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Barbie du mois: Elena Moaty

L’esthétique pastel des peintures d’Elena Moaty a quelque chose de trompeur. Si l’artiste joue avec les codes de l’enfance et du féérique, c’est pour mieux laisser transparaître une réalité étouffante où les femmes sont toujours représentées confinées.

Quelle est la place des femmes dans l’espace ? Les traits, à l’allure parfois enfantine, contrastent avec la sensation d’enfermement qui jalonne ses tableaux. Les femmes dans l’espace public est sans doute le sujet de prédilection d’Elena Moaty. Une exposition lui est consacré du 13 au 28 juin. Portrait.

BBX : Plutôt université ou Tuto youtube? 

J’ai été très intéressée par le dessin dès la maternelle, et j’ai commencé la peinture à 13 ans. C’est aussi à cette période que j’ai commencé à écrire de la fiction. J’ai pris des cours de peinture et de dessin pendant une période de mon adolescence, j’ai ensuite fréquenté les Beaux Arts de Paris où j’ai développé ma technique en dessin. Je travaille de manière très solitaire donc la majorité de mes progrès se sont faits par la pratique. Pour ce qui est de la photo, j’ai commencé à 16 ans et je suis complètement autodidacte. Je tâtonne aussi du côté de la vidéo, je considère ce que je fais comme loin d’être abouti, mais je prends mon temps. J’ai grandi entourée d’artistes et j’ai la chance d’être encouragée et soutenue par ma famille. Je pense que l’apprentissage, c’est l’ouverture d’esprit, la volonté, être prêt-e à tout absorber. Actuellement, j’apprends surtout en regardant, dans les musées.

Chômage ou CAC 40 ? 

Mon but dans la vie, c’est de vivre de ma peinture. C’est un grand rêve, mais je reste optimiste. Pour l’instant, je ne vis pas du tout de ce que je produis, même si j’arrive à vendre des tableaux et des dessins. Je suis fraîchement diplômée donc c’est normal, je me laisse encore quelques années.

Sport ou charcut’ ?

Adolescente, je n’ai pas du tout respecté mon corps et je suis passée par beaucoup d’extrêmes. Mais je suis introvertie et j’ai toujours eu du mal à être dans des groupes de gens. Au final, je pense que ça m’a sauvé de pas mal de trucs parce que je ne sais pas jusqu’où j’aurais pu aller si j’avais été super sociable et que j’avais aimé sortir en boîte et ce genre de truc… Je n’ai jamais apprécié le sport, sauf la danse quand j’étais petite, mais j’ai arrêté à cause d’une prof qui me disait tout le temps que j’étais trop grosse. J’aime bien marcher rapidement dans la ville par contre, et parfois je me force un peu à bouger car comme je reste chez moi à peindre ou à dessiner toute la journée, ça ne me fait pas bouger beaucoup. Niveau bouffe j’adore faire la cuisine, j’essaie d’être inventive et de manger bio, selon ce que mon budget me permet. J’espère que j’arriverais dans le futur à être encore mieux dans mes baskets, et peut-être à reprendre la danse, qui sait.

Chocolat ou cocaïne ?

Ma drogue c’est l’art, c’est un peu niais de dire ça, mais si je ne pouvais pas dessiner je deviendrais dingo je pense. Cependant soyons honnêtes, puisqu’on parle de chocolat, je suis complètement droguée au sucre et j’adore faire des gâteaux depuis mes douze ans. J’essaie de ralentir un peu parce que parfois j’arrive au point ou je fais trois gâteaux par semaine, et là je me dis qu’il faudrait peut-être un peu calmer le jeu.

Drama ou peace&love ?

Complètement peace&love. Je hais le drama, ce qui me pousse parfois à m’éclipser discrètement si les choses ne marchent plus. J’ai beaucoup souffert par le passé d’une longue dépression, de troubles du comportement alimentaire et j’ai eu de nombreuses relations amicales et amoureuses toxiques. Alors maintenant, je tente d’abord de régler un éventuel conflit par la parole, mais si la personne ne veut pas, ou fuit le dialogue, cela me dégoûte et je me désintéresse. Je veux que les choses soient claires, en amitié comme en amour : tu me plais, je te plais, allons-y gaiement. J’ai besoin qu’on me montre qu’on tient à moi, et si on y rechigne, c’est qu’on n’est pas fait-e-s pour se fréquenter. C’est aussi simple que ça, sans ironie ou victimisation.

Discothèque ou plateau tv ? 

Je suis assez casanière mais comme je travaille chez moi, j’aime bien sortir prendre l’air de temps en temps. Par contre je déteste dépenser de l’argent pour rien, du coup je suis assez méfiante. Je trouve que c’est hors de prix de sortir à Paris, et que les soirées où l’on s’amuse sont rares. En plus j’ai toujours été carrément grand-mère au niveau de mes horaires de sommeil, passé deux heures du matin je suis désagréable avec tout le monde parce que je veux mon lit. Du coup, ce que j’apprécie, c’est les soirées chez mes ami-e-s, les bons restaurants ou bien de prendre un verre dans un bar sympa pas trop bruyant. Je n’ai jamais aimé les endroits où il faut crier pour s’entendre parler.

C’est quoi ton féminisme ?

Mon féminisme se base sur l’entraide entre femmes. Je pense que toutes les luttes se croisent et qu’on ne peut pas être féministe sans lutter contre le racisme, l’homophobie, la biphobie, le validisme, la transphobie, la grossophobie, la putophobie. Mon féminisme, c’est de faire porter ma voix le plus loin de possible, tout en étant consciente de mes privilèges, et d’aider les autres femmes à faire porter leur voix le plus loin possible. C’est effacer la compétition entre femmes, être heureuse de la réussite des autres, éradiquer cette jalousie créée par le patriarcat. C’est accepter toutes les expressions de la féminité. C’est soutenir et écouter tou-te-s les opprimé-e-s, tou-te-s ce-ll-eux qui sortent du moule que nous impose l’hétéropatriarcat. C’est être radicale, avec plein d’amour et de paillettes.

La vie idéale, c’est quoi pour toi ?

C’est d’arriver à vivre de ma peinture, d’avoir une maison près de la mer avec la personne dont je suis amoureuse, où je pourrais avoir un atelier à moi toute seule, de voyager partout dans le monde et de continuer à lutter contre les inégalités, à mon échelle.

Et enfin, parle-nous de tes projets pour les mois à venir. Ton site / blog ?

Je fais partie des diplômés félicités des Beaux Arts de Paris, et nous serons exposé-e-s d’octobre 2015 à janvier 2016 dans les galeries d’expositions quai Malaquais. En ce moment, je suis plongée là-dedans, je me suis mise à la peinture sur bois, que j’ai découvert préférer largement à la peinture sur toile. Parallèlement à ça, je travaille sur mon premier « projet photo » (jusqu’à maintenant je n’avais jamais eu de ligne directive en photo), qui traite de la façon dont les femmes sont perçues dans l’espace public la nuit, en ville. J’espère tourner ça en livre auto-édité un jour, mais je n’en suis qu’aux prémices. On verra bien.
Mon site : www.elenamoaty.com

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

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One Comment

  1. timide says:

    Merci BBX !

    L’expo c’est parfait !

    Par ailleurs ou également, Dom La Nena est une artiste à découvrir absolument quand on vit à Paris !

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