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Drôles et féministes : Tina Fey, Amy Poehler et Amy Schumer

Une des critiques les plus fréquemment adressées aux féministes, c’est de manquer d’humour. Ou plutôt, on reprochera toujours à une femme soulignant une remarque machiste de confondre sexisme et boutade. A croire que le stéréotype de la féministe austère a la vie dure (encore un !).

Pourtant, de nombreuses humoristes francophones tendent à nous prouver le contraire : Oceanerosemarie et Shirley Souagnon, Charlotte de Bruges et ses innombrables blogs lolesques,  les webséries “Camweb” ou “Le Meufisme”. Si le phénomène reste timide en France, depuis quelques temps émerge aux Etats-Unis une nouvelle génération de comiques qui savent faire rire et réfléchir en même temps. Présentation de trois d’entre elles.

Tina Fey et Amy Poehler

Tina Fey et Amy Poehler ont beaucoup de points communs. Elles sont toutes deux les stars de deux TV shows très regardés : 30 Rock et Parks and Recreation. Elles ont toutes les deux été révélées par l’émission de divertissement Saturday Night Live. Elles ont présenté côte à côte la cérémonie des Golden Globes trois ans de suite. Elles seront ensemble à l’affiche d’une comédie qui s’annonce hilarante et qui sortira le 3 février prochain : Sisters, dont la bande annonce est d’ailleurs visible depuis hier. Elles y joueront des sœurs fêtardes que tout oppose.

Tina Fey et Amy Poehler sont des femmes qui comptent à Hollywood. Tina Fey et Amy Poehler sont drôles, elles sont brillantes, mais surtout, surtout, elles sont féministes. Elles ont compris qu’elles pouvaient utiliser l’humour pour pointer du doigt les inégalités entre les hommes et les femmes. En 2014, elles avaient été très remarquées pour s’être moquées du goût prononcé de Leonardo Di Caprio pour les mannequins plus jeunes que lui : « Like a supermodel’s vagina, let’s all give a warm welcome to Leonardo Di Caprio» (Tel le vagin d’un top model, faisons un accueil chaleureux à Leonardo Di Caprio). On se souviendra de leur grinçant discours d’ouverture de la cérémonie des Golden Globes 2015 où elles n’avaient pas manqué d’égratigner George Clooney, Emma Stone, Joaquim Phoenix entre autres et où elles avaient envoyé de nombreuses piques à Bill Cosby qui venait d’être accusé de viol par treize femmes. Leur présentation de la cérémonie dénonçait les différences de traitement entre les femmes et les hommes à Hollywood, insistant sur le culte de la jeunesse ou de l’apparence dans la télévision et le cinéma.

Le 14 juillet, Amy Poehler et Tina Fey ont participé à un jeu orchestré par Jimmy Fallon, dans le Tonight Show qui s’est révélé particulièrement drôle. Elles commençaient la promotion de leur film Sisters. Soulignons également que c’est Amy Poehler qui fait la voix américaine de Joy dans le film d’animation Vice Versa (Inside Out en VO).

Amy Schumer

Amy Schumer aussi a tout pour devenir une icône féministe. C’est la révélation humour de ces dernières années : on l’a vue dans de petits rôles dans 30 Rock ou Girls et depuis 2012, la chaîne Comedy Central diffuse son propre spectacle de stand-up Mostly Sex Stuff dans lequel, comme le titre l’annonce, elle aborde sans tabou et sans vulgarité la sexualité de la vraie vie. « I talk about life and sex and personal stories and stuff everybody can relate to, and some can’t » (Je parle de la vie et de sexe et d’histoires personnelles, des choses dans lesquelles tout le monde peut se reconnaître, ou pas).

La même année, elle commence à travailler à une série de sketches pour la même chaîne : Inside Amy Schumer qui sera diffusé en 2013 et qui en est désormais à sa troisième saison. Le premier épisode de la troisième saison, intitulé Milk, Milk, Lemonade était une parodie (extrêmement bien écrite et réalisée) des clips de rap sexistes à la gloire du booty, grande tendance de l’année 2014. La rythmique est impeccable et les paroles sérieuses, jusqu’à la phrase « This is where my poop goes out ». De quoi rappeler que le corps de la femme n’est pas un simple objet de fantasme et de désir. Et d’en rire.

