe même de cet article, que je trouve d’un intérêt tout relatif (quel rapport avec le mariage, finalement?), ce témoignage n’est pas franchement élégant.
    Comment peut-on ne pas se rendre compte que la personne avec laquelle on vit fait une dépression? Est-ce vraiment indélicat de la part de Lisa de se tourner vers une amie disposée à l’écouter? Peut-on décemment se sentir abandonné(e) par un(e) partenaire absente puisque hospitalisée alors qu’on roule des pelles à une autre? J’ai étonnamment un peu de mal à compatir – je n’y vois ni recul, ni remise en question, ni analyse : rien qui justifie une publication ailleurs que dans les bas-fonds des forums doctissimo. J’ai plutôt l’impression d’avoir lu un journal intime de très mauvaise foi… pas très classe, pas très intéressant, pas très crédible non plus.

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