KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA

Etre lesbienne à Tel-Aviv

Tel-Aviv, une bulle ? Précisément… Une bulle au milieu du Moyen-Orient, une bulle au sein de l’État d’Israël. Éteignez votre téléviseur, rangez votre Torah/Bible/Coran… Envie de faire la fête toute la nuit ? La ville est à vous !

Une fringale à 2h du matin ? Allez sur Rothschild Boulevard, la promenade calme des noctambules tel-aviviens. En journée vous les y croiserez marchant ou courant, en vélo/roller/skate, avec poussette/chien… En rade de tampax à 3h ? Des supérettes “am :pm” vous attendent à chaque coin de rue, et si la caissière vous parle russe, sa langue maternelle, c’est que votre “shalom” a trahi votre niveau “grand débutant en hébreu”. Une “bulle” car il existe une ville, tout du moins le centre, où les Lgbt peuvent vivre comme tout un chacun – se tenir la main, s’embrasser, se promener en famille – sans craindre des regards tordus ou une agression (hélas Paris…), de même pour les femmes puisque le risque d’agression verbale/physique à 3h du matin seule dans la rue est proche de zéro.

Si Tel-Aviv est une destination à la mode pour les gays, on ne peut en dire autant pour les lesbiennes – françaises en tout cas – et pourtant… La communauté lesbienne est active : deux soirées par semaine en moyenne dans les bars de la ville. Lundi la “Gilda” au Seven Eleven, mercredi au Shpagat – bar gay-mixte à la décoration ultra-kitsch, des soirées régulières en clubs (organisées par Dana ve Anat, Be Proud,…), un bar lesbien (l’Amazona – j’ai noté le grand fumoir avec canapés en cuir faisant plutôt office de baisodrome), et des cafés-restaurants tenus par des lesbiennes(Joz ve Loz, café Sheleg,…). S’il n’existe pas de quartier Lgbt à proprement parler (toute la ville l’est !), l’ensemble de ces lieux dessine une constellation de rues “arc-en-ciel”.

Parlons gay-pride (célébrée vers la mi-juin depuis 1997). Si à Paris, la Marche des Fiertés occupe une seule journée, à Tel-Aviv, les festivités s’échelonnent sur toute une semaine. La veille de la marche, je suis donc conviée au Lima pour la soirée Lez We Can. Le club dispose d’une terrasse joliment décorée de guirlandes, et les filles sont au rendez-vous. J’y croise Rachel, qui a décidé de s’installer ici il y a deux ans, quittant son job de commercial à Paris pour jouir d’un ensoleillement annuel garanti et d’une qualité de vie qu’elle ne trouvait pas en France : “Ici, la vie est chère, au moins autant qu’à Paris. Les loyers sont hors de prix et il n’est pas aisé de trouver du travail. Mais je sors de chez moi et j’ai la plage à 10 minutes, je peux embrasser ma copine dans la rue sans me faire harceler, tout est toujours hyper animé, c’est vivant”. Une animation que je vais pouvoir mesurer dès le lendemain, jour J de la Gaypride.

Tout commence dès 10h, rendez-vous en plein centre de la ville au parc Méir, qui abrite le centre lgbt et des activités régulières de la communauté. C’est la foule : jeunes et moins jeunes, lgbt ou friendly, maquillés aux couleurs-arc-ciel, en drag queen, des poussettes, et une petite scène sur laquelle se succèdent les numéros extravagants et les discours. Une des allées du parc rassemblent les stands des associations militantes. Droits des familles homoparentales, des trans, des jeunes isolés… Chacun distribue ses tracts et ses goodies (grand succès pour le serre-tête rainbow cette année) jusqu’au départ vers 14h30 pour une marche en bord de plage. C’est la 2eme partie de la gay-pride qui commence : danser/manger/boire jusqu’à un peu avant le coucher du soleil…  Les chars, principalement commerciaux, font défiler les apollons aux torses huilés vantant les mérites de boissons sucrées. Pas un char politique à l’horizon mais un déferlement de lesbiennes en maillot de bain. 180 000 personnes participent à cette marche historique, un record de participation pour la ville. Les fêtards se rejoignent au Parc Charles Clore, un immense parvis au dessus duquel a été édifié une scène. Conchita Wurst, marraine de la marche, est invitée à chanter. Drag Queens et danseurs se succèdent, mais je quitte rapidement la foule à la recherche d’une atmosphère moins frénétique.

