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Barbi(e) du mois : Clémence Thune, illustratrice

Boucles rousses et yeux rieurs, Clémence Thune, 25 ans, commence, doucement mais surement, à faire son trou dans le petit monde de l’illustration de presse. Entre Rue89, Libération ou encore Well Well Well, la discrète illustratrice livre des productions toujours colorées et fanfaronnes, dont les contours dessinent un univers teinté de dérision et de joie de vivre. Pour Barbi(e)turix, elle a cet été designé et illustré notre Fanzine#18 avec fantaisie et talent. Une fille à suivre !

BBX : Plutôt université ou Tuto youtube?

Clémence : Je pense pouvoir admettre maintenant que je n’étais pas faite pour le système scolaire classique. Je m’y suis beaucoup ennuyée et il y a rapidement eu une sorte de rejet réciproque. Dès la maternelle on me reprochait d’être trop discrète et réservée tandis que j’écoutais et observais tranquillement. Encore aujourd’hui, je suis convaincue que la réserve n’est pas un défaut. Arrivée au collège l’obligation de lire des livres fut l’objet d’un nouveau blocage, si bien que j’ai appréciée la lecture et la littérature lorsqu’il ne s’agissait plus d’une obligation mais d’un libre choix. A l’âge de 16 ans j’ai quitté la maison familiale, pour atterrir dans un internat de filles où j’ai enfin pu étudier les arts plastiques et l’histoire de l’art qui m’intéressaient depuis toujours. Je suis ensuite partie à Paris pleine d’espoirs et de motivation, je savais à peu près dans quelle direction j’allais. Durant 5 ans j’ai étudié le design graphique et c’est lors d’un échange à l’Université de Montréal que j’ai eu un déclic. L’atmosphère y était chaleureuse, le vin y était chaud et tous mes professeurs me poussaient à aller plus loin dans ma créativité, quitte à faire des erreurs. Pour la première fois je sentais que je m’épanouissais dans l’illustration, que mes images plaisaient et que l’on m’encourageait à poursuivre dans cette voie. Les encouragements et le fait que l’on porte de l’interêt à mon travail ont été pour moi un énorme moteur dans la suite de ma carrière.

Chômage ou CAC 40 ?

Un an après ce voyage à Montréal, j’obtenais mon diplôme de designer graphique à Paris et honnêtement ma motivation se tournait plutôt vers le CAC 40 que le chômage. Ne mettant pas totalement de côté le design graphique j’ai décidé de me fixer une année complète pour tenter de réussir à gagner ma vie en tant qu’illustratrice freelance. Jusqu’alors on m’avait toujours affirmé qu’on ne pouvait pas vivre décemment de ce métier, que la concurrence y était rude, et les places réduites. Malgré un carnet d’adresse quasiment vide à la sortie de mon école je me suis entreprise dans cette aventure sans trop savoir où cela me mènerait. Aujourd’hui cela fait exactement un an que je me suis lancée et j’ai la satisfaction de pouvoir me dire que je vis de ce métier sans l’avoir volé. Les débuts ont été durs et je n’ai pas échappé aux périodes de gros doutes, mais cela faisait partie du jeu. Maintenant j’alterne entre illustrations pour la presse ( Rue 89, Libération, etc.) et un job régulier dans une agence de motion design.

Sport ou charcut’ ?

De manière générale je n’aime pas les excès, dans le sport autant que dans la nourriture. J’ai été coursière à vélo durant une courte période pour livrer des repas, mais je dois avouer que l’attrait de la nourriture a été bien plus fort que la passion des mollets musclés. Aujourd’hui j’utilise mon vélo et mes mous mollets pour tester de nouveaux restaurants. Définitivement la gastronomie m’apporte plus de bonheur que le sport donc le choix a été vite fait.

Chocolat ou cocaïne ?

Je crois que ma drogue c’est de continuellement faire des choses. J’ai besoin de voir des choses, de faire des choses, de les sentir, de les goûter. J’ai du mal à rester inactive et à ne rien faire. Pour faire tout ça j’ai besoin d’une quantité de sommeil monstre et de quelques cafés, pour le reste je pense que ça se fait tout seul. Je m’entoure de gens qui me stimulent, aussi bien par le biais de mes amis que des clients qui me donnent des défis créatifs.

Illustrations pour Rue89

Drama ou peace&love ?

Définitivement peace & love, je ne comprends pas les personnes qui se complaisent dans le drama. Je n’aime pas les disputes et j’ai l’avantage d’avoir une très mauvaise mémoire, donc je pardonne assez rapidement. Si j’ai oublié c’est que ça ne devait pas être si grave. Dans ma vie j’ai toujours fuit les relations compliquées, chacun doit donner autant sinon ça ne sert à rien, et ça marche aussi bien en amitié qu’en amour. Avant je voyais mes relations amoureuses comme un jeu et ça allait souvent de paire avec le drama, maintenant je vois la relation amoureuse comme une construction dans laquelle je m’épanouie. C’est important pour moi que la personne avec laquelle je partage ma vie me fasse rire et me permette de me dépasser dès que l’occasion s’y présente.

Discothèque ou plateau tv ?

J’aime passer des soirées à regarder un bon film et il est vrai que j’ai un peu de mal avec la foule, du coup les boîtes c’est pas trop mon truc, sauf si la musique est bonne. Je vais plutôt préférer une salle de concert, de cinéma ou de théâtre. Il m’arrive parfois de sortir de ma zone de confort, mais c’est rarement prévisible. Mes ami-e-s ont une place essentielle dans ma vie, j’aime partager avec eux, j’ai donc une préférence pour les soirées posées avec elles/eux.

Illustration pour Well Well Well

C’est quoi ton féminisme ?

Pour moi le féminisme c’est avant tout d’être conscient du déséquilibre et des inégalités entre hommes et femmes, et de ne pas reproduire dans mon quotidien les schémas sexistes et hétéronormés. Etre lesbienne et porter des vêtements qui n’affichent aucun genre n’est pas facile à assumer tous les jours mais j’essaie de m’en moquer et d’en voir le côté positif. Quelque fois, il peut arriver qu’un-e vendeu-r-se ou un-e serveu-r-se s’adresse à moi en pensant que je suis un garçon. Sur le moment, leur ignorance m’énervera et me fera rire à la fois. Je me dis qu’il y a encore du chemin à parcourir sans toutefois remettre en question ma manière d’être ou de m’habiller dans l’espace public. Mon féminisme c’est aussi de ne pas renoncer à mon identité. Je refuse de faire des efforts pour ressembler à ce que l’on pourrait attendre de moi, bien que cela me fasse encore rougir dès que l’on me dit « jeune homme ».

La vie idéale, c’est quoi pour toi ?

Ce serait de continuer à bien vivre de mon travail, et de prendre toujours autant de plaisir à le pratiquer. En bonus j’aimerais bien avoir un gros chat roux et une maison au Canada. Si c’est possible.

Et enfin, parle-nous de tes projets pour les mois à venir.

Il a pas mal de choses qui m’attendent dans les mois à venir, une collaboration avec une maison d’édition va peut-être se concrétiser, des projets éditoriaux vont se poursuivre, une collaboration avec la photographe Marie Rouge se met en place, et aboutira on l’espère sur une exposition. Mais chaque chose en son temps !

Ton site / blog ?

http://cargocollective.com/clemencethune

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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3 Comments

  1. Lud says:

    En plus elle est cool clémence ! Je l ai déjà croisé à la mut, elle est très sympa

  2. Sally says:

    Et bien et bien et bien..

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