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LGBT support the Refugees : les combats LGBT n’admettent pas d’œillères

Le 5 septembre, plusieurs milliers de personnes ont manifesté leur soutien aux réfugié.e.s syrien.ne.s. La photo du petit Aylan Kurdi mort sur une plage en Turquie a été un électrochoc pour de nombreux citoyens français. Certains collectifs et associations LGBT ont ainsi défilé samedi, à l’instar du collectif OUI OUI OUI ou de l’équipe de foot Les Dégommeuses. Si l’affirmation d’une préférence intime lors d’une telle manifestation peut d’abord surprendre, elle participe à une prise de position plus large et totalement cohérente.

Les prises de positions de groupes LGBT en faveur de causes qui semblent n’avoir a priori rien à voir avec les combats militants queer ne datent pas d’hier. Le film Pride a récemment rappelé l’histoire de ces militants LGBT s’étant ralliés à la cause de mineurs sous l’ère Thatcher, confrontés à l’homophobie voire au rejet de ceux-là mêmes pour qui ils s’étaient mobilisés. Mark Ashton, qui avait inité cette mobilisation et qui était à l’origine du groupe LGSM, Lesbians and gays support the miners, expliquait qu’une « communauté doit être solidaire d’une autre. C’est complètement illogique de dire : ‘Je suis gay et je suis pour la défense de la communauté gay mais tout le reste ne m’intéresse pas’. ».

La manifestation de samedi dernier était un grand rassemblement, à l’échelle nationale, en faveur de l’accueil des réfugiés en France derrière le mot d’ordre #PasEnNotreNom. Deux organisations LGBT nous ont expliqué les raisons de leur mobilisation : l’équipe de foot lesbienne Les Dégommeuses et le Collectif OUI OUI OUI.

Cécile Chartrain, la présidente de l’association, et Veronica Noseda, une des joueuses de l’équipe, travaillent sur la question de l’intégration des réfugié.e.s depuis un moment. D’ailleurs, l’équipe s’est même constituée en association pour pouvoir travailler en partenariat avec une équipe Sud-Africaine dans le but de venir en aide aux femmes réfugiées en France à cause de leur homosexualité. La mobilisation en faveur des personnes qui fuient leur pays en raison de leur orientation sexuelle ne date pas d’hier.

Pour Les Dégommeuses « tous les réfugié.e.s doivent être accueilli.e.s, pas seulement les LGBT ». C’est pourquoi la manifestation de samedi prend tout son sens. Pour Veronica Noseda « une alliance est possible entre les minorités », les communautés discriminées ont des parcours similaires qui peuvent et doivent nous rapprocher. Les Dégommeuses ont toujours choisi de voir le foot comme un puissant vecteur contre les discriminations, qu’elles touchent au genre, à l’orientation sexuelle, qu’il s’agisse de racisme ou de classisme. D’ailleurs, Veronica Noseda et Cécile Chartrain préfèrent parler d’inclusivité et d’inclusion plutôt que d’intégration : cette démarche n’est pas nouvelle, mais elle s’inscrit dans un engagement plus large. D’autres groupes LGBT se mobilisent pour l’accueil des réfugié.e.s, à l’instar du collectif « Les Lesbiennes dépassent les Frontières ». Lors de notre entretien, Cécile et Veronica était avec Agnes Kasabiti, elle-même réfugiée, et membre du conseil d’administration de l’association, parce qu’il est important que la voix des réfugié.e.s soit audible y compris dans les instances des associations qui luttent pour cette cause.

Pour Alice Coffin, du collectif OUI OUI OUI, les raisons de participer à la mobilisation étaient évidentes. Pour les associations LGBT ou féministes, le choix de s’investir dans une cause qui ne corresponde pas exactement à celle sur laquelle le groupe s’est investi n’est pas toujours évident. En l’occurrence, dans ce cas-là, il n’y a eu aucun débat. « Si tu crois en la défense d’une cause, le but est d’être le plus puissant possible. Et être le plus puissant possible, c’est en y allant avec un groupe organisé ». La première des raisons est presque arithmétique : il s’agissait d’utiliser la force de frappe du collectif. « Quand t’as un savoir-faire en tant que groupe, tu te dois de le mettre au service d’autres causes auxquelles tu crois. »

Pour la communauté LGBT, cette pratique est encore plus valable : on identifie une ennemi commun. En France, les privilégiés, ce sont les hommes blancs, hétéros, de plus de cinquante ans. Ce privilège, c’est l’Etat et les mentalités qui le font perdurer. Si les communautés LGBT sont éloignées de ce privilège, les réfugié.e.s sont encore plus loin de ce noyau privilégié. « C’est notre responsabilité d’aller les épauler parce qu’à des degrés différents, les mécanismes de domination et d’exclusion sont similaires, toutes choses égales par ailleurs. » Alice Coffin a conscience que l’on incarne, face à ces populations de réfugié.e.s, les privilégié.e.s. Il ne s’agit pas d’aller invisibiliser les demandeurs d’asile, les LGBT, comme les féministes, sont là en soutien à ces communautés. Les queer blocs ont toujours été assez efficaces et il est très important en tant que communauté d’attirer l’attention sur des luttes communes. Ce n’est que le début de la mobilisation, d’autres rassemblements sont prévus pour la semaine prochaine.

