HEADER LA BELLE SAISON

La Belle Saison : un hommage à l’émancipation des femmes

Après une communication discrète mais ô combien efficace pour attiser notre curiosité, dont un changement de casting remplaçant Adèle Haenel par Izia Higelin pour donner la réplique à Cécile de France, nous avons voulu découvrir ce que valait le film lesbien La Belle Saison. Barbieturix était à l’avant-première parisienne en présence de l’équipe du film, voici nos impressions.

UN CASTING 5 ETOILES

La Belle Saison met la barre haute d’emblée avec ses trois têtes d’affiche talentueuses qui permettent d’attirer un public large. Malgré de nombreux films à son actif, Cécile de France a marqué les esprits suite à sa prestation dans l’Auberge Espagnole de Cédric Klapisch. Elle y tenait le rôle d’Isabelle, colocataire lesbienne de Xavier (Romain Duris), à la vie sociale et sexuelle épanouie. On s’en souvient encore. Et pour cause, ce rôle lui a valu le César du meilleur espoir féminin en 2003. Le grand public découvre Izia en 2010, lorsqu’elle remporte à 19 ans deux Victoire de la musique, catégorie pop/rock. Elle est aussi réputée pour son caractère bien trempé. Cela lui permet d’obtenir le rôle principal dans le film Mauvaise fille de Patrick Mille, et le César du meilleur espoir féminin en 2013. Noémie Lvovsky, ancienne élève de la Fémis, a une cinquantaine de films et de courts-métrages à son actif. Son rôle est l’un des plus importants dans la Belle Saison. Elle confronte les personnages principaux à leurs propres peurs.

En coulisses, c’est Catherine Corsini qui est à la réalisation avec plus de 30 ans de carrière dans le cinéma. On lui doit notamment les films La Nouvelle Eve avec Karin Viard ou encore le crypto-lesbien La Répétition avec Emmanuelle Béart. La Belle Saison est son premier film fiction en partie autobiographique traitant frontalement d’homosexualité. Notons que c’est également sa première collaboration avec la productrice Elisabeth Perez qui est aussi sa compagne.

UN FILM POLITIQUE

La Belle Saison s’ouvre sur Delphine (Izia) conduisant son tracteur dans la campagne limousine. Cette dernière vit et travaille avec ses parents paysans qui souhaitent qu’elle épouse un jeune homme. 1971 : elle monte à Paris pour s’émanciper du carcan familial et gagner son indépendance financière. Elle y rencontre Carole (Cécile de France), une parisienne qui vit activement les débuts du féminisme. Très rapidement, le désir qu’elles éprouvent l’une pour l’autre va faire basculer leurs vies.

 

Ce que l’on retient du film est avant tout sa qualité, chose plutôt rare lorsque l’on traite d’un film lesbien. Il est divertissant tout en étant instructif. Énergique aussi, il évite l’ennui que l’on peut ressentir après le visionnage de certains films français.

Delphine et Carole vont jusqu’au bout de leur passion sans passer pour des bonnes copines. Même si Izia qui a avoué avoir eu beaucoup de difficultés à tourner des scènes intimes, le jeu des actrices est éclatant et sensuel. Les personnages sont confrontés à des contradictions s’inscrivant parfaitement dans l’air du temps. Delphine a souhaité rejoindre Paris pour exprimer ce qu’elle veut être tandis que sa campagne natale la ramène à ce qu’elle est véritablement. Carole, pourtant engagée politiquement et courageuse pour les autres a du mal à défendre « sa cause » dans la vie privée. Elle se bat pour être libre mais entretient une relation de profonde dépendance avec Delphine. La pression sociale et la mère de Delphine viennent cristalliser la question de la prise de décision.

Les scènes politiques sont traitées avec justesse et réalisme grâce aux nombreuses recherches réalisées en amont auprès de femmes agricultrices et de féministes de la première heure. Les prénoms des personnages principaux rendent hommage au travail de Delphine Seyrig, actrice, réalisatrice et militante féministe, et Carole Roussopoulos, première vidéaste à avoir filmé les luttes des femmes et le premier défilé homosexuel en marge du rassemblement du 1er mai 1970. De nombreuses références sont revisitées, comme la conférence pro-vie du professeur Lejeune, les actions féministes, le MLF, les actions du FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire) ou encore l’hymne des femmes… Une attention particulière a été accordée au casting de la figuration, puisque des femmes réellement impliquées dans les mouvements féministes et LGBT ont été privilégiées. Les scènes tournées à la campagne montrent de réels paysans. Pour plus de réalisme et parce que cela permet d’insister sur le décalage entre Paris, où tout se joue, et l’endroit perdu, secret, où le temps est suspendu, que les luttes féministes n’ont pas encore atteint.

La Belle Saison est un film ambitieux, car il veut traiter trois sujets qui mériteraient un film à eux seuls. Si l’opposition entre Delphine et Carole sur fond d’éveil du féminisme fonctionne plutôt très bien dans un Paris des années 70, le volet à la campagne manque de profondeur car trop masculinisé, alors que le film avait évité jusque là cette dualité homme/femme. La Belle Saison permet tout de même de rendre compte d’une situation qui est encore d’actualité pour bon nombre de personnes : la douleur de dire et de vivre son homosexualité. Autre leçon du film que certain.e.s ont tendance à oublier : beaucoup des acquis actuels sont le résultat de femmes qui se sont battues, engagées, et un grand nombre d’entre elles étaient homosexuelles.

Sortie nationale de La Belle Saison : le 19 août 2015.

Emmanuelle

Globe-trotteuse sur-diplômée touche-à-tout (nous n'avons toujours pas compris quel était son vrai métier). Un quart geek, un quart TDAH, un quart Taubira et un quart Ted Mosby ascendant Barney Stinson. Twitter : @emmanuellecamp0

Plus d'articles

Leave a Comment

*