Conservative Political Action Committee annual convention in Washington, DC, America - 10 Feb 2012

Carly Fiorina, seule républicaine parmi les républicains

Entre les saillies de Donald Trump, qui s’interroge en plein débat télévisé sur le cycle menstruel de la journaliste qui l’interviewe, et les candidats qui veulent diminuer voire supprimer les subventions fédérales aux plannings familiaux, la campagne des primaires républicaines aux Etats-Unis n’est pas précisément tournée vers les femmes.

Si celles-ci votent massivement pour le candidat démocrate à chaque élection présidentielle (56% pour Barack Obama en 2008 par exemple), probablement refroidies par les positions très marquées à droite sur le droit des femmes dans le camp républicain, l’unique femme candidate aux primaires du Grand Old Party, Carly Fiorina, essaie de faire bouger les lignes.

Ancienne patronne d’Hewlett-Packard, pionnière sur le commerce de musique en ligne en nouant une alliance avec Apple en 2004, Carly Fiorina est ce qu’on appellerait une femme qui a réussi. Elle se lance en politique en devenant la conseillère d’Arnold Schwarzenegger, alors à la tête de la Californie puis de John Mc Cain, candidat malheureux à la course présidentielle en 2008. Sûrement lassée de l’ombre, Carly Fiorina décide de rouler enfin pour elle-même en lançant sa candidature aux primaires républicaines au mois de mai.

Sachant le terrain délaissé par ses adversaires dans la course à la primaire, c’est un mois plus tard qu’elle décide de donner une couleur féministe à sa campagne. Ce « F-word » pour Donald Trump, Jeb Bush ou Rand Paul, pour ne citer que les candidats les plus connus, est utilisée par Carly Fiorina lorsque la campagne accélère en juin et que Donald Trump, considéré comme un simple trublion par l’appareil du parti, devient le candidat préféré dans les sondages. « Le féminisme des origines est avant tout un cri de ralliement pour donner le pouvoir à toutes les femmes. Malheureusement, le féminisme a été progressivement dévoyé pour devenir une idéologie gauchiste dans laquelle les femmes sont montées contre les hommes et tout bonnement considérées comme un moyen de gagner les élections ». Avec une telle déclaration, les cibles de ses propos sont claires : l’establishment républicain qui joue sur du velours dès qu’il parle d’avortement, de contraception, ou de viol (où l’on se rappelle de l’ancien sénateur Todd Akin qui parlait en 2012 de « viol légitime ») et d’Hillary Clinton dont les conseillers ont prévu une campagne rassembleuse sur fond d’exaltation des valeurs progressistes. Entendez une campagne qui défend l’Obamacare et le droit à l’avortement.

La définition du féminisme de Carly Fiorina est probablement plus proche de celle de l’électorat républicain quand elle déclare qu’être féministe « c’est avant tout le droit de choisir la vie que l’on veut mener. Une femme doit pouvoir choisir de rester à la maison et faire l’école à ses enfants ou encore diriger une grande entreprise et de se lancer dans la course à la présidentielle ». Par ce clin d’œil, elle rappelle les remarques sexistes qu’elle a entendu au lancement de sa campagne au sujet d’un journaliste qui s’étonnait de son vernis rose, de ceux qui se demandaient si elle concourait à la vice-présidence ou quand elle rappelait que des réunions du parti républicain avaient parfois lieu dans des clubs de strip-tease il y a quelques années. Plus largement, le programme de Carly Fiorina se veut féministe dans la mesure où elle propose de pouvoir accéder à la pilule sans ordonnance et d’alléger très fortement les impôts dans les entreprises fondées par des femmes. Un féminisme pragmatique diront donc certain(e)s.

Son discours semble fonctionner. Longtemps à « la table des enfants » dans les sondages, Carly Fiorina a marqué des points lors du premier débat télévisuel entre tous les candidats républicains. Elle est désormais dans le top-5 des candidats préférés des sympathisants républicains. La désignation de Carly Fiorina à l’issue des primaires, bien que peu probable, rendrait la bataille plus difficile pour Hillary Clinton. En effet, l’argument-massue qui pousserait à voter pour cette dernière, permettant pour la première fois à une femme d’accéder à la Maison-Blanche, ne tiendrait plus. Une sacré pied de nez au sexisme en politique en somme.

Cet article est le premier d’une série consacrée aux féminismes de droite.

Marie B.

Accro au Scrabble, aimant les rousses façon Faye Reagan, Marie affectionne au moins autant la politique que les romans fin de siècle.

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