S’engager pour défendre l’égalité implique une certaine cohérence politique. Evidemment, il y a tellement de causes à défendre et d’étendards à brandir que parfois, il peut être tentant de ne concentrer son énergie militante sur l’une ou l’autre de ces causes. Mais les combats féministes et LGBT n’admettent pas d’œillères : il s’agit de réclamer l’égalité, de se battre pour la tolérance, enfin de défendre l’idée d’une société dans laquelle une vie ne vaut pas mieux qu’une autre.

 

Leslie

Leslie aime les paradoxes, les gens curieux et la grammaire mais aussi le reblochon et le rugby. Elle écrit sur la vie des gens et les livres. Twitter : @LPreel

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10 Comments

  1. Les Dégommeuses says:

    Merci à Barbieturix et à Leslie pour cet article. Juste une précision: le projet que nous avons mené en partenariat avec l’équipe sud-africaine du Thokozani Football Club n’est pas en rapport direct avec la question de l’asile. L’Afrique du Sud a l’une des Constitutions les plus progressistes au monde en matière de droits LGBT, malgré les violences que peut subir un certain nombre de lesbiennes, trans et gays dans ce pays.
    Les réfugiées qui jouent dans notre équipe viennent plutôt de pays où l’homosexualité fait l’objet de législations ou manifestations publiques répressives, comme l’Ouganda ou le Ghana.

  2. timide says:

    “C’est complètement illogique de dire : ‘Je suis gay et je suis pour la défense de la communauté gay mais tout le reste ne m’intéresse pas.”

    Personne n’a jamais dit, ni penser de telles choses. C’est colporter de telles élucubrations qui est illogique.

    Il y a de quoi rire “en 2.0″.

    Bref.

  3. Lucie says:

    Si, des lgbt racistes par exemple ça existe. Et c’est le pire. Et même au sein de la communauté lgbt, les lesbiennes et surtout les trans ont souvent été mis à l’écart. Être une minorité qui en exclu une autre, c’est l’inverse de la lutte pour l’égalité. Et c’est important de le rappeler et de se montrer solidaire dans ce contexte politique français raciste et/ou peu courageux. Bravo pour ces initiatives.

  4. Biel says:

    “Pour la communauté LGBT, cette pratique est encore plus valable : on identifie une ennemi commun. En France, les privilégiés, ce sont les hommes blancs, hétéros, de plus de cinquante ans. Ce privilège, c’est l’Etat et les mentalités qui le font perdurer. Si les communautés LGBT sont éloignées de ce privilège, les réfugié.e.s sont encore plus loin de ce noyau privilégié.”

    Mais c’est quoi ce délire ? On voit bien qu’on est loin des bons sentiments. On est dans une instrumentalisation de cette question pour taper sur une autre catégorie de la population. C’est vrai quoi l’homme blanc hétéro au chômage de plus de cinquante ans c’est l’ennemi commun …

    “Alice Coffin a conscience que l’on incarne, face à ces populations de réfugié.e.s, les privilégié.e.s. ”

    Mais dans quel monde vous vivez ? Vous croyez vraiment que les réfugiés pensent aux homosexuels en termes de “privilégies”. Demandez vous plutôt la réaction d’une famille quand on va leur dire qu’elle va être héberge par un couple homo.

  5. Biel says:

    @ Lucie
    Pour moi définir “l’homme blanc hétéro de 50 ans” comme un ennemi commun et tout simplement raciste. Je trouve d’ailleurs cela à côté de la plaque totalement. Sachant que la plupart des familles qui accueillent des réfugiés sont justement des familles souvent catholiques blanches et de plus de cinquante ans. Par ailleurs dans cet article pas une seule fois on aborde la question de l’accueil de la part des LGBT. Que va-t-il se passer si une famille des réfugiés refuse d’être accueilli par des homosexuels ?

  6. Lucie says:

    “On identifie une ennemi commun. En France, les privilégiés, ce sont les hommes blancs, hétéros, de plus de cinquante ans. Ce privilège, c’est l’Etat et les mentalités qui le font perdurer.” L’ennemi commun c’est le système de pensée qui mène à ses inégalités et donc aux situations de privilège ou discrimination. L’ennemi n’est foncièrement pas une personne ni un groupe de personnes. Il est juste dit que si l’on ne correspond pas à ce profil on a plus de chance de connaite des situations discriminantes. Ce qui ne signifie pas que la vie est parfaite pour les hommes blancs hétéros quincagenaires de la classe moyenne aisée. Juste que socialement , economiquement et politiquement parlant c’est le groupe le moins discriminé et le plus privilégié. L’ennemi ce sont les règles (légales ou morales) qui créent et entretiennent ces inégalités. Mais il faut d’abord comprendre que malgré leurs différences les groupes discriminés ont un intérêt commun : mêtre un terme à ces inégalités en changeant le système

  7. Lucie says:

    Oups. Suite : en changeant le système de pensée. Et plus les minorités s’allier ont et plus elles feront changer les choses.

  8. Artemisia.g says:

    Ouf! Heureusement qu’il y a toujours du monde pour défendre les hommes cis blancs hétéros de la classe moyenne sous un article sur les manifs en solidarité aux migrantEs!

  9. Amy says:

    J’avoue être perplexe entre cet article et l’article sur les 60 000 SDF femmes (et par extension, hommes) en France…
    Je pense que les réfugiés (si ce sont tous des réfugiés) se fichent totalement de nous et peut-être même sont contre nous. Ne jouons pas avec le feu.

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