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Les lesbiennes, encore plus invisibles dans le sport ?

En avril dernier, Amélie Mauresmo annonçait sa grossesse sur Twitter : en guise de réactions, une déferlante de remarques homophobes. « Qui est le père ? », « Mauresmo va être papa », « Mais qui est le père zoophile ? » : les twittos s’en sont donnés à cœur joie : sexisme, homophobie, insultes. On se souvient qu’en 1999, au moment de son coming out, A. Mauresmo avait dû subir de violentes réactions, comme celle de Martina Hingis qui voyait en elle « la moitié d’un homme ». Si la tennis woman a toujours assumé son homosexualité, on trouve quand même « Amélie Mauresmo et son mari » sur Google comme quatrième résultat associé à son nom…

Concilier sport et vie privée ne semble pas toujours aller de soi, quand on est gouine. Les lesbiennes, encore plus invisibles dans le sport ? Tour d’horizon.

Evidemment, on arrive, en cherchant bien, à trouver d’autres sportives out. C’est le cas de la handballeuse Alexandra Lacrabère, par exemple. D’ailleurs, le handball est un des sports où l’on trouve le plus de lesbiennes outées, peut-être parce que la place accordée par la fédération aux femmes est aussi importante que celle donnée aux hommes. Jessica Harrison et Carole Péon, deux triathlètes qui ont défendu les couleurs de la France aux JO de Londres, sont en couple. On retrouve également quelques exemples chez les footballeuses, Marinette Pichon s’est mariée en 2013 avec sa compagne, une sportive également, la handibasketteuse Ingrid Moatti. L’attaquante aux 112 sélections s’est souvent révolté contre les « faux-débats » qui entourent la PMA en France et elle a d’ailleurs été la deuxième femme en France à obtenir un congé paternité pour la naissance de leur enfant. Et, le 5 mai, c’est la basketteuse Elodie Godin qui annonce qu’elle s’apprête à épouser son amie, la basketteuse néerlandaise Naomi Halman.

Elodie Godin

Mais ça se compterait pas sur les doigts de la main, les lesbiennes dans le sport ?

Prenons l’exemple du rugby, malgré la présence de nombreuses joueuses lesbiennes – comme dans la plupart des sports, en somme – et ce à tous les niveaux de compétition, l’homophobie de façon générale, est assez sensible. Nous avons rencontré une ancienne joueuse du XV de France féminin, formelle quant à la difficulté de l’outing. Il reste, selon elle, très mal vu d’assumer son homosexualité si l’on prétend au haut niveau. A l’époque, son staff n’avait pas hésité à affirmer qu’il pouvait faire « une équipe d’hétéros » s’il le voulait. Alors les filles vivent en colocation, sont discrètes, il ne saurait être question d’être out.

Autre exemple, on se souvient que le 28 janvier dernier, l’équipe de football ouvertement lesbienne, « Les Dégommeuses », s’était fait insulter sur un terrain du XXe arrondissement de Paris par l’entraîneur d’une équipe de jeunes. L’homme hurlait des « Applaudissez, applaudissez les lesbiennes ! » aux enfants, les invitant ainsi à dénigrer et insulter les filles qui évoluaient sur le terrain, inculquant ainsi aux jeunes sous sa responsabilité de terribles valeurs.

Car, en réalité, si les lesbiennes se doivent d’être aussi discrètes dans le sport, c’est qu’elles sont – comme souvent par ailleurs – victimes de sexisme en plus de souffrir d’homophobie. Les femmes qui osent pratiquer des sports historiquement masculin se doivent de conserver une part de féminité.

Alexandra Lacrabère

Récemment, le groupe Facebook « Rugby Féminin » arborait comme illustration une paire de chaussures à talons jouxtant des crampons de rugby. Une discussion a éclaté, emblématique du problème que pose la présence des femmes dans le sport, et encore plus dans les sports identifiés comme « masculins » : une utilisatrice du réseau social interrogeait la pertinence d’une telle illustration dans la mesure où elle n’avait non seulement pas de rapport direct avec la pratique sportive mais laissait penser que les rugbywomen devaient prouver leur féminité une fois sorties de la boue des stades. Tout laisse à penser que la pratique sportive est consentie aux femmes, tant qu’elles ne dérangent pas les codes de genre : tant qu’elles savent être sexy et glamour en dehors des terrains, mieux encore, si elles le prouvent par des calendriers en petites tenues. En clair, si elles continuent à plaire aux hommes. Mais la lesbienne ne cherche pas à plaire aux hommes. Elle ne parvient donc pas à retourner dans cette case douillette et confortable d’une féminité immuable.

