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A Marseille, le “mois du sport féminin” veut combattre les clichés

L’année prochaine, Marseille sera capitale européenne du sport. C’est à cette occasion qu’une association sportive lance ce mois-ci « Le mois du sport au féminin », un événement ponctuel qui s’inscrit dans une démarche à plus long terme de visibilité du sport féminin.

A l’origine de l’événement, on trouve l’association Frontrunners de Marseille, un club de coureurs qui se rassemblent pour faire du sport contre les discriminations. Si l’association se veut mixte et ouvert à tous (elle a récemment pris la dénomination de « club sportif mixte multisport LGBT »), force est de constater que la majorité des membres sont des hommes. Le club a d’ailleurs mis plus de dix ans à atteindre la barre des 20% des membres féminines, qu’elles soient lesbiennes ou hétéros. Cette année, l’association s’est donc donnée comme objectif de développer le sport féminin.

Le sport féminin pose deux problèmes dans sa dimension LGBT. D’abord, il existe une très forte tendance à « genrer » les sports. Ainsi tel ou tel sport sera perçu comme spécifiquement féminin et, à l’inverse, on croirait à une certaine masculinité intrinsèque à d’autres sports, de telle sorte qu’il est difficile de lutter contre les stéréotypes de genre qui sont une réelle barrière à la pratique de tous les sports par les femmes. D’autre part, on ne peut pas nier les LGBTphobies dans le sport. Le problème se pose aussi bien pour les hommes que pour les femmes, mais c’est d’autant plus vrai dès qu’il s’agit de sport en équipe, alors, l’invisibilité est totale. Evidemment, choisir de faire du sport dans une association LGBT devient alors un bel outil de visibilité.

Comme le dit Lucie, membre des Frontrunners Marseille : « Quand tu dis à une femme de venir faire du sport, elle voudra se remettre à niveau pour pouvoir venir, un homme, lui, va moins remettre en question sa capacité physique ou sa légitimité à le faire. Les femmes se sentent à la fois moins engagées et moins légitimes, même quand il ne s’agit que de venir essayer. » Le mois du sport au féminin est l’occasion pour les hommes du club de comprendre les raisons qui tiennent les femmes à l’écart de la pratique sportive. Pour « attirer les femmes », les Frontrunners de Marseille se sont donc associés à différents partenaires qui côtoient les femmes dans d’autres contextes, notamment avec le bar associatif lesbien et féministe « Aux 3G », dont l’équipe a été renouvelée il y a peu.

Une des particularités du club des Frontrunners de Marseille est d’être un club multisport : on peut y pratiquer la natation, le badminton, la course à pied, le tennis et le volley. Le mois de juin sera donc un mois intense. D’abord, toutes les activités habituelles seront entièrement gratuites pour les femmes. Et même si les coureurs continuent leurs entraînements de running, ils préparent le défi de la Marseillaise des Femmes, une course en faveur de la cause des femmes, dont une partie des bénéfices sera reversée à la lutte contre le cancer du sein. La Marseillaise des Femmes est un événement sportif qui réunit tous types de femmes, de tout âge autour de plusieurs temps fort dans une réelle perspective d’empowerment, l’année dernière on y trouvait même des pisse-debout. D’autres événements ponctuels vont également rythmer ce mois de juin, comme le grand tournoi de Beach Volley ou le défi Monte Cristo, de la nage en pleine mer. Le but étant de rendre le sport convivial et accessible, chaque sortie ou événement est agrémenté d’un petit « plus » : apéro et coucher de soleil sur la mer après les séances de course à pied, pasta party pour préparer la Marseillaise des femmes.

Et surtout, surtout, des activités de découverte du roller-derby, un sport qui prend ses racines dans le féminisme américain. Le Roller-derby est né de l’envie de lutter contre l’idée que les sports violents sont réservés aux hommes et de la volonté de fonder un sport de femmes, mais « un sport de badass ». Pour reprendre les mots de Lucie, au roller-derby, « on se rentre dedans, on est des violentes, mais on kiffe. ». Et parce que les sportif.ve.s aiment aussi réfléchir, il y aura un débat « Sports au féminin – sport d’avenir » le 26 juin aux 3G.

Il s’agit donc aussi de briser les clichés associés à l’image des sportif.ve.s en proposant des activités plus diverses, en faisant la fête ensemble. « On veut que n’importe qui puisse avoir accès au sport et au sport dans une bonne ambiance, d’où l’organisation des apéros ou de la pasta party, et même le débat et la soirée au Yacht. » La Girls sport night est née du partenariat avec Val qui organise les soirées lesbiennes des nuits marseillaises. Forcément, dress code tenue de sport de rigueur.

Il est bien évidemment dommage que tous les mois ne soient pas mois du sport au féminin, un peu comme pour la Journée Internationale du droit des femmes… Pour l’heure, nous ne pouvons que saluer l’initiative !

 

Leslie

Leslie aime les paradoxes, les gens curieux et la grammaire mais aussi le reblochon et le rugby. Elle écrit sur la vie des gens et les livres. Twitter : @LPreel

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