ABC's "Marvel's Agent Carter - Season One

Agent Carter : une superhéroïne contre les supermachistes ?

L’univers des superhéros à l’écran n’est pas réputé pour être un univers très féminin. Il est même plutôt clairement sexiste. Bien que les comics Marvel laissent une certaine place aux personnages féminins, et que certaines des héroïnes les plus badass de la pop culture soient à trouver dans les fameuses bandes dessinées, les femmes dans la plupart des films de superhéros semblent ne servir qu’à mettre en valeur le rôle-titre, ses muscles, son intelligence, son sex appeal.

Les femmes tiennent au mieux le second rôle, et quand on voit les héroïnes ultrasexuées de Catwoman ou d’Elektra, films qui ont d’ailleurs été des échecs patents au box-office, on peut s’interroger sur la place des femmes dans cet univers. Et si justement, Agent Carter, la mini-série de Marvel, sonnait le glas de cette ère supermachiste ?

Agent Carter, c’est quoi ? C’est d’abord une mini-série diffusée depuis le mois de janvier 2015 sur ABC (et cet été sur la chaîne Canal + Family en France) et inspirée de l’univers des films Captain America. La série est centrée sur le personnage de Peggy Carter, une agent secret qui avait conquis le cœur du superhéros et de ses fans. Cette série devait assurer l’interim en attendant le retour à l’écran de Marvel’s Agent of the Shield pour la pause hivernale. L’action de la série prend place à New York, dans l’immédiat après-guerre. Peggy Carter travaille pour la S.S.R., Strategic Scientific Reserve, service qui préfigure le S.H.I.E.L.D. Après avoir accompagné Captain America dans ses exploits, elle se retrouve à accomplir des tâches sans importance au sein de l’agence top secrète. Son ami, Howard Stark, (le père de Tony Stark, qui deviendra Iron Man) est accusé de trahison. Carter va donc décider de blanchir son ami en menant l’enquête seule. Elle débusquera une terrible conspiration avec l’aide d’Edwin Jarvis, le majordome de Stark, qui lui inspirera le système d’intelligence artificielle J.A.R.V.I.S. d’Iron Man.

Pourquoi vous en parler ? Parce que Peggy Carter est une des rares héroïnes badass de l’univers Marvel à l’écran et que finalement la série vaut quand même le coup d’œil. Si le pilote est un peu indigeste tant il doit poser les bases de cette nouvelle intrigue, on est d’emblée séduit.e.s par l’univers après-guerre : les décors et les costumes n’ont pas grand-chose à envier à Mad Men et la série exploite tous les éléments de l’image d’Epinal de l’Amérique de la fin des années 1940 et ce n’est pas sans rappeler le film Dick Tracy. Le casting est réussi et Hayley Atwell qui incarne Peggy Carter est crédible dans son interprétation de cette femme au caractère bien trempé. Mais, cerise sur le gâteau, Agent Carter développe un discours féministe qui a même contribué à agacer pas mal de spectateurs tant il est assumé (voire caricatural) dès le premier épisode.

Dès la fin du générique, on voit Peggy Carter avancer dans une foule d’hommes en costumes gris, coiffés de chapeau tout aussi gris. Elle arbore un chapeau rouge, et un tailleur bleu, elle crève littéralement l’écran. D’ailleurs, le cadrage dans tout ce premier épisode la place au centre de l’écran comme pour insister sur le fait que pour une fois, c’est bien une femme qui aura le dessus sur les autres personnages. À son arrivée dans les bureaux de l’agence, son supérieur lui annonce que tous les hommes sont mobilisés sur une nouvelle affaire et lui demande de s’occuper du téléphone. Elle répond avec insolence et participe à la première réunion stratégique où l’on ne manquera pas de lui faire comprendre qu’elle n’est pas à sa place. Le seul à prendre sa défense est un agent handicapé suite à une blessure de guerre, moqué comme elle, à qui elle fera gentiment remarquer qu’elle est en mesure d’affronter les enfantillages de ses collègues, refusant son aide paternaliste.

Au-delà des scènes d’action qui ont le mérite d’être assez crédibles, c’est ce discours sur la place des femmes qui fait l’intérêt de la série. La productrice de la série, Tara Butters, explique que le superpouvoir de l’agent Carter, c’est que tout le monde la sous-estime. Difficile de s’affirmer dans l’ambiance sexiste de la Guerre Froide. Et lorsque dans l’un des derniers épisodes de la première saison, on demandera à l’Agent Carter pourquoi elle a choisi d’enquêter seule, elle expliquera que c’est parce qu’aucun homme ne l’écoute ni ne la prend au sérieux. Les personnages forts de la série sont des femmes qui usent de cette idée qu’elles sont perçues comme des êtres faibles et inoffensifs et si Peggy Carter doit affronter des hommes, son ennemi direct est une assassin soviétique surentraînée, issu de camps d’entraînement réservé aux petites filles. Dottie Underwood apparaît d’abord comme la nouvelle amie de Carter mais elle la trahira dans un baiser passionné que l’on ne saurait manquer. De nombreuses scènes font référence à la place que tiennent les femmes dans cette période trouble et l’évocation du licenciement de plusieurs femmes lié à la réintégration de Marines, par exemple, poursuit cette interrogation.

Dans Agent Carter, le sexisme de l’époque post-Seconde-Guerre pré-Guerre-Froide est souligné au bâton de rouge à lèvres empoisonné mais il est rafraîchissant de voir posée la question de la place des femmes dans une société où les anciens combattants sont perçus comme des héros. Sans être la révélation télévisuelle de l’année, la série est un divertissement honnête qui a le mérite de poser des questions qui fâchent. Une deuxième saison a d’ailleurs été annoncée pour janvier prochain par la chaîne ABC.

 

Leslie

Leslie aime les paradoxes, les gens curieux et la grammaire mais aussi le reblochon et le rugby. Elle écrit sur la vie des gens et les livres. Twitter : @LPreel

Plus d'articles

Leave a Comment

*