Le soir même, mes compagnons de voyage m’invitent à les suivre dans une tournée des bars gays. Serveurs torses nus, Dance music à fond les ballons, shot de vodka fraise et néons bleutés, je décide rapidement de m’éclipser. Je suis déçue qu’aucune soirée lesbienne n’ait lieu ce soir mais ce n’est que partie remise. Une amie me met en relation avec Anat Nir, créatrice de Dana ve Anat, un collectif qui joue un rôle clé pour les lesbiennes israéliennes depuis onze ans. En plus d’organiser de soirées régulières, de gérer le Tel Aviv Gay Vibe (le site d’information lgbt de référence notamment pour les évènements lgbt), de participer à la mise en place de la Gay pride (animations/stands le long du parcours, soirée), de programmer un festival de cinéma Lethal Lesbian (en octobre), Anat œuvre pour faire venir les Dj les plus prestigieuses à Tel-Aviv. La soirée SHE.J a fait jouer Miss Kittin et Peaches en Israël… Outre leurs flyers et teasers drôles et colorés, elles offrent une belle visibilité aux lesbiennes et dynamisent un offre LGBT principalement réservée aux gays. Anat me donne rendez-vous  le lendemain après-midi pour sa soirée “Stay Kuli” au Kuli Alma.

Anat Nir

Le Kuli Alma, caché dans une ruelle sombre, est un endroit atypique. En sous-sol, il offre une terrasse extérieure bordée de plantes et de graffitis sur laquelle des filles sirotent des Rhums givrés, et un club en intérieur où se déhanchent une petite centaine de clubbeuses. Il est 15H30 et la fête bat son plein au soleil ! J’y croise Anat et en profite pour lui poser quelques questions sur les droits des lesbiennes en Israël. La situation a de quoi surprendre. Si les israéliennes disposent de la PMA,  le mariage civil n’existe pas (le mariage est uniquement religieux). Impossible donc pour les couples de même sexe de se marier. Il existe des alternatives, mais aucune n’est réellement satisfaisantes ni égalitaires : reconnaissance de concubinage, un mariage civil à l’étranger… Leslie, française en villégiature à Tel-Aviv, ne semble pas surprise : “Le poids de la religion sur les institutions est très lourd ici, il est absolument inenvisageable que le mariage gay soit voté un jour. En revanche, l’homosexualité n’est pas vue si négativement par les familles. Ma grand-mère de 82 ans sait que je suis lesbienne et me soutient”.

Autre point problématique, l’immobilier à Tel-Aviv atteint des sommets inaccessibles, et même les quartiers auparavant populaires (Jaffa et Florentine, dans la partie Sud de Tel-Aviv) se gentrifient, les lesbiennes et particulièrement les familles sont donc peu à peu poussées hors de la bulle… Tout n’est pas si rose dans la “Pink City”…

 

L.

Be Sociable, Share!

4 Comments

  1. Artemisia.g says:

    Youhou! Vive le pinkwashing!

  2. June says:

    Ouais gros Pinkwashing. C’est vraiment crade. Et être lesbienne en Palestine? ou comment se faire coloniser par israël, se faire expulser de ses terres, se faire assassiner par l’armée israëlienne et j’en passe. Le soit disant état d’israël super tolérant c’est le même qui assassine les LGBTI en Palestine.
    Un article sur la rapeuse lesbienne et militante Invincible ça aurait été bien mieux.
    http://youtu.be/MepX0PcjzfA

  3. Lého says:

    Ce commentaire est profondément antisémite mais a part ça tout le monde s’en fout… congrats

  4. Lého says:

    que cette charmante jeune fille aille essayer d’embrasser une nana en Territoire palestinien et après on en reparle…

Leave a Comment

*