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Les rousses reprennent le pouvoir

Mauvaises odeurs, bestialité, satanisme, sorcellerie, les préjugés sur les roux sont aussi nombreux qu’ineptes. C’est que, depuis des siècles, la chevelure rousse fait l’objet de toutes les conjectures, empruntant aux légendes populaires les superstitions les plus fumeuses. De quoi voir rouge…

L’anti-roussisme ne date pas d’hier. Du dieu égyptien Seth au mythe des Danaïdes en passant par Lilith, Marie-Madeleine ou Judas, les cheveux roux sont depuis toujours associés à des figures dépravées, trompeuses, fourbes ou bestiales. Des mythes qui alimentent depuis des siècles les croyances populaires et jettent l’opprobre sur ceux qui ont le malheur de naître avec le cheveu carotte. Si le sujet porte à rire, les roux subissent de réelles discriminations. Dernière polémique en date : une banque de sperme avait interdit aux roux l’accès au don, arguant que personnes ne voulait d’enfants aux cheveux oranges… Misère.

Femmes pécheresses

Les femmes rousses font l’objet d’une attention paradoxale. Tour à tour sorcières, prostituées, juives ou fatales, sublimées ou raillées, elles suscitent méfiance et fascination. Un intérêt qui tient d’abord à leur singularité. C’est parce qu’elles constituent une minorité (5% de la population en France), parmi tant de brunes, châtains ou blondes, qu’elles attisent la curiosité. Mais si les roux sont souvent tournés en ridicule (de Poil de Carotte à Ron de Harry Potter), les rousses, elles, sont surtout l’objet de fantasmes.

Dès la Renaissance, la femme rousse occupe une place de choix dans l’oeuvre des peintres, notamment dans les mouvements préraphaélite et symboliste. Les peintres associent alors à la chevelure rousse une symbolique profane, évoquant le diable, le vice et le péché. Marginale, la rousse ne peut échapper à son destin. Au 13e siècle, Saint Louis ordonnait aux filles de joie de se teindre les cheveux en orange, pour les distinguer des femmes respectables. Encore au 19e siècle, les médecins restaient convaincus que la rousse portait le gène de la prostitution. La littérature naturaliste a d’ailleurs joué un rôle fondamental dans l’ancrage de cette croyance populaire. Chez Maupassant, Zola ou les Frères Goncourt, la demi-mondaine (la cocotte, disait-on à l’époque) est généralement décrite comme rousse. Une couleur de cheveux qui semblait la prédestiner à une sexualité débordante et débridée.

Car ce qui caractérise la rousse, c’est d’abord une présence animale, quasi bestiale. La rousseur reste l’attribut d’une violence exaltée, synonyme d’ardeur, de feu… et par extension, de sensualité. Passionnée, incendiaire, la femme rousse est en quelque sorte une sur-femme : la croyance populaire veut que sa forte odeur lui vienne d’un état de menstrues permanent (si, si !). Le sang comme marqueur de son identité femelle, en somme.

Femmes fatales

Croire qu’une couleur de cheveux prédestine à la séduction, c’est à peu près aussi stupide que de croire qu’on peut faire tourner le lait quand on a ses règles. Aujourd’hui, la représentation des rousses a bien évolué, (bien plus que celle des roux), mais l’image d’une sexualité débridée continue de leur coller au corps. De Gilda à Jessica Rabbit en passant à Christina Hendricks de Mad Men, la rousse ne peut contenir son excès de féminité… Elle déborde !

Ces derniers temps, les actrices rousses ont la cote. Si Nicole Kidman avait dû désavouer son roux fut un temps, aujourd’hui, les Isla Fischer, Jessica Chastain, Amy Adams et autres Emma Stone envahissent les écrans avec leur couleur naturelle. Mais la tendance n’est pas restée lettre morte : Lindsay Lohan a de suite abandonné son blond platine, les magazines people nous ont immédiatement gratifié de leurs TOP 10 des femmes rousses les plus hot, conseils coloration et autres tuto maquillage ont fleuri dans la presse féminine… Bref, le roux est devenu fashion.

Si on peut se féliciter de ce revirement, la plupart des rôles proposés aux femmes rousses restent des personnages de femmes fatales, de tentatrices dépravées ou de gaffeuses un peu idiotes. Tantôt princesse niaise dans Il était une fois, tantôt vamp manipulatrice dans American Bluff, l’américaine Amy Adams, oscille entre deux stéréotypes féminins. Un autre roux serait-il possible ?

La fin des clichés ?

Effet de mode ou vrai évolution ? Si les discrimination anti-roux continuent d’être légion, de nouvelles représentations commencent à voir le jour, proposant une féminité simple, déchargée de sa symbolique sexuelle. De Rebelle de Disney à Florence and the Machine, les rousses reprennent le pouvoir.

Dans Interstellar, de Christopher Nolan, Jessica Chastain incarne à la fois une scientifique et la sauveuse de l’humanité. Débarrassée de ses “atouts féminins”, elle peut se consacrer à sa quête de vérité. Avec ses choix pertinents en matière de rôles et son air de ne pas y toucher, Jessica Chastain parvient à casser le stéréotype de la rousse incendiaire.

Dans un autre genre, Emma Stone, actrice au fort potentiel comique, propose une version contemporaine de la girl next door, à l’aise dans son corps sans être outrageusement sexy. Dans Easy A, teen-movie réjouissant, son personnage détourne la marque déshonorante de sa signature capillaire, et signe un plaidoyer anti slut-shaming.

Côté musique, la chanteuse La Roux a su faire de sa couleur de cheveux un marqueur fort de son identité, sans jouer la carte de la séduction. Prenant les stéréotypes à rebours, elle expose une rousseur androgyne, qui retourne l’imagerie fossilisée du roux lourdeau un peu benêt.

Imposant une rousseur décomplexée, chassant l’imagerie de la vamp fatale, ces célébrités imposent une nouvelle vision des rousses. En 2013, la première “Ginger Pride” voyait le jour à Edimbourg, pour lutter contre ces préjugés. Elle avait rassemblé plusieurs milliers de personnes.

La fin des “poils de carotte”?

 

Lubna

Lubna

Grande rêveuse devant l'éternel, Lubna aime les livres, les jeux de mots et les nichoirs en forme de ponts. Elle écrit sur l'art, avec un petit a : bd, illustration, photo, peinture sur soie. Twitter : @Lubna_Lubitsch

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3 Comments

  1. Imdb says:

    Difficilement compréhensible ce rejet systématique des roux.
    Perso j’ai toujours eu un faible pour les chevelures flamboyantes !

  2. J. says:

    Cela me permettra de tenter le roux cet été !

  3. B.b says:

    Et Dana Scully dans tout ça?

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