Mais peut-être serait-il bon de dire, une bonne fois pour toutes qu’il n’y a pas de sport « masculin » ou « féminin » : il y a des sports et il y a des filles, des femmes (et des gouines !) qui les pratiquent. Et la discussion devrait s’arrêter là.

 

 

Leslie

Leslie aime les paradoxes, les gens curieux et la grammaire mais aussi le reblochon et le rugby. Elle écrit sur la vie des gens et les livres. Twitter : @LPreel

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6 Comments

  1. timide says:

    “Il va de soi qu’un verre à pied va plus loin qu’une gueule de bois …” pour citer une de mes artistes rouennaises préférées.

    Ce que je veux dire par là, c’est qu’entre sponsors et clichés brassés et rebrassés, il est difficile de se faire une idée claire sur la question de la visibilité du sport chez les femmes et de la visibilité des femmes dans le sport.

    La boucle se boucle d’elle-même sur le sujet, phénomène qui n’est pas négatif en soi quand il passe la main aux retransmissions en direct. En l’occurrence, j’ai un exemple prochain très concret : La ligue des champions féminine avec la finale du PSG qui sera diffusée sur France 2 !

    Et d’ailleurs, pour qui cela intéressera, c’est précisément à partir de 17h50, jeudi 14 mai.

  2. Antigone says:

    “Prenons l’exemple du rugby, malgré la présence de nombreuses joueuses lesbiennes – comme dans la plupart des sports, en somme”

    Qu’est-ce que ça veut dire “nombreuses”, sachant que les femmes qui se définissent comme homosexuelles ne représentent que 0,5%* de la population générale française ?
    Bref, vous avez des chiffres pour étayer votre propos ou c’est juste du fantasme ?

    *Enquête CSF de 2007

  3. Rachel says:

    Ton article soulève plein de points de vues et me rappelle une interview de Céline Dumerc qui a été propulsé “leader homo” alors qu’elle n’avait jamais parlé de ça ou d’autres et elle expliquait que ça la gênait vraiment tout ce tapage et qu’elle aussi, malgré son caractère public, elle avait le droit à la discrétion et à la vie privée. En quoi les sportives ont elles plus besoin que les autres de s’outer ? Certaines l’assument comme Elodie Godin et d’autres préfèrent le garder pour elles c’est tout

  4. Louicie says:

    Pour info: http://rue89.nouvelobs.com/rue69/2010/10/17/1-4-10-dhomosexuels-en-france-qui-dit-mieux-171376
    Donc on était plus à 5% – 10% d’homosexuels revendiqués en France il y a 4 ans. Donc, on devrait être à au moins ce chiffre aujourd’hui.

  5. Antigone says:

    Louicie, vous n’avez pas lu en entier l’article que vous avez posté…

    Les chiffres* sur l’homosexualité en France, je cite votre article :

    “Dans le détail, en France :

    4,0% des femmes et 4,1% des hommes de 18 à 69 ans déclarent avoir déjà eu des pratiques sexuelles avec un partenaire du même sexe.

    Parmi les personnes qui rapportent avoir déjà eu des pratiques homosexuelles, 13,4% des femmes et 12,4% des hommes ne rapportent de telles expériences qu’avant l’âge de 18 ans.

    Seuls 0,3% des femmes et des hommes n’ont eu au cours de leur vie des pratiques sexuelles uniquement avec des personnes du même sexe.

    6,2% des femmes et 3,4% des hommes déclarent avoir ressenti de l’attirance pour une personne de même sexe

    1% des femmes et 1,6% des hommes ont eu une relation sexuelle avec une personne du même sexe au cours des douze derniers mois.

    0,5% des femmes et 1,1% des hommes se définissent comme homosexuels

    0,8% des femmes et 1,1% des hommes se disent bisexuels.”

    *Enquête CSF, 2007

  6. Alix says:

    En tant que joueuse de rugby, je confirme pour Antigone qu’il y a de nombreuses joueuses lesbiennes. Pour les chiffres, cela varie de façon proportionnelle au niveau de jeu pratiqué : plus le niveau est élevé, plus il y a de joueuses homosexuelles. Mais même dans les équipes de première division, cela ne dépasse pas la moitié de l’effectif total. Concernant les joueuses de très haut niveau en équipe de France par exemple, je crois que la vision “on ne prend que des hétéros” est un peu obsolète mais a du être vraie à une époque, hélas. La pratique du rugby se fait sans a priori ni jugement sur les filles. Au sein de l’équipe les homos s’assument ou se découvrent et le partagent si elles le veulent. Le rugby féminin c’est une vraie passion et une philosophie ! Faites du rugby et lisez mon article !

    http://www.staderennaisrugby.fr/actus/3-actus/97-sans-la-nommer.html

    Peace

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