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Sense 8 : la série très friendly des Wachowski

Et si l’humanité était amenée à évoluer ? Les Wachowski, créateurs de la trilogie Matrix, à qui l’on doit également le sulfureux Bound, le bouillonnant Cloud Atlas (et le bien moins exalté Jupiter Ascending), reviennent sur le petit écran avec une série chorale et sublime, fidèle à leurs obsessions.

La série met en scène huit personnages, dispersés à travers le monde : Riley, une DJette islandaise installée à Londres, Will un flic à Chicago, Lito, un acteur de télénovela mexicain, Kala, une riche Indienne sur le point de se marier, Wolfgang, un malfrat berlinois, Capheus, un conducteur de bus Nigérian, Sun, une Sud Coréenne fille d’un grand patron, et (notre préférée) Nomi, une ancienne hackeuse de San Francisco, trans MtoF.

Tout ce beau monde se retrouve un jour inter-connecté par une mystérieuse femme (Daryl Hannah). Ils découvrent alors progressivement qu’ils partagent leurs pensées et émotions, peuvent communiquer par télépathie, mais aussi interagir à distance, lorsque l’un des leurs est en danger. Mais très vite, un mystérieux messager les met en garde : ils sont désormais “sensitifs” et quelqu’un chercher à les supprimer…

A mi-chemin entre le drame, le thriller et la comédie, l’intrigue se déplie sans se presser, laissant au spectateur le temps de faire connaissance avec les personnages, complexes et attachants. Les trois premiers épisodes ne s’appliquent effectivement qu’à capter l’intimité des personnages, déployant flash-back et moments de vie, avant de distiller, au compte goutte, des indices sur cette mystérieuse connexion qui les lie. On découvre ainsi le dilemme intérieur d’un acteur obligé de dissimuler son homosexualité pour préserver sa carrière, le parcours difficile d’une trans rejetée par sa famille ou le combat d’une jeune femme face au deuil. Des intrigues empathiques mais pas pathos, qui dispensent des messages forts portés par des idéaux de tolérance, d’anti-sexisme et de non-violence.

Tantôt lyrique, tantôt mystique, la série s’aventure dans de rares mais époustouflantes séquences chorales, portées par un montage cadencé, qui n’est pas sans rappeler celui de la trilogie Matrix. On pense notamment à la scène de combat au Nigeria, captivante par sa maitrise, ou à celle où, émus par un morceau de musique classique, les personnages revivent un à un le moment de leur premier souffle.

“J’ai vu une œuvre qui tente d’abattre les frontières entre les êtres humains, de dépasser ce qui nous divise, comme nos orientations sexuelles, pour nous imaginer ne faisant plus qu’un.” confiait Daryl Hannah à Télérama. Un brin grandiloquente, mais sincèrement exaltée, la série a en effet pour ambition de dénoncer l’individualisme contemporain pour prôner une solidarité à l’échelle mondiale. Un discours qui s’appuie sur des dialogues parfois un brin didactiques. Car l’échange est au centre de cette série à messages, où les questions de genre, d’identité, de politique et de progrès sont portées par de longues conversations entre les personnages, si différents et pourtant si proches. Évidemment, on devine en sous-texte l’engagement du frère et de la sœur pour davantage d’égalité, entre les sexes, les classes et les peuples…

Il y a seize ans, Lana et Andy Wachowski révolutionnaient la science-fiction avec Matrix. Mais depuis, entre fresque métaphysique obscure et blockbuster mainstream, le duo avait du mal à renouer avec le succès. Il faut dire que le frère et la sœur ont toujours vu grand, se lançant dans des projets d’envergure, quitte à étirer le récit jusqu’à trois pénibles heures ou à sacrifier le scénario au profit d’un sensationnalisme esthétique.

Avec Sense8, les voilà enfin en phase avec un format adapté à leur art : sans contrainte de durée, le récit s’étire et se développe, en douceur, portée par une bande-son merveilleuse, des élans stylistiques bluffants et un message fort : la tolérance et l’amour comme force universelle.  On aurait presque envie de se laisser naïvement convaincre de la beauté d’une telle vision du monde.

 

 

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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One Comment

  1. timide says:

    Et … les Wachowski, créateurs de l’inégalable “Bound” (Plus Queer-Dyke tu meurs), et célèbre pour son passage au festival du film américain de Deauville en 1996, époque où Andy travaillait encore au côté de Larry.

    Je veux le mentionner sur BBX-web parce que la transition Wachovski est au coeur de ma génération, ce n’est pas anodin dans l’art du cinéma, du 7è art …

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