Roberel

Avis aux adeptes de l’encre : on parle tattoo avec Roberel !

En quelques années, l’art du tatouage s’est affirmé et démocratisé. En France, le nombre de tatoués a centuplé en 20 ans et on assiste à la naissance d’une toute nouvelle génération d’artistes dont Roberel fait partie. Avec beaucoup de finesse et un vrai souci du détail, elle peaufine passionnément son artisanat de graveuse de peau de Montréal à Paris, en passant par Biarritz, où elle vient d’ouvrir son propre salon, l’Artisan Tatoueur. Rencontre.

L’univers de cette tatoueuse touche à tout et prolifique s’inspire du savoir-faire des inuits (gravures, estampes), de la ligne claire et, de manière générale, de toutes sortes d’imageries. Sur Paris, elle officiait au salon Dragon Tattoo. Elle vient à présent de poser ses valises au pays basque, pour lancer l’Artisan Tatoueur, un salon convivial, qu’elle tient avec sa moitié.

BBX : Quel est ton parcours et depuis combien de temps tatoues-tu ?

Roberel : Cela fait maintenant 5 ans que je suis tatoueuse. Avant cela j’ai été directrice artistique dans une petite boite de déco : ce n’était pas vraiment de l’art, mais je dessinais déjà beaucoup. En fait je crois que je dessine depuis que j’ai l’âge de tenir un crayon. En 2007 je suis DA – c’est l’époque où je sors cette affreuse collection d’Audrey Hepburn façon PopArt qui malheureusement cartonne – je commence donc très visiblement à m’essouffler ! Je pars donc faire un break d’un mois à New York. Là bas, je rencontre la tatoueuse Stephanie Tamez, dans un restaurant lors d’un diner entre amis. Une fille géniale : le courant passe super bien. Le lendemain je décide d’aller la saluer à son salon, New York Adorned. Là, elle me montre de vieilles gravures de cirque faisant référence aux conversations que nous avions eues la veille. Elle me propose de m’offrir un tattoo de l’une d’entre elles, sur l’instant. Au moment où elle commence à me tatouer ce petit funambule sur mon poignet, c’est la révélation. Jesus reviens, j’entends des cloches, je vois la vierge Marie (qui est black et trop bonne soit dit en passant) enfin bref j’ai une épiphanie absolue et je comprends que je vais devenir tatoueuse. Je rentre à Paris, plaque tout, Audrey Hepburn aux oubliettes, je dégotte, non sans mal, un apprentissage dans les streets shops des Halles. L’aventure commence !

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Tout ce que je vois. Une illustration dans un vieux recueil botanique, toutes les belles gravures, une tapisserie, une vitrine de magasin, et même les gens, les gestes, les paroles innocemment insolites que peuvent lâcher mes amis. Comme «Une fourmi dans un champs de Maïs» récemment lâché par une amie, qui a permit à ce dessin de voir le jour.


La gravure et l’estampe sont deux procédés qui m’intéressent, de par leur similitude avec mon artisanat. Particulièrement le travail des inuits de l’île de Baffin. Mon unique idole s’appelle Kenojuak Ashevak (photo) dont les représentations en deux dimensions des légendes inuits sont à couper le souffle de beauté et de simplicité.

Tu es réputée pour réaliser des traits extrêmement fins : c’était un choix de ta part de travailler comme ça ? Comment est-ce vu par la profession ? Y a t-il plusieurs écoles ?

Dès le début, j’ai essayé de travailler avec des aiguilles très fines afin d’être au plus proche du rendu de la ligne claire que l’on peut retrouver dans l’illustration / la BD.
Mon attachement pour les gravures et leur minutie m’a également amenée à vouloir retranscrire ce souci du détail dans le tatouage. Techniquement cela n’est possible qu’avec des aiguilles très fines. Après, c’est vrai que cela rend le travail beaucoup plus complexe car faire un rond avec un posca c’est forcément beaucoup plus simple qu’avec un rottering en 0.05 !

Pas mal de tatoueurs continuent de refuser des dessins extrêmement fins ou complexes. Ils diront que c’est impossible – en réalité ils n’en sont pas capables. D’autres diront également que les tatouages fins avec beaucoup de détails vieillissent très mal. Absurde puisqu’un tatouage s’épaissit toujours légèrement avec le temps et qu’il vaut donc mieux le réaliser le plus finement possible et appréhender cet épaississement dans le travail des détails. Il s’agit, je pense, de l’ancienne école qui n’apprécie guère l’arrivée dans leur milieu d’une nouvelle génération de tatoueurs venant du graphisme ou de l’illustration. Nous sommes effectivement de plus en plus nombreux à pratiquer ce « nouveau » courant: Liam Sparkes en est la figure emblématique, il y a également l’incroyable travail de Léa Nahon ou encore celui de Maud Dardeau et bien d’autres.

Un bon tatoueur doit savoir prendre mille précautions avec le corps humain. Ça doit faire bizarre de voir tant de chair, non ?

J’avoue que je ne m’étais absolument pas penchée sur cette question avant de me mettre à exercer ce métier. Mais effectivement ce n’est pas rien. Surtout pour une personne assez pudique comme moi. Après quelques tattoos, on oublie complètement ce facteur là pour laisser place à l’importance du contact avec la peau : les différences que je remarque d’une personne à une autre sont incroyables, pareil pour les énergies. Il y a autant de types de peau qu’il y a de sortes de papier : les possibilités de grains et de couleur sont infinies, il est donc impossible de tatouer d’une seule manière, il faut toujours s’adapter.

Les gens te racontent-ils beaucoup leurs histoire lorsqu’ils viennent se faire tatouer ?

Les gens me confient leurs corps pour raconter une histoire intime, parfois heureuse, parfois malheureuse. Peu importe l’histoire, la confiance qui m’est alors offerte est très belle et précieuse. Après il y a aussi pas mal de gens qui n’accordent aucun symbolisme particulier à leur tattoo, mais parfois la rencontre peut s’avérer aussi hyper cool.

 As-tu un rapport particulier avec la communauté LGBT++ ?

Je fais partie de cette communauté. J’ai participé à nos combats, avec plus d’intensité il y a deux ans. Ces nouveaux droits durement et difficilement acquis m’ont permis de me marier. Je suis fière et incroyablement chanceuse d’avoir rencontré mon épouse mais nous ne serons comblées que lorsque la totalité de l’égalité des droits sera enfin acquise. En soirée, c’est vrai que c’est toujours hyper marrant de s’apercevoir que pas mal de monde portent mes tattoos. C’est grâce à elles que j’ai pu débuter : lors de mon apprentissage à Châtelet, j’avais besoin de cobayes, les gouines ont joué le jeu ! Alors merci les meufs !

Où te projettes-tu dans dix ans ?

Dans la coopérative du Cap Dorset, sur l’île de Baffin, une petite pioche à la main, en train d’apprendre les techniques inuits d’estampes !

 

Merci Roberel :)

L’Artisan Tatoueur 

33 Avenue de Verdun, 64200 Biarritz

 

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3 Comments

  1. Isengrin says:

    GROS coup de coeur ! J’adore son trait, ses oeuvres, c’est absolument magnifique.
    Merci pour cette découverte.

  2. Marion says:

    Super ! Je crois que j’ai trouvé ma tatoueuse !
    Je cherchais ce style graphique, fin et proche de la BD.
    A la base j’en avais sélectionné un autre, sur Paris aussi, très connu, mais il choisit ses clients car il est trop demandé du coup je n’ai pas été retenue.

  3. fred says:

    C’est aussi ma tatoueuse, juste géniale.

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