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Tribune : “Cathos, reprenez votre mariage”

Une institution vieille de plusieurs milliers d’années est-elle encore sous garantie ? Si oui, reprenez-le, mais reprenez-le vraiment, du genre sortez-le de la loi et laissez-nous la place pour inventer nos propres idéaux. Et pour créer une égalité réelle, pas une compétition entre des minorités, puisqu’on est dans les revendications d’absolu. C’est peut-être rêver ou espérer la lune mais c’est l’été, on a le droit de veiller tard ET de dormir longtemps. Et par trente-cinq degrés, on rêve sans concessions.

Quand j’enfilais la robe, la dentelle chuchotait et froufroutait doucement. Des soupirs, des promesses de victoire et d’amour. Doucement, je dansais sous un filtre arc-en-ciel. C’était le 23 avril 2013, c’était le 26 juin de cette année. Soudain, fracas sous mes fenêtres. Une armée de bigots parade sans complexe en hurlant « Papa! » et « Maman ! », ils cassent tout chez moi et je crois ne pouvoir que les regarder faire, cachée au fond de mon placard. Mais non, je sors, je crie, je les chasse et comme de gros oiseaux patauds, ils piaillent et ils s’envolent.

Réveil brutal, la gorge sèche, le front en sueur, en pleine nuit caniculaire. Plus que la soif ou le sommeil, ma langue a le goût d’amertume. Et pourtant, la bataille est gagnée. Au milieu de la nuit, je suis assaillie par le doute : mais, pourtant, j’ai gagné la bataille. J’ai gagné le droit d’aimer – pardon, le droit de sceller un contrat socio-économique avec une personne du même genre que le mien. Ma minorité a gagné.

Gagné, et gagné quoi ? L’égalité, très bien. La clé pour une institution si laïque qu’au moindre effleurement de serrure les Défriches Catho et les Priestine Boudin de tout le pays s’empressent de déverser leur haine jusque dans le caniveau. Le droit d’entrer en grande pompe dans une machine historiquement conçue pour asservir mon genre.

Gagné, mais contre qui ? Contre les bigots, sur l’ignorance. Mais contre les étrangers, aussi. Le gouvernement a préféré mon mariage à leur droit de vote et maintenant je me sens comme Miss Minorités, engoncée dans un maillot de bain étroit et qui me gratte.

Alors de l’ongle, je frotte cette couche élastique d’hétéronormativité, plus fort jusqu’à y faire de petits trous, j’effleure du bout des doigts des possibilités d’un genre nouveau. Je saute la barrière blanche de mon pavillon de banlieue, je laisse le labrador à la banquière, et je rejoins les mauvaises lesbiennes, les trop fems, les trop butchs, les gouines sans humour, les unions infertiles, les same-gender lovers, les trans, les queers et les enbys, les trop grosses, trop poilues, trop pauvres et les pas assez blanches, les identités souterraines et fortes, invisibles mais bien plus grandes que les petites concessions que l’Etat se résigne à m’offrir.

Nos boucliers se sont levés lorsque nous avons pensés êtres coincées dans une voie à sens unique. Pour nous, pour une amie, pour un amour, pour protéger nos vies déjà cabossées de violence, attaquées par quelques poulets qui se rêvaient oiseaux de proie. L’égalité pour tous, oui, mais il est temps que l’égalité puisse voir plus loin que nous contre eux, de sortir des schémas que d’autres ont dessiné pour nous.

Les volatiles au grand bec pourront ébouriffer leurs plumes jusqu’à y disparaître, je ne me battrai plus pour partager les miettes d’un sandwich vieux de plus de deux mille ans. Je casserai mes semelles, ma voix et leurs oreilles pour l’imagination, pour l’abolition du genre dans l’état civil et des amours sans présomption de sexe, l’amour sans sexe du tout ou des histoires plurielles, des co-parentalités créatives et des relations non-capitalisées, une autre option pour les uns que de devoir utiliser les autres comme marchepied vers un semblant d’égalité.

Plutôt m’écorcher les mains à tenter de sortir de ces aspirations bien intégrées à vivre mon Instant Spécial© standardisé Disney, que rester à croupir dans le confort de la tombe de nos potentialités.

 

Arsène M.

Rat de bibliothèque végan, Arsène dévore quand même tout ce qui est relié en queer. Iel passe beaucoup de temps à mettre du désordre dans ses mots et de l’ordre dans ses pensées.

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3 Comments

  1. timide says:

    ou bien, je dirais même plus : “Mariage, reprenez vos Cathos !”

  2. Antigone says:

    Le mariage, vieille institution déclinante, qui en dix ans, est passée de 278 439 à 241 000* couples mariés.

    *Source : Insee

  3. Maya says:

    Et si l’on pensait le mariage d’abord comme l’institution organisée dans le code civil, évolution résolument laïque d’une institution à l’origine religieuse. Mais tout, au final, à une origine + ou – religieuse, ça ne fait pas si longtemps que l’humain s’affranchit de la nécessité des croyances. Bref, le mariage, cadre civil optionnel réfléchi pour organiser la vie d’un couple, quel qu’il soit, et le(s) fruit(s) de ces couples : les enfants, le patrimoine, mais également le droit de prendre des décisions pour l’autre s’il n’avait plus toute sa tête en fin de vie. Alors oui, peut-être aurait-il fallu changer de mot pour qualifier cette alliance, ce contrat cadre ? ou aurait-ce été juste hypocrite de changer le label pour conserver le fond ? Mariage pour tous, toutes, et surtout aussi (mais également chez les hétéros) droit de ne pas rentrer dans ce moule. Se marier est lourd de conséquence. On ne divorce pas comme on quitte quelqu’un. Ce ne sont pas que des frais d’avocats.Se marier ça peut être toute une histoire. Une catastrophe comme un truc très joli. Perso, en à peine 7 ans on a déjà eu le temps de frôler le premier cas de figure, de se quitter pour finalement réussir à transcender notre histoire. C’est chouette que tout le monde puisse y avoir accès, au mariage.(ce qui n’empêche pas d’inventer un autre cadre encore, pourquoi pas, au contraire).

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