Mention spéciale également à sa parodie de 12 Angry Men dans laquelle des hommes discutent pour savoir si Amy Schumer est assez jolie pour avoir son propre show à la télé. « She’s not a 10 ! » s’exclame l’un des personnages, clin d’oeil aux critiques dont elle est l’objet quant à son physique. (On remarquera également le passage concernant la fabrication du godemichet. « Why even make those things ? Women don’t need orgasm ! »).

Amy Schumer sera à l’affiche de Trainwreck, film qu’elle a écrit et dans lequel elle tiendra le premier rôle et qui devrait sortir en France le 18 novembre 2015. Amy Schumer y incarnera une trentenaire décomplexée qui enchaîne les conquêtes. Le film qui se concentre sur un personnage principal féminin renouvelle le genre de la comédie potache et s’annonce rafraîchissant.

Du féminisme en prime-time

Last but not least, soulignons le sketch très drôle dans lequel Amy Schumer côtoie Tina Fey et Patricia Arquette (dont le discours concernant le salaire des actrices lors de la dernière cérémonie des Oscars a été très remarqué) et qui aborde la date de péremption des actrices : Last Fuckable Day. Les actrices sont réunies pour célébrer le dernier jour de baisabilité de l’actrice Julia Louis-Dreyfus, l’actrice de la série Veep. Comme elle l’explique à la jeune et incrédule Amy : « In every actress’ life, the media decides when you finally reach the point when you’re not believably fuckable anymore. » (Dans la vie de chaque actrice, les medias décident quand tu as finalement atteint le point où tu n’es plus vraisemblablement baisable).

Cette simple phrase constitue un énorme pied de nez (pour le dire poliment) à l’industrie du cinéma. Et ces dames de conclure, en réponse à l’innocente question de Schumer concernant la date de péremption des hommes : « They’re fuckable forever. » (Ils sont baisables pour toujours.), soulignant encore une fois les inégalités de traitement entre les hommes et les femmes.

On aurait pu également parler de Jessica Williams, de Kristen Schaal, de Wanda Sykes, de Chelsea Handler ou encore de Sarah Silverman. Ou même de la lesbienne la plus influente des Etats-Unis, Ellen DeGeneres. Toutes ces femmes proposent un féminisme fun et léger qui contribue à bousculer le cliché de la féministe revêche et austère. Mais on est tout de même en droit de se demander si le fait que les femmes doivent nécessairement être drôles pour défendre la cause du féminisme et faire passer leur message n’est pas le signe que la société n’est pas tout à fait prête à traiter des inégalités femme/homme de façon frontale. Le rire est certes une arme, mais une arme qui blesse peut-être moins le patriarcat qu’un engagement véritablement politique.

 

 

Leslie

Leslie aime les paradoxes, les gens curieux et la grammaire mais aussi le reblochon et le rugby. Elle écrit sur la vie des gens et les livres. Twitter : @LPreel

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3 Comments

  1. MAB says:

    “Le rire est certes une arme, mais une arme qui blesse peut-être moins le patriarcat qu’un engagement véritablement politique.”?
    Je ne pense pas. Le féminisme n’a pas à être forcément politique pour être efficace. En fait, je me demande même si il n’y a pas meilleure arme que de tenter de changer les choses de l’intérieur, avec de l’humour, de meilleurs personnages de séries, de films et d’animations.

    Évidemment, la majorité des gens n’est pas politisée est n’est pas prête à l’être. Être politisé.e, au final, concerne une assez petite minorité de personnes éduquées. ça requiert des connaissances, des lectures, et un certain background (et quand on voit les chiffres de vente des livres….)

    Si on veut faire tomber le patriarcat, il faut le pénétrer par tous les côtés, et utiliser toutes ses propres armes contre lui (des armes comme l’humour, et le traitement des personnes femmes dans les médias et…la politique).

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