o-SCHOOLGIRLS-SHORT-SKIRTS-facebook

La bonne longueur de jupe

Tous les matins, c’est la même chose en enfilant ma jupe : je me demande si elle n’est pas trop courte, si elle ne sera pas prise pour une invitation sexuelle dans la rue.  Je sais que j’aurais droit à certaines remarques de la part de certains proches ou que j’aurais droit au harcèlement de rue quotidien. Puis, je me rappelle des autres jours quand je ne porte pas de jupe et je me rends compte que j’aurais eu droit à la même chose. Peu importe ce que je porte, ce ne sera toujours trop court, ça fera toujours « trop pute », ou pas « assez féminine », ce ne sera jamais parfait.

D’ailleurs, ce ne sera jamais parfait pour aucune d’entre nous, que notre jupe soit trop courte ou bien trop longue et parfois, cela va très loin…jusqu’à l’interdiction d’entrer dans un établissement scolaire. C’est ce qui est arrivé à Sarah K,  une jeune collégienne de 15 ans il y a plus d’une semaine à Charleville-Mézières. La principale du collège lui aurait interdit l’accès à deux reprises parce que sa jupe « trop » longue serait en contradiction avec la loi sur la laïcité. Pour la principale du collège, il semblerait que cette jupe longue soit un signe religieux visible.

Ici, je ne reviendrai pas sur la loi du port des signes religieux dans les établissements publics et je ne m’épancherai pas sur ce que je pense de l’interdiction des signes religieux au sein des établissements scolaires. Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est ce qu’on met, ce que la société met derrière une jupe. Quels sont les enjeux sociaux qui se cachent derrière le port de la jupe, qu’elle soit « trop courte » ou « trop longue » ?

Quand elle est portée trop courte, la jupe est une invitation sexuelle, elle fait de vous une pute, une fille facile « qui cherche ça », quand elle n’est pas assez longue, elle fait de vous une prude, et enfin, lorsqu’elle est bien « trop longue » elle est considérée comme un signe ostentatoire de religion (surtout si elle est portée par une personne musulmane).

La jupe n’est jamais portée à la bonne longueur, d’ailleurs, je me demande si elle devrait être portée puisqu’il semblerait que nous n’arrivons pas à trouver un consensus sur la longueur idéale.

La question de la longueur idéale d’une jupe est absurde. D’ailleurs, cela ne s’arrête pas à la jupe et cela ne concerne pas seulement les femmes. Non, ça concerne aussi les petites filles. A peu près au même moment que l’histoire de la jupe « trop longue » en France, un père voyait sa fille de 5 ans forcée de se couvrir d’un jean et d’un t-shirt car sa robe aurait été jugée comme indécente par son école catholique. Apparemment, les épaules dénudées seraient bien trop érotiques pour qu’elles soient visibles de tous.

Ce n’est pas nouveau, le corps des femmes est érotisé partout, sans cesse et cela commence très tôt. Pour remédier à cette érotisation, il faut que nos habits soient appropriés, qu’ils n’appellent pas au sexe, voire, au viol. Il ne faut pas que nos jupes courtes déconcentrent nos collègues masculins, ni nos camarades de classe, il ne faut pas non plus que nos jupes soient trop longues, parce que « hé, il faut rester féminine et laïque.»

Je me souviens encore du collège, cette époque ingrate et boutonneuse, pendant laquelle de nombreuses filles commençaient à porter des strings, et je me souviens encore à quel point les filles qui n’en portaient pas pouvaient être vues comme des prudes, mais aussi encore à quel point les filles qui en portaient étaient considérées comme des filles faciles. Que tu en portes ou que tu n’en portes pas, tu étais tout de suite rangée dans une case : pute ou prude. Il faudrait ne pas être trop sexy pour ne pas être considérée comme une pute, mais être assez féminine, assez érotique pour être remise à notre place : celle du corps désiré, mais jamais désrant.

Tous les matins, c’est la même chose en claquant la porte : je sais pertinemment que quoique je porterais ce jour là, je ne serai jamais habillée comme il faut.

Sarah

Sarah ne parle plus trop de cul ni d'amour d'ailleurs mais ses passions demeurent : féminisme, antispécisme, santé mentale et gingembre.

Plus d'articles

Follow Me:
Facebook

Be Sociable, Share!

3 Comments

  1. timide says:

    “La question de la longueur idéale d’une jupe est absurde.”

    tout à fait !
    J’ajoute qu’elle est tout aussi absurde que d’épiloguer sur la longueur idéale des jambes.

    même si today n’est pas “la journée de la jupe”, je dirais que la jupe est juste complémentaire aux jambes quand elle est longue, aux fesses quand elle est mini, aux cuisses quand elle est courte et aux mollets quand elle est mi-longue.

  2. Mat says:

    Elevé dans la plus pure tradition patriarcale, je m’offusque souvent des vêtements trop court ou trop transparent. Pas pour des raisons putes/prudes, mais je me demande si ces femmes se rendent compte qu’elles ont les fesses à l’air, le pubis découvert, le string apparent… et pourquoi elles n’y remédient pas!

    Et une solution au problème de la jupe (je pense), ce serait d’ouvrir le port aux hommes. Rien ne l’interdit actuellement en dehors du travail, excepté qu’il est difficile pour les hommes d’être catalogué gay, travesti, rejeté, montré du doigt, injurié par des parents, etc. Mais ce serait une solution, qui mettrait tout le monde sur un pied d’égalité ;)

  3. Eleewann says:

    Pour une réflexion plus poussée à propos de la jupe, de son histoire et des problématiques actuelles autour d’elle, je recommande vivement le livre de Christine Bard, Ce que soulève la jupe !

Leave a Comment

*