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Journal de ma chatte : la chronique vidéo d’un cycle menstruel

Désireuse d’apporter sa pierre à l’édifice de la lutte féministe, Cluny Braun a pris l’initiative de documenter son cycle menstruel à travers une série de vidéos intitulées “Le journal de ma chatte”. Depuis 28 jours, elle poste chaque jour une chronique : de la mooncup à l’exploration de son propre col de l’utérus, de nombreuses questions sont abordées. On aurait tendance à penser qu’aujourd’hui les tabous entourant la vulve, les règles et le cycle menstruel ont été levés… Suivre le journal de Cluny Braun nous prouve bien le contraire. Interview.

BBX : Comment t’est venue l’idée d’un journal de ta chatte ?

Cluny Braun : Il y a eu un ensemble de variables qui m’ont amené à lancer le journal : j’étais prête à arrêter la pilule, j’avais un peu plus de temps au boulot, je cherchais comment “mettre en pratique” mon féminisme. Ce qui m’a vraiment donné l’impulsion c’est la projection de courts métrage dans le cadre d’un festival. Je me suis dit qu’il n’y avait pas de raisons que je me prive de produire quelque chose moi aussi, au risque que ce soit nul. Le cycle menstruel, le sang des règles et l’observation du col de l’utérus étaient des sujets qui m’intéressaient depuis longtemps. J’ai pensé qu’un journal serait à la fois l’occasion pour moi d’observer précisément ce qui se passait mais aussi un prétexte pour aborder ces questions, transmettre un peu mon savoir et encourager une prise de parole. Je voulais que ce soit court et pragmatique.

Il y a 25 ans, Annie Sprinkle proposait aux gens d’observer son col de l’utérus. En quoi est-ce important pour toi? Pourquoi penses-tu que c’est important pour les femmes?

Je pense qu’il y a quelque chose de tristement subversif à ce qu’une femme veuille observer son col de l’utérus comme si le vagin et la vulve étaient un territoire réservé au partenaire sexuel, notamment dans les relations cis et hétéro. Il me semble très important que les femmes se réapproprient des connaissances et un savoir-faire gynécologiques afin de ne pas être à la merci de médecins parfois (souvent ?) maltraitants.

D’où te viennent toutes ces connaissances justement ?

Pour le féminisme, ce sont les blogs qui m’ont formé et les interactions sur les réseaux sociaux. J’ai lu quelques universitaires mais seulement dans un second temps et j’ai jamais autant appris qu’en suivant un débat animé sur Twitter. Cela dit, je pense que la frontière entre les deux est de moins en moins étanches dans le sens où on a accès sur internet à des données universitaires.

Donc, la gynécologie n’est pas ton métier ?

Pas du tout ! J’ai une formation dans le domaine paramédical mais qui n’a rien à voir avec des questions de gynécologie.

Prépares-tu une suite ? Ou d’autres types de vidéos sur le corps ?

Pour le moment rien de précis, mais c’est vrai que c’est une expérience qui m’a beaucoup plu, dans le sens où j’ai l’impression de n’avoir pas seulement transmis mais aussi créé un savoir commun. J’aimerais bien trouver un moyen de continuer à produire/transmettre/apprendre un savoir et un savoir-faire autour de questions féministes : la connaissance de son corps et le contrôle de la reproduction ou l’accueil et l’aide aux victimes d’agression sexuelle ou bien la gestion du sexisme dans une entreprise par exemple.

C’est quoi ton féminisme?

Ça, c’est pas une question facile ! Je crois que mon féminisme est d’abord une aspiration à être moins misogyne, à me détacher de clichés genrés, à être plus libre et à favoriser une sorte de sororité. Mon féminisme est à géométrie variable, il n’est pas une science dure, il s’affirme, se trompe, s’amollit, s’aiguise. En tant que femme cis, hétéro, blanche et plutôt privilégiée j’espère aussi que mon féminisme ne vient pas masquer d’autres revendications.

Ton site / blog ?

lesfluxdeclu.tumblr.com bien sûr !

Sarah

Sarah parle de cul et d'amour mais aussi de bouffe vegan, de genre et de féminisme. Passion vélo et gingembre addict. Nouvellement vidéaste, elle espère flooder la toile de sa vision du porno. Twitter : @sarahdevicomte

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One Comment

  1. timide says:

    Bon là, on se retrouve de façon très clairement effective dans le clivage générationnel 2.0 qui me rappelle inévitablement l’incontournable performer Ovidie si cher à BBX.

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