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RIP Edwige Belmore : mort d’une égérie punk

Beauté froide et androgyne, crinière peroxydée et moue boudeuse, celle que Jean-Paul Gauthier qualifiait d’ “ange platine” est décédée le 22 septembre dans un hôtel de Floride à l’âge estimé de 58 ans. Retour sur cette figure de la nuit parisienne des eighties.

L’histoire d’Edwige Belmore, mannequin, chanteuse, gouine assumée et ex-physio du Palace, la boite la plus courue des 80′s ressemble à s’y méprendre à un roman initiatique. Abandonnée par des parents, qu’elle qualifie d’”ignorants et racistes”, “avec 20 dollars en poche” alors qu’elle n’a que 19 ans, elle deviendra en quelques années l’icône de la scène punk parisienne et l’une des figures de proue d’une scène alternative internationale.

Par Laurence Sudre

Edwige Grüss de son vrai nom, est une self-made woman underground. En 1976, seule à Paris, en pleine mouvance punk, elle décide de faire table rase du passé. Dans un entretien daté de 2012, elle confie que c’est un concert de Sex Pistols qui va agir comme catalyseur : elle veut devenir une nouvelle femme. Le changement sera radical. Elle brûle sa garde-robe, héritée d’une éducation religieuse, se rase les cheveux et adopte un look trash d’”Amazone dominatrice” selon ses propres dires : pantalon d’équitation, fine cravate et blouson en cuir. Elle passe alors ses nuits avec sa bande de copains gays aux Halles, danse au clup Sept ou aux Bains.

“Avec tous mes potes, les jeunes garçons qui étaient homosexuels, on allait ensemble aux Bains, et puis il y avait toujours l’image du mec homo avec sa fag hag. Moi, ça m’intéressait parce qu’il y avait toujours de belles filles derrière mes copains pédés, alors je suivais et je ramassais! ” confiait-t-elle à Yagg en 2011.

C’est à cette période qu’elle monte le duo new wave Mathématiques Modernes avec Claude Arto. Leur single Disco rough, petite pépite cold wave, n’emballera malheureusement pas les charts. Edwige sort de plus en plus, se retrouve propulsée mascotte du Tout-Paris. Elle côtoie Yves Saint Laurent, Andy Warhol, même Helmut Newton la prend en photo. La petite Cosette se mue en figure de proue de la scène punk. Vogue, Elle magazine, et même le Nouvel Obs l’interviewe pour parler de cette nouvelle tendance qui excite tant les journalistes. Prise d’un coup de foudre pour Patti Hansen, l’épouse de Keith Richards, elle multiplie alors les aller-retours à New-York, où elle se familiarise avec la scène underground. Elle devient très proche de l’artiste Maripol, avec qui elle fait les 400 coups, passe ses soirées au Studio 54… Elle pose même en compagnie d’Andy lui-même en couverture du magazine Facade.

“Pope of Pop meets the Queen of Punk” par Pierre et Gilles

Elle est alors remarquée par le propriétaire du Palace, Fabrice Emaer, en 1978. Ce dernier lui confie le job convoité de physionomiste. Et c’est ainsi que le règne de Queen Edwige commence.

“A l’ouverture, le 1er mars 1978, j’étais une môme de 20 ans, timide, avec six bodyguards autour d’elle et deux millions de personnes devant la porte. Je regardais les gens dans les yeux et je les sentais tout de suite (…) Je faisais rentrer les potes de Fabrice : Paloma Picasso, Loulou de la Falaise, etc. Et puis les miens, ceux de la bande des Halles !” confie-t-elle au magazine Jalouse en 2009.

Tout Paris se presse alors aux portes de l’établissement. Le Palace vit ses heures de gloire. Savant mélange de jeunes punks désargentés, d’artistes, de gays et de people, la clientèle du Palace s’affranchit des barrières de classe et de sexe. Grace Jones y chante “La vie en rose”, les serveurs sont habillés par Mugler, et Mick Jagger trinque avec Frédéric Mitterrand.

Avec Maripol (au centre)

Après la fermeture de la boîte en 82, puis la mort d’Emaer un an plus tard, Edwige Belmore se lance dans une courte carrière de mannequin avant de s’installer définitivement à New-York. Elle travaillera dans plusieurs nightclubs avant d’être embauchée par Agnès B. pour tenir sa première galerie. Puis c’est une lente et douce redescente vers l’anonymat.

A l’annonce de sa mort, c’est une Edwige brune, tatouée, aux traits durs que l’on découvre. Elle était, depuis plusieurs années, artiste résidente au Vagabond Hotel, à Miami, où elle est morte, entourée de ses amis, le 22 septembre dernier. La princesse underground aura connu une notoriété aussi fulgurante qu’un tube punk. Trois couplets et quatre refrains, juste le temps d’un pogo dans la cour des grands.

 

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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3 Comments

  1. timide says:

    Encore un bel article digne de Barbieturix, égal à son genre.

    Alors, merci BBX pour cet hommage “behond Ze typo’Z” !

  2. Billye says:

    Bel article :)

  3. test says:

    lookie here

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