Ricky & Francesca1

Boy meets Girl, un conte moderne sur la transidentité

Par un dimanche après-midi oisif, je suis tombée sur Boy meets Girl, un film sorti en 2014 et réalisé par Eric Schaeffer. Boy meets girl est une comédie, presque un teenage movie comme on en a vu des dizaines. Trois jeunes, dans le Kentucky : Ricky travaille dans le café de la petite ville, Robby est mécanicien, ils croisent le chemin de Francesca, petite gosse de riche, promise à un marine. Rien de plus banal en somme. Sauf que Ricky est une fille transgenre.

Un conte moderne

Dans les premières scènes du film, Ricky se plaint des garçons. Elle s’identifie à une jeune femme hétérosexuelle et elle déplore et critique auprès de son meilleur ami Robby leur attitude envers les femmes. Elle se demande alors si elle ne ferait pas mieux de sortir avec des filles. Ce premier questionnement pourrait sembler un peu ridicule tant il semble véhiculer de clichés sur les unes et les autres. De même qu’il semble introduire la question de l’orientation sexuelle de façon un peu maladroite.

Comme par miracle, quelques scènes plus tard, Ricky rencontre Francesca. Une jeune fille de bonne famille qui lui apprend très vite qu’elle attend le retour de son héroïque boyfriend (qui se bat pour les Etats-Unis en Afghanistan dans le corps des Marines) pour pouvoir l’épouser. Cette première rencontre a des allures de coup de foudre, les deux femmes se plaisent manifestement et Ricky est troublée par cette rencontre. Robby, le fidèle meilleur ami de la jeune femme transgenre, lui annonce que si elle veut se rapprocher de Francesca, il va lui falloir être honnête et lui dire qu’elle est transsexuelle. Là encore, la scène d’aveu joue sur les stéréotypes incarnés par les différents personnages, c’est par SMS que Ricky révèle qu’elle est une femme transgenre. Expression que ne comprend pas Francesca, il lui faudra insister : « Je suis transsexuelle ». La réaction de Francesca est alors inattendue : No way ! A partir de là, le film bascule dans quelque chose de beaucoup plus intéressant que la classique comédie adolescente.

Francesca, si elle est surprise par la révélation, c’est parce que Ricky est à ses yeux une femme comme les autres. Et ce sera répété à de nombreuses reprises dans le film. Les deux femmes vont vivre une aventure. Toutes deux rêvent de se libérer de la vie qu’elles ont menée : Ricky veut travailler dans la mode à New-York, Francesca aspire à découvrir la vie (et le sexe) avant le mariage. Evidemment, leur liaison n’évitera pas le scandale avec le retour du soldat et une grande scène de révélations sur fond de garden party dans la famille de Francesca. Les protagonistes vont se battre et débattre jusqu’à ce que les choses rentrent dans l’ordre dans le happy ending que l’on est en droit d’attendre d’un tel film et le départ de Ricky pour réaliser son rêve haute couture.

Une exploration des limites du genre et de l’orientation sexuelle

Là où ce film se révèle particulièrement intéressant c’est qu’il permet de questionner une vision binaire du genre et de l’orientation sexuelle. Un pénis fait-il d’un individu un homme ? Telle ou telle pratique sexuelle fait-elle d’un protagoniste un personnage gay/lesbien ? La multitude des situations envisagées permet de poser tout un tas de question, et de les dépasser par un discours implicite extrêmement positif. Les étiquettes : on s’en fiche. Lorsque Francesca embrasse Ricky, elle s’interroge. Est-ce que cela fait d’elle une lesbienne ? Pour Ricky, cela fait juste d’elle un être humain. Ricky est une femme transgenre en pleine transition. C’est-à-dire qu’elle n’est pas opérée. Ce détail a son importance puisqu’il permet d’introduire la question de l’orientation sexuelle.

De Ricky d’abord, dans une discussion où son meilleur ami tente de la persuader que le fait qu’un individu avec un pénis couche avec un individu avec un vagin corresponde à sa conception du sexe hétérosexuel, alors que Ricky s’identifie en tant que femme hétérosexuelle lorsqu’elle fréquente des garçons. Mais pour Robby aussi, lorsqu’il se rendra compte qu’il tombe amoureux de sa meilleure amie. Une des choses particulièrement positives dans ce film, c’est que tous les personnages finissent par dépasser cette vision binaire du genre et de l’orientation sexuelle : les filles vs. les garçons et les hétéros vs. les homos. Il s’agit bien d’accepter ses propres sentiments et l’autre dans sa différence. Le seul personnage ouvertement transphobe se révèle d’ailleurs l’être parce qu’il n’accepte pas son attirance passée pour Ricky.

Une actrice à suivre

Michelle Hendley incarne le personnage de Ricky. Boy meets girl est son premier film. Sa participation au film d’Eric Schaeffer a aussi des allures de conte de fées : elle raconte dans une interview pour OUT Magazine que le réalisateur avait simplement effectué une recherche Google sur les femmes trans pour finir par tomber sur sa chaîne YouTube (ChelleHendley). Dans Boy meets girl, Michelle Hendley sort d’un lac, entièrement nue. Encore un des mérites de ce film, montrer un corps de femme trans, tel qu’il est, sans détour. L’actrice dit que cette scène était non négociable pour le réalisateur. Elle raconte que pour elle, c’est une scène qui dit : « Hey, c’est ça un corps trans. C’est réel et c’est féminin et ça n’attaque la virilité de personne. Voilà ce que je suis. »

Derrière son personnage de Ricky, c’est également la souffrance et la solitude des trans qui sont subtilement abordées lorsqu’on apprend par exemple qu’elle a été abandonnée par sa mère qui ne supportait pas ce qu’elle était.

Boy meets girl n’est peut-être pas un grand film, mais il renouvelle le genre du teenage movie qui d’ordinaire s’appuie sur une vision binaire du genre et de l’orientation sexuelle. En plus d’être le film parfait pour un dimanche après-midi de vacances, c’est également un film qui, l’air de rien, amène ses spectateurs et spectatrices à réfléchir sur ces thématiques.

Leslie

Leslie aime les paradoxes, les gens curieux et la grammaire mais aussi le reblochon et le rugby. Elle écrit sur la vie des gens et les livres. Twitter : @LPreel

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One Comment

  1. Artemisia.g says:

    ouais, suis d’accord c’est vraiment loin d’être un bon film, en c’est niaiseux mais l’actrice principale est chouette et le personnage un peu plus fouillé et complexe que d’hab’. Par contre, ça craint, cette fixette sur les organe génitaux de Ricky: ça va au-delà des questions naïves et “attendues” de la part d’hétéros à la ramasse, et, franchement ça donne le gerbe parfois. Quand elles baisent et que Francesca lui sort “oh tu es douce comme une…”, “mais tu es dur comme un…”, c’est ultra exotisant. Et ensuite cette over-focalisation sur la pénétration qu’il s’agisse de sexe hétéro, lesbien ou pédé, les questions cheloues de la meuf trans à son meilleur pote sur la chatte (“ça mouille comment?” “ça sent comment?”)… J’imagine que c’est pour nous faire comprendre que Ricky est plus attirée par les mecs, mais c’est bien gros. C’est vraiment un film pédago, premier niveau, à l’attention exclusive des hétér@s cis je dirais.

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