Robe-de-Duflot-Non-les-deputes-UMP-ne-sont-pas-machos-assure-Wauquiez

Tribune : les “mal baisées” de la politique

Deux évènements récents sont venus relancer l’épineux débat concernant les femmes et la sphère politique : la célébration du droit de vote des femmes françaises et la tribune des 40 femmes journalistes politiques dénonçant le sexisme qu’elles affrontent au quotidien. Or, en 2015, on assiste à une réelle sous‐féminisation de la vie politique et à un éternel sexisme ancré dans les plus hautes institutions.

Avril 1945. Il y a 70 ans, après une lutte acharnée menée depuis des décennies par les suffragettes, les femmes françaises votaient pour la toute première fois, grâce à l’amendement adopté une année auparavant par le gouvernement provisoire de De Gaulle. Loin derrière les autres pays, comme l’Angleterre, la Nouvelle-­Zélande, l’Australie ou les USA, qui faisaient jouir les femmes (attention, la phrase n’est pas finie !) de ce droit depuis de longues années.

70 ans, une éternité ou un claquement de doigts ? Pour faire un petit comparatif, Sigourney Weaver a 65 ans (sans rire !), donc avouons-­le, 70 ans, ce n’est rien du tout. Bref, 70 petites années plus tard, où en est-­on ? Les femmes votent toujours, certes, mais elles sont en revanche sous‐représentées dans la sphère politique : 27% des membres de l’Assemblée nationale, 25% des sénateurs et 16% des maires. Les hautes fonctions leur sont encore inaccessibles : une seule Première Ministre en 1991, il fallut attendre 2007 pour qu’une femme soit présente au second tour d’une élection présidentielle (Ségolène Royal) et 2014 pour que le gouvernement soit doté, pour la première fois, d’une ministre de l’Education nationale (Najat Vallaud‐Belkacem). Qui vient tout juste d’être traitée, par Florian Philippot, de « pire ministre de l’Education nationale de ces dernières décennies. » Tout un programme.

On essaye souvent d’analyser ces chiffres, de rejeter la faute sur l’éducation des jeunes femmes, peu encouragées à aller dans cette voie, et de comprendre pourquoi, malgré la parité, cette sous‐féminisation de la vie politique est si présente. On leur reproche de refuser de s’investir dans ce milieu dépeint comme brutal, d’attendre d’avoir élevé leurs enfants pour faire carrière, d’avoir du mal à concilier vie privée et vie professionnelle. Or, il ne faut pas oublier que, tout comme les femmes journalistes qui se sont exprimées récemment, les femmes politiques font régulièrement l’objet de remarques sexistes et elles voient ainsi leur légitimité ou leurs compétences contestées au quotidien. Et avouons‐le, on a connu mieux comme environnement de travail.

La sphère politique n’est donc pas là pour donner l’exemple. Loin de là. Des « anecdotes » misogynes et dégradantes ? De quoi écrire un recueil. A l’Assemblée nationale, il y eut la polémique de la robe de Cécile Duflot (parce que c’est bien connu, il faut porter un slip kangourou pour être pris au sérieux), le député UMP qui imita une poule alors que sa collègue EELV Véronique Massonneau s’exprimait, des sifflements récurrents, des remarques désobligeantes sur le physique des députées (élues grâce à leur physique, bien évidemment) ou sur leurs compétences (Fleur Pellerin fut traitée de « pot de fleur » et d’autres sont régulièrement soupçonnées d’avoir forcément couchées pour en arriver là), le paternalisme ambiant qui permet d’appeler les députées par leur prénom alors qu’on donne du « Monsieur le Député » à leurs homologues masculins… Et bien évidemment, les commentaires graveleux. Qui nous rappellent très vite que non, la sphère politique n’est pas une élite française à envier. Pas besoin d’être dans la rue ou une bourgade FN pour entendre « Faut pas s’étonner de se faire violer quand on s’habille comme ça », non, il suffit de rentrer dans l’hémicycle. Dans lequel on a déjà également entendu un « A poil ! » à l’encontre de Ségolène Royal. Même les réseaux sociaux en firent les frais lorsque, en 2013, Hugues Foucault, élu UMP proche de Christine Boutin, tweeta : « Najat Vallaud‐Belkacem (alors Ministre du droit des femmes) suce son stylo très érotiquement ».

Idem, à… la buvette de l’Assemblée nationale où les blagues peuvent atteindre des sommets humoristiques insoupçonnés. Un député demanda par exemple à une collègue parlementaire si elle connaissait « la différence entre une minute de sodomie et une minute de fellation ». Au « non… » de la jeune femme s’ensuivit la chute : « Viens, tu as deux minutes ? » Sauf que l’élue en question ne se tut pas, gifla son interlocuteur et traîne ainsi, depuis cette anecdote, une réputation de « mal baisée ».

Mais finalement, c’est quoi le problème avec la politique ? Y aurait‐il plus de machos qu’ailleurs parce que c’est un lieu où le rapport au pouvoir est plus exacerbé ? Ou bien faut­‐il simplement assumer que les hommes politiques ne sont pas plus exemplaires que les autres, et que les femmes ne sont tout simplement toujours pas les égales des hommes, et ce, dans n’importe quelle sphère de la société ? Les principales clés du changement tiennent dans la parité, qui n’est pas encore appliquée partout (ni même dans les medias, au vu du faible taux d’invitées politiques), dans certains principes qu’il faut rappeler au quotidien, comme la féminisation des titres, mais aussi dans un élan de solidarité qu’on aimerait voir se développer entre consoeurs. Car quand Marine Le Pen déclare que « le progrès consiste à faire que les femmes restent à la maison » ou que les députées UMP minimisent le « caquètement » de leur confrère en expliquent qu’elles refusent « l’instrumentalisation politicienne de la cause des femmes », on se demande s’il ne faudrait pas par balayer, au préalable, devant sa porte.

Et la prochaine étape ? Eh bien quand Laurent Fabius demandera à nouveau à une prochaine candidate aux élections présidentielles qui gardera les enfants, on lui répondra « son autre maman ! ». (Oui, je m’emballe, là…)

 

Marion

Marion aime les mots sexy et/ou complexes, construire (sous la torture) des responsive sites et frimer en tweetant des citations de Rainer Maria Rilke tout en regardant The Walking Dead. Twitter : @RainbowGirl007

Plus d'articles

Be Sociable, Share!

Leave a Comment

*